A la découverte de The 110th Holds in the Ardennes (Fonthill, 2017) – #Livre #Acquisition #Unboxing

Pour de nombreux passionnés de la Seconde Guerre mondiale et plus généralement d’histoire militaire, la bataille des Ardennes constitue l’une des principales clefs d’entrée avec le Débarquement en Normandie du 6 juin 1944. En dépit de nombreux articles, livres, films et jeux type wargames, l’intérêt ne se tarit pas. Bien au contraire d’ailleurs car depuis quelques temps plusieurs lectures permettent de soulever des sujets négligés par l’historiographie traditionnelle !

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L’Our, un cours d’eau plusieurs fois disputé

En effet, comme de nombreuses batailles, les récits et interprétations historiques demeurent longtemps influencés par les récits officiels et les superproductions cinématographiques. Les combats consécutifs à l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel ne sont bien évidemment pas épargnés par cette tendance qui survalorise artificiellement la Kampfgruppe Peiper et la 101st US Airborne Division à Bastogne au point de laisser dans l’ombre des unités et des événements qui jouent un rôle parfois tout aussi important, voire même plus.

La lecture de The Folly of Generals, How Eisenhower’s broad front lengthened World War II a attiré mon attention sur les combats autour de l’Our en septembre 1944. Jusque là, je n’avais pas réalisé que les Américains avaient menacé Bitburg dès septembre 1944 avant d’être finalement repoussés. Mais cet épisode explique ainsi la tête de pont résiduelle qui subsiste par-delà l’Our et à laquelle s’attaque en premier la 5. Panzer-Armee quand elle se lance à l’assaut des lignes américaines le 16 décembre 1944.

Le faux semblant de l’avance de la 5. Panzer-Armee jusqu’à la Meuse

Historiquement, les unités commandées par Hasso von MANTEUFFEL réalisent la plus belle percée dans les Ardennes et parviennent à une poignée de kilomètres de la Meuse. De quoi damer le pion à la 6. Panzer-Armee commandée par Sepp DIETRICH dont la progression se révèle calamiteuse au-delà de l’échec même de la Kampfgruppe Peiper.

En reprenant la chronologie de l’avance allemande, les deux armées blindées en charge de la percée mettent en fait plus de quarante-huit heures pour créer enfin quelques possibilités de s’infiltrer entre les lignes américaines, malgré un rapport de force très largement favorable. Cette piètre performance hypothèque dès le départ toute chance de succès stratégique. L’exploit américain se situe d’abord à ce moment là. Sur un terrain et avec des conditions météorologiques qui autorisent peu de débordements, les Allemands progressent essentiellement le long des routes et des chemins, souvent sans grande imagination tactique en raison d’unités tout juste recomplétées en puisant dans les fonds de tiroirs et manquant donc d’entrainement et d’expérience.

Comment quelques unités d’infanterie américaines anéantissent en quelques heures tout espoire de victoire stratégique allemande

Globalement, trois divisions d’infanterie américaines s’illustrent alors. La 99th US Infantry Division parvient à interdire le franchissement des Hautes Fagnes, bloquant l’avance de la 12. SS-Panzer-Division en direction de Liège et par voie de conséquence exposant le flanc de la 1. SS-Panzer-Division, ce qui sera fatal à la Kampfgruppe Peiper. La 106th US Infantry Division voit son rôle terni par la capitulation de certaines de ses unités dans la Schnee Eifel. Pourtant, sa résistance permet la création du saillant de Saint-Vith soutenu ensuite par l’arrivée de la 7th US Armored Division.

Vient enfin la 28th US Infantry Division qui couvre la plus grande longueur de front et qui voit débouler sur elle pas moins de trois divisions blindées allemandes (2. Panzer-Division, 116. Panzer-Division et 130. Panzer-Division) épaulées par les 26. Volksgrenadier-Division, 560. Volksgrenadier-Division et 5. Fallschirmjäger-Division.

Positions de départ au matin du 16 décembre 1944 dans le secteur de la 5. Panzer-Armee face à l’Our représentées sur le jeu 1944 Battle of the Bulge. L’étirement des ligne de la 28th US Infantry Division apparait clairement. Il faudra néanmoins deux jours aux Allemands pour en venir à bout et passer à l’exploitation. Trop tard pour s’emparer de Bastogne avant l’arrivée de la 10th US Armored Division dont le sacrifice permet ensuite à la 101st US Airborne Division de rejoindre la ville à temps tandis que la 82nd US Airborne Division un temps pressentie pour prendre ce secteur pour aller à la rencontre de la Kampfgruppe Peiper pour bloquer son avancée le long de la vallée de l’Amblève

L’importance revue à la hausse des combats des premières heures

Les travaux rédigés par Hugues WENKIN avec La percée allemande, bataille des Ardennes, Bastogne, tome 1, mettent l’accent sur ces deux premières journées de résistance qui rendent possible le déploiement des réserves, décidé extrêmement rapidement par les états-majors alliés, tout en forçant les Allemands à vouloir rattraper le temps perdu dans leur progression vers la Meuse quitte à délaisser certaines opportunités de consolider leur emprise territoriale.

La possibilité de conserver Bastogne se joue en effet en trois actes :

Premières impressions…

A la découverte de l’existence de ce livre, je n’hésite donc pas un seul instant à l’acquérir en espérant que la promesse de détails et de témoignages puisse utilement compléter des ouvrages d’Henri CASTOR et ceux plus récents proposés par Hugues WENKIN.

N’étant pas un album, le livre en tant que tel est de facture classique où le texte représente le contenu principal. Un cahier photos en position centrale propose quelques clichés issus des archives officielles. Ils ne sont pas très originaux et peu concernent les évènements décrits dans les textes… On peut même se poser la question de leur intérêt surtout que la cible éditoriale concerne quand même une catégorie de lecteurs plutôt avisés.

Si la recherche de photos ne constitue clairement pas le déclencheur de l’acquisition, la cartographie représente davantage une certaine désillusion. En effet, elle sont rares (deux) dont une absolument illisible. Statiques, elles ne permettent pas de représenter la dynamique des combats et des mouvements. C’est dommage car ce type d’ouvrage nécessite pour être parfait un travail cartographique de qualité, bien plus que quelques photos trop éloignées du sujet.

Cela est d’autant plus frustrant que les rapports d’époque fourmillent de détails sur les lieux, les horaires et les unités.

Au final, les clefs du succès défensif américain apparaissent : utilisation optimale du terrain, capacité de résistance, décision de commandement, notamment par Norman COTA, emploi des supports à disposition de la 28th US Infantry Division comme le 707th US Tank Battalion, 630th US Tank Destroyer Battalion et 109th US Field Artillery Battalion.

Dans son genre, tant sur le fond que sur la forme, ce livre rejoint Loss and Redemption at St. Vith consacré à la 7th US Armored Division dans les Ardennes et démontre tout l’intérêt d’une littérature historique détaillée sur l’engagement des grandes unités américaines en s’appuyant sur des archives bien fournies même si immédiatement moins disponibles que les quelques archives allemandes préservées de cette période et que surtout les incontournables « Military Studies » rédigées après-guerre par des responsable militaires allemands sous la houlette des services historiques américains.

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