Normandie 1944 Magazine n°40 (Heimdal, 2021)

L’Histoire, un océan d’incertitudes… L’éditorial de ce quarantième numéro de Normandie 1944 Magazine rappelle fort à propos que dans ce domaine, la prudence est reine. Plus qu’abondamment documentée, l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale de ses origines à ses conséquences évolue constamment dès lors que la prise de recul permet de s’affranchir des clichés, de l’héritage des propagandes respectives, des mémoires pro domo d’un certain nombre de responsables, de découvrir de nouvelles archives publiques ou privées. Il est cependant nécessaire de toujours revenir aux faits, d’analyser les dits et les non-dits, et surtout d’être précautionneux quand il s’agit d’ébranler quelques certitudes. Ainsi, « l’implication pour la victoire alliée de nombreux généraux allemands » ne peut être donnée pour acquise (cf. Le Mur de l’Atlantique et le « complot pour la paix » in 39/45 Magazine n°355 et la rubrique « Bibliothèque » dans Normandie 1944 Magazine n°31). Des erreurs et des querelles d’ego ne peuvent s’apparenter à une volonté délibérée de favoriser la défaite de son propre camp. Idem pour la phrase « l’Allemand et l’Untermensch, encore un cliché : la Wehrmacht et la Waffen-SS ont largement ouvert le recrutement aux citoyens soviétiques ». La nécessité de trouver des hommes pour le front comme pour les usines afin d’alimenter la machine de guerre ne peut masquer le sentiment de supériorité qui anime globalement l’armée allemande de l’époque au niveau tant individuel que collectif (voir notamment Être soldat de Hitler). Au point de sous-estimer en permanence ses adversaires, d’être incapable de valoriser ses alliés et de rater bon nombre d’opportunités de « gagner les cœurs » auprès des populations dans les pays occupés. Sans parler d’une litanie d’atrocités. Bref, à tout point de vue, il faut se préserver de jugements binaires et provocants au risque d’occulter la subtile complexité du fond.

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Recension

Comme très souvent, le sujet le plus original se trouve être l’article proposé par Frédéric DEPRUN qui poursuit ici son étude de l’unité de reconnaissance de la 116. Panzer Division (cf. Normandie 1944 Magazine n°26 et n°28). L’article s’ouvre sur la période qui suit immédiatement l’opération Lüttich avec les combats pour Sées, le secteur d’Argentan puis la percée hors de la poche de Falaise par Chambois et Mont-Ormel. Le texte évoque également le repli à travers la Seine et la Belgique ainsi que les combats dans les Ardennes lors de l’opération Wacht am Rhein / Herbstnebel. L’iconographie reste l’un des atouts de ce type d’études avec des provenances très variées (reliques du champ de bataille, photos officielles et de vétérans via parfois des médias tiers – bulletins d’information des vétérans, internet -, objets et documents d’époque, extraits d’actualités cinématographiques).

Sortant des traditionnels sujets uniquement opérationnels, Yves LECOUTURIER livre un très intéressant article sur l’action de la Gestapo aidée d’auxiliaires français contre les réseau de résistance à partir de leur siège d’Argences qui remplace les locaux établis à Caen. Plusieurs fusillés de Saint-Pierre-du-Jonquet restent non identifiés. L’auteur réclame une analyse ADN pour tenter de mettre des noms sur des corps, moyen technique indisponible à l’époque de la sépulture des victimes découvertes parfois plusieurs mois après leur exécution.

L’article sur la prise de Caen lors de l’opération Charnwood par les 3rd (United Kingdom) Infantry Division et 59th (Staffordshire) Infantry Division face aux 12. SS-Panzer-Division et 16. Luftwaffen-Feld-Division rappelle la dureté de l’engagement. La ville finit par tomber, mais les pertes sont lourdes du côté des civils et des militaires des deux camps. Plus d’un mois après le Jour-J l’objectif allié est enfin atteint et les Britanniques peuvent afficher un succès d’importance.

Souvent dominée d’un point de vue historiographique par l’US Army, l’armée britannique mérite bien plus d’attention. Ainsi, l’article sur les planeurs engagés le 6 juin 1944 à travers le parcours de Peter FOSTER contient de nombreux détails sur l’entrainement et leur emploi lors de la constitution de la tête de pont aéroportée britannique. Celui sur Charles FOSTER permet de revenir brièvement sur une séquence des combats pour Saint-Martin-des-Besaces quand les Britanniques avec les Canadiens et Polonais finissent de battre les 7. Armee et 5. Panzer-Armee tandis que les Américains foncent vers la Bretagne, la Loire et la Sarthe avant de finalement envelopper les restes allemands dans la poche de Falaise/Trun/Chambois.

La seconde partie de l’étude sur la libération d’Evreux permet de comprendre l’implication de la Résistance française dans la progression des troupes alliées dans de nombreuses cités alors que l’armée allemande se trouve en pleine retraite.

En résumé, un numéro conforme aux standards du magazine.

Sommaire

François ROBINARD, Peter Foster, l’aventurier du planeur perdu : article de seize pages sur un vétéran pilote de planeur pour la 6th Airborne Division lors de l’opération Tonga sur la tête de pont aéroportée britannique en Normandie, comportant de nombreux détails sur l’Airspeed Horsa, la formation des équipages et l’épopée d’un groupe atterrissant derrière les lignes allemandes – Texte, cartes, photos, profils couleurs, reproductions d’objets et d’époque.

Stéphane JACQUET, In Memoriam, Charles Foster (1922-2021) : article de quatre pages sur un vétéran britannique blessé à Saint-Martin-des-Besaces – Texte, photos.

Georges BERNAGE, Objectif Caen, 8 et 9 juillet 1944 : article de dix-huit pages sur les combats des 3rd (United Kingdom) Infantry Division et 59th (Staffordshire) Infantry Division face aux 12. SS-Panzer-Division et 16. Luftwaffen-Feld-Division lors de l’opération Charnwood qui aboutit à la conquête d’une partie de Caen au prix de nombreuses destructions et pertes tant militaires que civiles – Texte, cartes, photos.

Frédéric DEPRUN, Der Windhund en Normandie, Panzer-Aufklärungs-Abteilung 116 (3ème partie), Kessel de Chambois, août-fin 1944 : article de quarante pages sur l’engagement de l’unité de reconnaissance de la 116. Panzer-Division lors du repli de cette dernière par Sées et Argentan puis la sortie de la poche de Falaise par Chambois et le Mont-Ormel – Texte, cartes, photos, reproductions couleurs de documents et d’objets d’époque.

Yves LECOUTURIER, Massacres à Saint-Pierre du Jonquet, l’ADN au service de la mémoire : article de cinq pages sur la réinstallation de la Gestapo à Argences après son départ de Caen suite au Débarquement allié, les interrogatoires, les tortures et les exécutions menés contre les résistants normands avec l’appui d’auxiliaire français se penchant plus particulièrement sur les fusillés de Saint-Pierre-du-Jonquet – Texte, photos.

Stéphane JACQUET, 6 juin 2021, inauguration du Mémorial britannique de Ver-sur-Mer : article de quatre pages sur l’ouverture du Mémorial britannique de Ver-sur-Mer – Texte, photos.

Stéphane JACQUET, 23-24 août 1944, la libération d’Evreux par la 30th US Infantry Division (2ème partie) : article de sept pages sur la libération d’Evreux par la 30th US Infantry Division et le rôle joué par la résistance locale – Texte, photos.

Caractéristiques

  • Nombre de pages : 96
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 21 x 29,7 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 11,50 € TTC

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