Les chars du programme E, les Panzer de la dernière chance (Caraktère, 2021)

Depuis leur création, les Editions Caraktère dynamisent l’historiographie concernant les projets de chars allemands avant, pendant et à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Avec Batailles & Blindés et Trucks & Tanks Magazine sans compter les deux volumes de Wehrmacht 46, les lecteurs bénéficient ainsi d’une somme documentaire moderne et fouillée, mais quelque peu éparpillée. Une synthèse concernant le programme « Entwicklungstype » s’avère donc bienvenue !

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Recension

Alors, Laurent TIRONE propose cet ouvrage relativement court (une bonne centaine de pages) mais richement illustré de vues 3D et de détails techniques. Un texte fouillé par type de véhicule accompagne l’ensemble.

La plongée dans les projets allemands de la fin du conflit éclaire les progrès techniques réalisés en quelques années et annoncent l’évolution des armements de la seconde moitié du XXème siècle jusqu’à la nouvelle révolution initiée par l’électronique et les technologies de l’information. Le sujet se trouve donc loin d’être anecdotique.

La question n’est pas de fantasmer sur une éventuelle probabilité d’un retournement de situation militaire à l’avantage du III. Reich, mais de comprendre les enjeux et la façon d’opérer un virage industriel, technologique et doctrinal en plein conflit.

La gestion des programmes d’armement demeure un sujet confidentiel dans une historiographie qui s’attarde de façon presqu’exclusive sur le déroulement des opérations militaires. Pourtant le sujet reste capital. Un fois le conflit lancé, la capacité à remplacer les engins perdus et à chercher un différentiateur permettant de prendre l’avantage sur l’ennemi sont des sujets critiques et vitaux. Ce sujet revient d’ailleurs actuellement sur le devant de la scène dans le cadre d’une confrontation à haute intensité entre Etats.

Contrairement à une légende assez tenace, les Allemands réalisent en Pologne et à l’Ouest en 1940 d’impressionnantes victoires avec un arsenal blindé pourtant très léger et déjà en partie obsolète (cf. Batailles & Blindés n°103). Mais matériels, emploi, doctrine et stratégie s’accordent parfaitement. L’URSS trouve son avantage dans la conception d’engins puissants, bien protégés et mobiles particulièrement faciles à produire grâce à leur rusticité et à leur technicité limitée, ce qui n’empâche pas des innovation conceptuelle. Les États-Unis trouvent le bon équilibre avec le Medium Tank M4 Sherman et ses dérivés, pouvant être produit en masse, facilitant la logistique, capable d’alimenter une large palette d’emploi opérationnel et évolutif (cf. Plaidoyer pour le General Sherman !, in Mook 1944 n°3). Là où les Allemands utilisent plusieurs types d’engins et châssis, les Américains ont déjà rationnaliser leur parc.

L’opération Barbarossa et la guerre contre l’Armée Rouge marquent une rupture pour l’arme blindée allemande. Non seulement, la masse et la qualité de l’adversaire contrebalancent sa maîtrise tactique et opérationnelle sur le terrain, mais les besoins liés au gigantisme du front et aux pertes dépassent désormais largement les capacités industrielles. La réponse immédiate repose sur la puissance et la technologie accompagnées d’un certain nombre d’expédients comme le réemploi extensif de matériels de prise pour tenir le coup en 1943 et 1944. Insuffisant en tout cas pour espérer renverser la vapeur d’autant que l’armée allemande continue de reposer essentiellement sur ses fantassins et la traction hippomobile.

Le programme « E » tire les enseignements en capitalisant sur certaines avancées technologiques permettant d’assurer la supériorité tactique, mais en favorisant avant tout la production de masse des engins légers mais aussi la production des chars plus lourds. Le temps n’est plus aux délires techniques et à la recherche de la supériorité tactique absolue, mais au pragmatisme industriel et logistique. Il est cependant trop tard pour espérer vaincre. A défaut, les vainqueurs récupèrent une compétence et une expérience incomparables qui abreuvent les évolutions de l’après-guerre.

Après avoir rappelé les conditions du programme, Laurent TIRONE détaille chacune de ses familles : E-10, E-25, E-50 (suite du Panzer V Ausf. F), E-75 et E-100. Il y ajoute le Panzerkleinzerstörer Rutscher, rattaché sur le tard au programme « E » mais vite abandonné.

Quelques encarts complètent le tout :

Cette monographie reprend largement les standards connus des Editions Caraktère en termes d’illustrations et de présentation. Les fidèles lecteurs de leurs publications n’y découvriront pas de réelle nouveauté, mais y trouveront une synthèse bien ficelée évitant d’allant fouiller dans des archives éparpillées.

Sommaire

  • Introduction
  • Panzerkleinzerstörer Rutscher
  • Entwicklungsfahrzeug E-10
  • Entwicklungsfahrzeug E-25
  • Entwicklungsfahrzeug E-50
  • Entwicklungsfahrzeug E-75
  • Entwicklungsfahrzeug E-100

Caractéristiques

  • ISBN : 978-2-916-916403-34-2
  • Nombre de pages : 112
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 18,5 x 25 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 29,90 € TTC

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