Romania’s Holy War, Soldiers, Motivation and the Holocaust (Cornell, 2021)

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Présentation

Paradoxalement, malgré une littérature plus qu’abondante, l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale reste très parcellaire et surtout polluée par des enjeux idéologiques, politiques et géostratégiques. La Guerre froide qui s’en suit et l’opposition entre le bloc soviétique et celui libéral fige assez vite les débats qui se concentrent principalement sur l’Allemagne. Le rôle de l’URSS au début du conflit et sa complicité avec le Troisième Reich pour mettre en œuvre conjointement leurs politiques d’expansion et de terreur se voit volontairement minoré au profit de son rôle dans la victoire sur le nazisme dès lors qu’Adolf HITLER lance son opération Barbarossa.

Ce revirement d’alliance permet à la propagande soviétique et à ses relais dans les pays occidentaux, notamment au travers des partis communistes et d’une certaine intelligentsia, de mettre l’accent uniquement sur la période 1941/1945. Dans la zone contrôlée par le Pacte de Varsovie, il n’est bien entendu pas question d’ouvrir les archives concernant les deux premières années du conflit et seule la Grande Guerre patriotique a le droit d’être abordée à condition bien entendu de ne pas porter atteinte à l’image de l’Armée rouge et des leaders qui dirigent ensuite le pays.

Tous les autres pays d’Europe trouvent également assez confortable de cibler l’étude de la Seconde Guerre mondiale à travers le prisme allemand, bien que celui-ci se trouve également biaisé par la volonté de ménager les susceptibilités de la République Fédérale d’Allemagne (RFA) et de certains de ses anciens militaires amenés à contribuer à la nouvelle Bundeswehr, premier rideau défensif face au Pacte de Varsovie. Analyser cependant la Seconde Guerre mondiale essentiellement avec le prisme allemand permet aux autres nations d’éviter de se poser trop de questions. Les pays qui s’allient au Troisième Reich, ou poussés à collaborer plus ou moins activement en fonction du régime d’occupation qu’ils subissent, ont globalement des difficultés à regarder leur passé avec objectivité en raison de leur participation plus ou moins intense dans l’Holocauste. La cas de la France est de ce point de vue assez criant, mais il n’est pas isolé.

Certains pays collaborent en effet activement et volontairement avec le Troisième Reich, sans pour autant avoir été envahis, même si la pression reste forte. Parmi ces Etats rangés très tôt aux côté de l’Allemagne, notamment dans le cadre de la « croisade contre le bolchévisme », se trouve la Roumanie qui fournit un contingent important d’unités et dont le sol contient de précieuses ressources, dont du pétrole indispensable à la Wehrmacht.

L’image qui reste de cet engagement est plutôt négatif et pollué par la responsabilité attribuée par les Allemands aux Roumains, qui font office de coupables idéaux, dans la défaite de Stalingrad. A tort d’ailleurs (voir Les Roumains dans la campagne de Stalingrad).

Comme de nombreux pays européens, l’Entre-deux-guerres constitue une période troublée, de remise en cause de nouveaux équilibres politiques, sociaux, technologiques et géopolitiques que traversent des tensions religieuses, nationalistes et antisémites. Une situation bien loin d’être isolée en Europe à cette époque. Le Pacte germano-soviétique et l’invasion de la Pologne qui s’en suit laisse la Roumanie esseulée face aux deux puissances dominantes dans son environnement immédiat.

Le Pacte germano-soviétique permet à l’URSS de mettre ne œuvre une politique violente d’expansionnisme qui traumatise tout l’Est de l’Europe. Une réalité que les pays de l’Ouest oublient n’ayant pas à avoir à vire l’occupation, les déportations et les massacres menés par les Soviétiques dans les territoires annexés qui s’ajoutent à la terreur menée durant l’Entre-deux-guerres en Ukraine notamment et contre toute opposition. Une alliance édifiante parfaitement décrite dans le Pacte des diables qui fait entrer les Soviétiques dans le cercle restreint des trois pays qui lancent la Seconde Guerre mondiale en Europe : l’Allemagne nazie (Tchécoslovaquie, Pologne), l’URSS communiste (Pologne, Finlande, Pays baltes, Bucovine et Bessarabie aux dépends de la Roumanie) puis l’Italie fasciste (France, Albanie, Grèce).

L’attitude expansionniste de l’URSS précipite la Roumanie dans les bras du Troisième Reich. Après avoir pris sa part dans l’invasion et le dépècement de la Pologne, l’URSS s’attaque à la Finlande puis de façon concomitante met la main sur les trois pays baltes et met la pression sur la Roumanie pour s’emparer de la Bucovine et de la Bessarabie. L’affaire est humiliante et pousse le pays dans les bras de l’Allemagne qui regarde désormais l’URSS comme un ennemi à abattre et non plus comme un allié.

La Roumanie participe à l’opération Barbarossa, puis Fall Blau en passant par la conquête de la Crimée. L’encerclement de la 6. Armee à Stalingrad tend considérablement les relations entre les deux alliés sur le terrain et provoquent moultes remous dans le pays. Après avoir saisi l’opportunité, comme la Finlande, de récupérer les territoires concédés de force à l’URSS, l’espoir d’une guerre courte et facile comme à l’Ouest en 1940 s’efface. Comme pour l’ensemble des unités de la Wehrmacht, la compromission avec les crimes nazis et l’Holocauste des Juifs à l’Est est évidente.

Les tensions avec l’allié allemand ne s’apaisent plus et minent de plus en plus le moral des soldats et de la population qui se voit menacée par les raids aériens alliés contre les puits de pétrole de Ploesti.

Cependant, la vision de la performance au feu des Roumains reste polluée par l’image négative laissée par les Allemands qui profitent pour se défausser de leur responsabilité (voir plus haut). Il n’empêche que les tensions sont réelles et que le régime met en place un certain nombre d’artifice pour maintenir la cohésion du pays.

Il faut noter un intéressant chapitre également sur le rôle des femmes et des minorités en Roumanie à travers les communautés juives, allemandes, hongroises, slaves, tziganes.

L’épilogue se penche sur le changement d’alliance de la Roumanie qui se retourne contre le Troisième Reich aux côtés de l’URSS pour tenter de préserver l’essentiel. Un choix par défaut pour un pays qui ne fut pas un allié réticent de l’Allemagne nazie, mais qui au contraire suivi le mouvement avec ferveur.

Le livre se lit facilement et comporte quelques photos, cartes et tables statistiques. Il révèle une facette méconnue de la Roumanie et de son engagement qui surprendra de nombreux lecteurs. Clair et synthétique, il peut même servir de modèle à l’exploration du rôle des nations « mineures » engagées aux côtés du Troisième Reich dans la Seconde Guerre mondiale à l’instar de la Hongrie, de la Finlande, de la Slovaquie, de la Croatie, etc.

Un ouvrage indispensable à lire pour comprendre la seconde Guerre mondiale à l’Est de l’Europe à ranger aux côtés des Guerres des Années folles, du Pacte des diables et bien entendu des Roumains dans la campagne de Stalingrad ainsi que Red Storm over the Balkans: The Failed Soviet Invasion of Romania, Spring 1944 de David M. GLANTZ.

Maltraités par une historiographie fortement inspirée par les sources allemandes, oubliés par le récit soviétique d’après-guerre, les Roumains sont loin d’être de mauvais soldats et peu convaincus de leur engagement. Ils jouent un rôle loin d’être négligeable dans les opérations allemandes comme le démontre ce livre.

Thèmes abordés

Sommaire détaillé

  • Introduction
  • Ideology of Holy War
  • Army Culture, Interwar Politics, and Neutrality
  • 1940-1941: From Neutral to Axis
  • 1941: Holy War and Holocaust
  • 1941-1942: Holy War of Defense
  • Propaganda and Discipline
  • Women and Minorities
  • Epilogue
  • Notes
  • Bibliography
  • Index

Caractéristiques

  • ISBN : 9781501759963
  • Nombre de pages : 342
  • Langue : Anglais
  • Couverture : rigide
  • Dimensions : 16 x 23,5 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : N/A