Batailles hors-série n°13 (Ysec, 2021)

Mi-1944, la Seconde Guerre mondiale fait plus que jamais rage en Europe. En URSS, l’Armée rouge poursuit sa lutte à mort contre la Wehrmacht et ses alliés. En Italie, Anglais, Américains et Français remontent progressivement la péninsule. Du ciel du Troisième Reich, l’aviation anglo-américaine ravage les agglomérations et les pôles industriels. Dans l’Atlantique, les loups sont devenus des proies. Pourtant, tout espoir n’est pas complètement perdu pour l’Allemagne d’Adolf HITLER. Alors que ses forces armées n’ont jamais été engagées aussi intensivement dans autant d’endroits, le dictateur peut toujours rêver de battre ses adversaires un par un. Il possède encore de nombreux atouts : exploitation intensive et extensive des territoires occupées, industrie et programmes d’armement restructurés qui permettent de battre des records de production, mobilisation totale des ressources humaines et un glacis de plusieurs centaines de kilomètres qui protège son propre territoire à l’Est comme à l’Ouest. Il ne reste donc plus qu’à battre les Alliés occidentaux quand ils tenteront de prendre pied à l’Ouest du continent pour se retourner ensuite contre l’Armée rouge avec toutes ses forces.

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Recension

Pourtant, en moins de deux mois, cet espoir s’effondre. Les Alliés débarquent en Normandie le 6 juin 1944. Jamais les forces allemandes ne seront en mesure de les repousser.

En URSS, l’Armée rouge poursuit sa série d’opérations de grande envergure entamée depuis l’été 1943 et que l’échec de l’opération Zitadelle n’a pas permis de tuer dans l’œuf malgré les pertes infligées à l’adversaire (cf. l’analyse de Roman TÖPPEL). La réussite de l’opération Overlord ne permet de concentrer de nouveau toutes les forces à l’Est. En Italie, les Alliés parviennent enfin à s’emparer de Rome

Bref, en deux mois, les Alliés obligent la Wehrmacht à reculer et lui infligent des pertes comme jamais. A aucun moment, le Troisième Reich n’est en mesure de remporter ne serait-ce qu’une seule victoire. Très loin donc de la performance d’un NAPOLEON en 1814 pourtant confronter à une situation bien plus périlleuse. Le seul « succès » est d’éviter un effondrement total et de parvenir à rétablir à partir de septembre 1944 un front à peu près cohérent qui permet de stopper les Alliés aux abords immédiats du sol national. Mais les rares atouts dont disposait Adolf HITLER ont tous disparu : il n’y a plus de profondeur stratégique, beaucoup moins de territoires occupés à exploiter. Les ressources humaines et matérielles destinées à reprendre l’ascendant n’ont servi qu’à stopper l’hémorragie. En quelques semaines seulement, une situation fortement compromise s’est transformée en défaite totale annoncée.

C’est le récit de ces trois mois cruciaux que narre Benoît RONDEAU dans ce numéro hors-série de Batailles. Au fil des pages, le lecteur plonge dans ce maelström de catastrophes qui s’abat sur la Wehrmacht en Normandie, en Italie, en URSS, en Provence. Une balle dans un flipper ne serait pas plus secouée.

L’auteur connaît son sujet, lui qui écrit sur ROMMEL, PATTON, la réaction allemande face à l’invasion alliée en Normandie, les soldats de Hitler ou encore fournit une édition critique des mémoires d’Albert KESSELRING. Les lecteurs fidèles à la plume de Benoît RONDEAU y retrouvent sans surprise ses sujets de prédilection et ses penchants.

Il faut lire contentieusement le texte pour capter les détails qui échappent généralement à la connaissance globale de ces combats comme les occasions ratées alliées, les contre-attaques allemandes face à l’Armée rouge ou le repli de la péninsule balkanique après l’effondrement de la Roumanie.

Contrainte par la pagination du numéro, la partie réellement analytique est assez courte (moins de dix pages) par rapport à la narration des combats qui intègre cependant nombre réflexions et analyses. L’auteur évoque ainsi nombre de raisons, qui toutes mises bout à bout, permettent de comprendre comment une situation totalement compromise parvient finalement à être maîtrisée. Il n’empêche que la défaite est désormais pleinement consommée pour le Troisième Reich qui ne peut désormais qu’influer par ses derniers choix stratégiques sur la partition de l’Europe d’après-guerre entre les deux pôles victorieux.

Si le rétablissement allemand doit en grande partie à ses chefs opérationnels et à la qualité de ses soldats, ils sortent tous exsangues de ces trois mois. La qualité de l’armée allemande s’effondre ensuite comme en témoignent les nombreuses erreurs commises d’un point de vue tactique dans les Ardennes. Car au-delà des pertes abyssales, les élites militaires du Troisième Reich sortent épuisées par ces mois intenses. Les officiers qui ne sont pas morts au combat, prisonniers, exécutés après l’attentat du 20 juillet 1944 ou révoqués sont tout simplement exsangues physiquement, nerveusement et intellectuellement à l’image de leur Führer qui se braque tous les jours un peu plus dans ses postures rigides et ses interventions au niveau tactique.

Ce numéro a donc le grand mérite de revenir sur une période clef de la Seconde Guerre mondiale en englobant l’ensemble des théâtres d’opérations. C’est la combinaison de tous qui permet de définitivement abattre le Troisième Reich qui perd à l’été 1944 tout espoir de survie.

En prime, ce numéro bénéficie d’un traitement iconographique particulièrement soigné avec de nombreux clichés assez peu connus dans des formats tout à fait appréciables ainsi que des légendes détaillées. Peut-être aurait-il été utile de compléter cartes et profils couleurs par quelques schémas infographiques qui auraient été bien appréciables dans la visualisation immédiate des rapports de force et l’étendue des pertes.

Sommaire

  • Juin-juillet 1944 : crises concomitantes sur tous les fronts
  • « Rückmarsch ! »
  • Le rétablissement des front cohérents
  • La « Rückmarsch » de l’été 1944 : un bilan

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 98
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 12,50 € TTC

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