Panzer Kommandeur (Overlord, 2021)

Overlord Press poursuit son travail de traduction et de mise à disposition d’un public francophone de textes et témoignages sur la Seconde Guerre mondiale bien des années après leur rédaction dans leurs langues d’origine (voir ainsi La mort rouge ou Des tigres dans la boue). Etonnement, certains, comme ce récit autobiographique de Hans von LUCK, n’ont jamais été traduits, bien que dans le cas présent, les lecteurs en connaissent de larges extraits, directement ou indirectement. En effet, ces sources se révèlent parfois être les seules et/ou les plus accessibles à de nombreux autres auteurs plus contemporains. Ce n’est pour autant pas une raison de bouder ce type de document, même des années après les faits et leur écriture. Car cela permet d’apprécier le texte comme un tout et, chose non négligeable, de découvrir des pans entiers du témoignage qui sont restés peu ou pas diffusés.

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Recension

Hans von LUCK, commandeur de l’un des deux régiments d’infanterie mécanisée de la 21. Panzer-Division le 6 juin 1944 quand les Alliés débarquent, laisse un témoignage de l’ensemble de son parcours militaire en partant de ses propres origines.

Le récit est pour le moins classique et assez conforme de la façon de penser des officier allemands telle qu’elle infuse et diffuse dans l’après-guerre. Il y a de l’admiration pour ses anciens chefs, Heinz GUDERIAN et surtout pour Erwin ROMMEL par exemple. Il y a une explication assez claire de l’enthousiasme qui étreint la jeunesse allemande durant l’Entre-deux-guerres. Le renouveau de l’Allemagne est en marche, tant sur le plan économique, que militaire et géopolitique. L’orage gronde mais il ne le voit pas, comme tant d’autres. Ou peut-être est-il alors si sûr que les dieux seront avec le Troisième Reich ? Dans le droit fil des interprétations d’après-guerre, il présente la Wehrmacht comme étant une victime bien malgré elle de la politisation que lui impose Adolf HITLER et le serment d’allégeance que tous doivent désormais prononcer. Un schéma désormais quelque peu largement pondéré par des études plus contemporaines (voir Être soldat de Hitler).

Seule concession peut-être à un esprit plus critique, l’auteur précise qu’un « serment peut-être délié à partir du moment qu’il entre en conflit avec la conscience de celui qui l’a fait »… Regret bien tardif, mais attitude finalement assez facile à comprendre. Avant guerre, le vent porte en faveur du régime nazi et les voix pour s’y opposer sont soit trop vieilles, trop faibles ou vite mises hors d’état de s’exprimer. Cette facette, qui peut déranger nos esprits du XXIème siècle, heurte la conscience de celui qui connaît la fin. Elle est pourtant conforme à de nombreux témoignages de cette époque et n’est pas feinte.

La défaite, le prise de conscience des horreurs du régime, les conséquences sur l’Allemagne et son peuple ne tempèrent que timidement ces perceptions d’avant-guerre. Il faut dire que l’expérience des camps de prisonniers soviétiques pendant cinq ans, ses cohortes de violence, de misère et de morts entachent sérieusement les habits des vainqueurs, au même titre que les viols massifs perpétrés par l’Armée rouge en Allemagne en 1944 et 1945 voire même les bombardements de terreur alliés sur les centres urbains. Difficile donc d’expliquer à tous ces vétérans, qui restent fondamentalement attachés à leur cause, que les crimes qu’ils ont perpétrés ou couverts pudiquement soient les seuls commis durant la Seconde Guerre mondiale.

Les chapitres relatifs à sa captivité, à sa libération, à son rapatriement puis à une certaine réhabilitation à travers les retours sur le terrain, les retrouvailles avec ses adversaires d’avant en Normandie et ses anciens camarades de combat sont passionnants. Ces hommes recherchent non plus à refouler ce passé, mais à se le réapproprier et revivre avec. Indispensable pour comprendre le cheminement intellectuel qui s’opère en République Fédérale d’Allemagne jusque dans les années 1990.

Compte tenu de son poste et de ses affectations, son récit opérationnel reste assez proche du terrain et des combats. Il sert au sein de la 2. leichte Division en Pologne qui devient ensuite 7. Panzer-Division. C’est donc déjà sous les ordres d’Erwin ROMMEL qu’il participe à la traversée des Ardennes puis à la campagne de France. Son récit de la prise de Fécamp et de Bordeaux est particulièrement épique, romanesque et romantique. Même les morts semblent irréels, lointains.

En tout cas, jusqu’à l’opération BarbarossaHans von LUCK doit abattre un soldat russe. « Lui ou moi ». Et affronter le regard du mourant. Son transfert à l’Afrika-Korps sur l’insistance d’Erwin ROMMEL lui permet d’échapper à l’URSS à partir de fin janvier 1942. Bien peu de chose transpire de son récit sur les conditions de la « croisade vers l’Est ». Mais le lecteur sent que l’insouciance du début de l’été se transforme progressivement en misère. L’épreuve parait cependant bien aseptisée. Rien à voir avec le texte d’Eclairs lointains, percée à Stalingrad

Son épopée africaine est à peine interrompue par une blessure. Là aussi, le récit tient de la guerre presque romantique. Comme pour le récit de ses précédentes campagnes, peu de choses transpirent. L’admiration et la fidélité à Erwin ROMMEL est bien là (le titre du second chapitre est on ne peut plus clair, « mon maître Rommel »). Un échange de médicaments contre un médecin précédemment capturé est plus précisément décrit, de quoi valoriser le côté humain et chevaleresque. Etonnant également l’épisode où il se voit confier la mission de présenter un plan d’évacuation de Tunisie du corps expéditionnaire allemand à Adolf HITLER dans un état le plus défraîchi possible pour influencer le Führer. Après ROMMEL, von ARNIM, voilà GUDERIAN et enfin JODL qui s’oppose à l’initiative et l’empêche de rencontrer HITLER.

L’épisode normand est plus connu, le contenu est déjà repris par de nombreux auteurs et historiens. Les derniers mois de la guerre sont également vite brossés. Là aussi difficile d’y discerner le malheur qui s’abat sur les derniers défenseurs et les habitants du Troisième Reich. Significatif, le « début de la fin » concerne la période en Silésie. C’est à ce moment que l’auteur assène quelques coups de griffe au nouveau commandant de la 21. Panzer-Division Werner MARCKS et Ferdinand SCHÖRNER. En cause, les tribunaux volants chargés de traquer les déserteurs et de les exécuter sommairement, ce qui provoque quelques bavures, dont l’une provoque le courroux de Hans von LUCK. Hormis cela, il n’y a pas vraiment de « peau de banane » glissée ici ou là comme peut le faire un GUDERIAN qui a la dent dure contre quelques rivaux internes.

Le texte ne recèle donc pas vraiment de détails précis sur les combats, si ce n’est quelques anecdotes finalement assez insignifiantes sur le plan tactique. Comme dans de nombreux ouvrages autobiographiques de l’après-guerre, même si celui-ci est assez tardif, il permet de plonger dans la toile d’araignée des relations humaines et interpersonnelles. Au sein des armées en guerre, comme dans toute entreprise, grand groupe ou communauté de personnes.

Il n’empêche que dévorer les mémoires de Hans von LUCK reste un vrai plaisir de lecture. Le style est facile, enlevé. Il illustre à quel point ces souvenirs, comme bon nombre de ceux de ses homologues, et la forme qu’ils revêtent, participent à l’intérêt que portent un lectorat particulièrement friand de Seconde Guerre mondiale sous l’angle germanique. Si l’histoire officielle américaine structure le récit du conflit, elle ne parvient pas à faire adhérer à ses héros contrairement à la multitude des récits des vétérans et responsables allemands par leur ton presqu’innocent, le côté chevaleresque de certaines scènes, le sentiment d’être plongé dans une véritable comédie humaine où se croisent chefs et subordonnés, amis et rivaux.

Il n’y a malheureusement pas de travail éditorial. Les notes du traducteur se mesurent au compte-gouttes, uniquement pour apporter quelques précisions sur des termes que les contemporains ne maîtrisent pas tout à fait. Aucune présentation critique (au sens noble du terme) ne l’accompagne. Les lecteurs des années 2020 la dévoreront brute, si ce n’est une préface de l’épouse de l’auteur écrite pour la circonstance lors de la dernière réédition en anglais qui sert de base à cette traduction.

Il n’empêche, c’est une page d’Histoire à apprécier tant pour le récit lui-même que les perspectives qu’il dégage, à condition de sortir d’une seule lecture au premier degré.

Un cahier photo accompagne le texte, dont quelques unes sont tirées de la collection de l’auteur.

Sommaire

  • Préface de l’édition 2021
  • Prologue
  • Grandir, 1911-1929
  • La Reichswehr et mon maître Rommel
  • La montée en puissance de la Wehrmacht, 1934-1939
  • L’Europ d’avant la guerre, voyages et découvertes
  • Blitzkrieg, Pologne, 1939
  • L’intérim, 1939-1940
  • La France, 1940
  • L’intérim 1940-1941
  • La campagne de Russie, juin 1941 à janvier 1942
  • Une pause, 1942
  • Afrique du Nord, 1942, Rommel, le renard du désert
  • Le retraite d’El Alamein
  • La fin en Afrique du Nord
  • Berlin et Paris, 1943-1944
  • Le début de l’invasion, 6 juin 1944
  • L’opération Goodwood, 18 et 19 juillet 1944
  • La retraite vers l’Allemagne, août-novembre 1944
  • Face aux Américains, décembre 1944
  • La bataille de Hatten-Rittershofen
  • Le Front de l’Est, la dernière bataille
  • La 21. Panzer-Division, pompier du front, le début de la fin
  • La fin
  • Capture et déportation
  • Dans les mines de charbon du Caucase
  • Kultura et corruption, la mentalité russe
  • Le camp disciplinaire, la grève de la faim et le KGB
  • La libération
  • Un nouveau départ
  • Epilogue

Caractéristiques

  • ISBN : 978-2-491250-05-8
  • Nombre de pages : 352
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 15 x 23 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 32 €

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1 réflexion sur « Panzer Kommandeur (Overlord, 2021) »

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