Ligne de Front n°93 (Caraktère, 2021)

Diversité et originalité au menu du sommaire de ce numéro de Ligne de Front ! En effet, il y a pour à peu près tous les goûts que ce soit en termes de spectre chronologique ou de théâtres d’opérations. Il montre également ô combien les sujets à traiter sur et autour de la Seconde Guerre mondiale sont nombreux et que les aspects opérationnels ne sont jamais très éloignés des considérations politiques ou géopolitiques…

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Recension

La défaite alliée de 1940 demeure avant tout celle de la France, principale puissance continentale occidentale à l’Ouest de l’Europe. Son commandant-en-chef, Maurice GAMELIN, personnifie depuis ce cataclysme et offre également un coupable idéal. Etonnement, peu d’historiens se sont véritablement penchés sur lui. Et il faut attendre quatre-vingt ans après les faits pour avoir entre les mains une biographie enfin renouvelée et équilibrée avec l’œuvre magistrale de Max SCHIAVON qui poursuit sa galerie de portraits des responsables militaires en responsabilité en 1940.

En plus d’une interview sur deux pages de l’auteur, ce numéro en publie quelques « bonne feuilles ». Celles-ci concerne la genèse du plan Dyle-Breda. L’élaboration et la validation du plan de bataille allié fait l’objet d’âpres discussions, provoque quelques échanges houleux et quelques crampes d’estomac. Étonnamment, le cheminement est assez similaire avec ce qui se trame de l’autre côté du Rhin où les principes du plan Fall Gelb ne font pas l’unanimité…

Au-delà du plan et de la justesse du raisonnement, la question se pose des moyens qui sont employés pour le mettre en œuvre. Un peu comme dans un jeu collectif où l’entraineur appliquerait des chix tactiques sans avoir les joueurs qui correspondent.

Préparée de longue date à mener une bataille défensive statique, l’armée française se prépare à faire une guerre de mouvement et à mener des combats de rencontre. De l’autre côté, et c’est la grande différence, la Wehrmacht se lance dans une opération qui correspond à quoi elle se prépare depuis plusieurs années. L’illustration est limpide avec ses unités d’appui au sol dont la conception et l’emploi poseront des difficultés dès que l’engagement commencera à être différent de celui pourquoi elles ont été conçues et préparées.

La Seconde Guerre mondiale regorge de batailles où le résultat dépend de peu de choses mais d’une foule de détails. De quoi faire naître souvent des polémiques et des controverses d’autant plus que les événements ne sont que partiellement connus. Ainsi, l’opération Roland qui suit immédiatement l’opération Zitadelle illustre l’impasse allemande en juillet 1943 et relativise la position de von MANSTEIN concernant les chances de victoire. Idem pour le débat concernant l’arrêt de l’Armée rouge devant Varsovie à l’été 1944. Militairement, les Soviétiques ne sont plus en capacité de s’emparer de la capitale polonaise après le contre allemand face à la 2ème Armée de chars soviétique durant laquelle la Wehrmacht montre qu’elle conserve encore de fortes capacités manœuvrières. Le débat se pose donc de savoir si l’Armée rouge doit chambouler tous ses plans pour venir en aide à la ville insurgée. D’un point de vue soviétique, politiquement, géopolitiquement et militairement parlant, à l’évidence non.

L’article concernant le NKVD apporte un éclairage intéressant sur les forces de sécurité du régime soviétique qui partage avec son allié puis adversaire nazi la caractéristique de mettre en œuvre des unités fortement politisées qui deviennent une armée dans l’armée.

Méconnue et délaissée des historiens, la campagne d’Italie mérite de s’y attarder beaucoup plus comme le prouve le récite du raid sur Termoli. Il y a déjà un peu de Market-Garden dans la conception du plan britannique de Bernard MONTGOMERY

Enfin, ce numéro revient sur le 6 juin 1944 avec le récit de l’engagement des deux divisions d’infanterie allemandes principalement concernées par l’assaut allié, à savoir la 352. Infanterie-Division et la 716. Infanterie-Division. Si l’intérêt de cette présentation est indéniable pour comprendre comment les Allemands sont paralysés par l’enchainement des événements qu’ils sont incapables d’apprécier dans leur globalité et d’anticiper, difficile cependant de souscrire à la mention « témoignages et rapports exclusifs » quand la source d’inspiration principale reste un rapport établi après-guerre pour le compte des services historiques américains déjà maintes fois utilisé… Les cartes déjà utilisées en d’autres circonstances montrent séparément les secteurs d’assaut sur les plages d’Omaha, Gold et Juno. Une carte plus globale montrant les mouvements allemands tout au long de la journée aurait été plus appropriée. De même, les profils couleurs concernent des engins alliés, finalement assez peu appropriés pour illustrer une étude sur les mouvements allemands, hormis pour réutiliser des éléments déjà publiés.

C’est donc un numéro diversifié, bien construit sur la forme, apte à satisfaire de nombreux curieux. Il serait cependant utile d’apporter davantage de précisions sur les sources et de proposer des pistes d’exploration complémentaires.

Profils couleurs

Cartes

  • Opération Roland, 13-17 juillet 1943
  • Le plan Dyle-Breda, 1940
  • Débarquement allié en Normandie, objectifs et limites atteintes le 6 juin 1944
  • Omaha Beach, 6 juin 1944
  • Gold Beach, 6 juin 1944
  • Juno Beach, 6 juin 1944
  • Opération Bagration, 22 juillet- 19 août 1944
  • Opération Kovel-Lublin, 19-30 juillet 1944
  • Varsovie, la Wehrmacht stoppe la 2ème Armée de chars soviétique, 1er-4 août 1944
  • L’avance alliée en Italie, 3 septembre-15 novembre 1943
  • Termoli, 6 octobre 1943

Sommaire

  • Actualités
  • Actus du livre (De la guerre le Mook n°1, La liste de Kersten, L’armée de terre française du 10 mai 1940, La bataille des Alpes 1940, Discours de guerre, British Battle Tanks: Post-War Tanks)
  • Nicolas PONTIC, Opération Roland, l’ultime espoir de von Manstein : article de huit pages sur l’opération Roland destinée à relancer de l’opération Zitadelle en direction de Koursk autour de Prokhorovka avec la jonction préalable des SS-Panzer-Korps et III. Panzer-Korps – Texte, cartes, photos.
  • Max SCHIAVON, Gamelin et le plan Dyle-Breda, un choix stratégique contesté : extrait sur la conception du plan Dyle-Breda et le rôle de Maurice GAMELIN de la biographie qui lui est consacrée – Texte, carte, photos.
  • Nicolas PONTIC, Les forces militaires du NKVD, organisation et forces de combat de la police politique de Staline : article de douze pages sur le rôle et la composition du NKVD au cours de la seconde Guerre mondiale ainsi que son influence sur l’Armée rouge en termes d’effectifs et de maintien de la discipline – Texte, photos.
  • Didier LAUGIER, 24 heures en enfer, les 352. et 716. Infanterie-Divisionen face au Débarquement : article de d’onze pages sur la réaction des 352. Infanterie-Division et 716. Infanterie-Division face aux opérations de débarquement à Omaha Beach, Gold Beach et Juno Beach le 6 juin 1944 – Texte, cartes, photos, profils couleurs.
  • Jean-Louis ROBA, Blitzkrieg aérienne, les unités d’appui au sol de la Luftwaffe en action : article de dix pages sur les unités d’appui au sol allemandes équipées de Junkers Ju 87 et de Henschel HS 123 lors des opérations à l’Ouest en mai et juin 1940 et plus particulièrement à Sedan et Dunkerque – Texte, photos, profils couleurs.
  • Nicolas PONTIC, L’Armée rouge aux portes de Varsovie, aspects militaires d’une controverse politique : article de douze pages sur les combats aux abords de Varsovie et l’arrêt de la 2ème Armée de chars soviétique par la réaction allemande – Texte, cartes, photos, profils couleurs.
  • Christophe PRIME, La bataille de Termoli, commandos contre Panzer : article de huit pages sur le raid et la bataille de Termoli – Texte, cartes photos.

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 82
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 7,50 € TTC

Liens externes

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