Mook 1944 n°6 (Weyrich, 2021)

Ardennes, terre de batailles ! Ce numéro de Mook 1944 établit ouvertement le lien entre le champ de bataille de mai 1940 et celui de décembre 1944. Ce cheminement parait logique tant à la fois les similitudes et les différences éclairent mutuellement le déroulement et le résultat des combats menés à quelques années d’intervalle. Ce lien donne l’occasion de lancer un nouveau, mais très attendu, label : « 1940 » ! Gageons que la qualité sera similaire à celle excellente de « 1944 ».

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Recension

Construit autour d’un dossier très teinté Ardennes, le sixième opus du Mook 1944 n’en oublie pas quelques autres sujets chauds de la dernière année de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Deux articles retiennent ainsi l’attention : celui sur le maquis de Saint-Marcel en Bretagne alors que vient de débuter la bataille de Normandie et celui sur l’importance de l’affrontement entre Armée Rouge et Wehrmacht tout au long de 1944.

Victoire à l’Est, victoire à l’Ouest… balle au centre ?

En fonction des sensibilités, des auteurs se livrent régulièrement à des analyses pour déterminer le front décisif face au III. Reich. Certains penchent pour la guerre en URSS, d’autres plutôt pour l’opération Overlord. Isolément, les arguments des deux camps sont généralement recevables. Pour les tenants de la cause soviétique, l’usure de l’armée allemande après trois ans de combat est telle que sa défaite en devient inévitable. L’opération Bagration représente en quelque sorte l’apothéose avant les offensives finales de janvier à avril 1945 qui mènent jusqu’à Berlin.

Pour les tenants de la cause anglo-américaine, la victoire alliée face à la concentration des moyens allemands pour s’opposer au Débarquement en Normandie puis aux combats qui s’en suivent permettent de mettre définitivement à terre la Wehrmacht et d’accélérer la chute du III. Reich.

Malheureusement, ces perspectives s’arrêtent souvent au 8 mai 1945 et oublient de tenir compte de la Guerre froide qui suit. Car le retrait de la mainmise allemande d’une partie de l’Europe ne se traduit pas par une réelle libération, mais plutôt par l’aboutissement des rêves d’expansion et de domination assez peu démocratiques de l’URSS contenus dans le pacte germano-soviétique. Il faut attendre 1989 pour voir refluer le deuxième cosignataire, près de quarante-cinq ans après la chute du premier.

Comme souvent, le débat devient assez vite stérile et stéréotypé. Il reflète surtout des questions d’ego en fonction des affinités et des sujets de prédilection des auteurs. Pourtant, c’est bien le cumul des deux associés aux autres fronts (y compris dans le ciel et sur les mers) qui permettent à partir de 1941 la défaite du III. Reich parvenu en deux ans avec ses alliés à mettre la main sur la quasi totalité de l’Europe continentale.

Il n’empêche que la densité au kilomètre des moyens blindés allemands en Normandie représente un ratio jamais atteint durant le conflit. Voilà de quoi comprendre davantage les difficultés rencontrées par les Alliés malgré leur supériorité dans de nombreux domaines.

A l’Est aussi, l’historiographie traditionnelle a tendance à se concentrer sur l’opération Bagration qui forme un certain pendant chronologique à l’opération Overlord. Cela ne doit cependant pas faire oublier la succession d’offensives tout au long de 1944. Un rappel vivifiant de Jacques WIACEK qui permet donc de mesurer la complexité de l’enchainement des combats en URSS. Utile parallèle avec les opérations qui se déroulent à l’Ouest sans pour autant établir une hiérarchie entre les deux !

Très appréciable, une carte permet de visualiser la chronologie et l’emplacement des dix offensives soviétiques abordées dans le texte :

  • Dniepr-Carpates (décembre 1943 – avril 1944)
  • Leningrad-Novgorod (janvier – mars 1944
  • Crimée (avril – mai 1944)
  • Vyborg-Petrozvodsk (juin – août 1944)
  • Biélorussie / Bagration (juin – août 1944)
  • Lvov-Sandomir (juillet – août 1944)
  • Jassy-Kishinev (septembre – novembre 1944)
  • Baltique (septembre – novembre 1944)
  • Petsamo-Kirkenes (octobre 1944)
  • Carpates-Budapest (novembre 1944)

Ardennes 1944

Grâce au travail entrepris depuis quelques temps par quelques auteurs et supports tels que Mook 1944, la bataille des Ardennes de 1944 et 1945 parait enfin moins stéréotypée que les écrits essentiellement américains de l’après-guerre le laissent penser. En témoignent les articles sur la Kampfgruppe Peiper à Stoumont ou le choc entre 2. SS-Panzer-Division et 12. SS-Panzer-Division avec les 3rd US Armored Division et 509th US Parachute Infantry Battalion. Victoire américaine et défaite allemande se dessinent en de multiples moments et endroits, loin de se résumer aux quelques symboles habituellement retenus.

Inclure un article sur la bataille de la forêt de Hürtgen permet aussi de rappeler que les combats dans ce secteur sont indissociables de ce qui se passe à partir du 16 décembre 1944…

A noter également un intéressant article sur les musées militaires dans les Ardennes.

Ardennes 1940

Sortant de l’habituel chronologique de Mook 1944, Hugues WENKIN propose un article sur la 1ère Division de Chasseurs ardennais devant Bastogne le 10 mai 1940. Traité avec le même esprit que les sujets propres à l’offensive allemande des Ardennes de décembre 1944, cette étude met en perspective de nombreux détails et affrontements.

Elle rappelle également que la première vague allemande se compose de quatre divisions blindées allemandes et de sept divisions d’infanterie. Ces dernières participent en effet activement à la percée qui permet d’atteindre puis de traverser la Meuse, éventrant le front allié de Dinant à Sedan sur cent kilomètres. Elles sont pourtant largement ignorées de l’historiographie habituelle au profit des quatre divisions blindées.

Et aussi…

Marque distinctive de la série « 1944 », trois balades sont proposées pour revenir sur les traces des combats. Voilà de quoi donner des idées de parcours touristiques !

La guerre étant une question de détails, la lecture de l’article sur le 23rd US Headquarter Special Troops illustre les efforts alliés pour tromper les Allemands sur le terrain, mais également les moyens de ces derniers pour percer les intentions alliées.

Rubrique Livres

  • Les souris de Leningrad, tome 2, la ville des morts
  • Machines de guerre, tome 4, l’étoile de Koursk
  • Panzers in Berlin 1945 (« une vision bien différente des fantasmes des aficionados des projets allemands de fin de guerre (…) un très bel écrin, parfaitement réalisé, pour les passionnés du genre »)
  • Chez Adolf
  • Histoire de l’armée italienne (« cette monographie est aujourd’hui louvrage francophone le plus complet traitant du sujet, ce qui plaira à tous les lecteurs qui veulent apprendre ou parfaire leurs connaissances sur l’histoire de l’armée italienne »)
  • Forgotten Archives 3 The Lost Signal Corps (« le livre se regarde comme on le ferait d’un album de famille, sans en attendre un grand apport historique autre que de se représenter la vie sur le front telle qu’elle était »)
  • Le général Georges, un destin inachevé (« une étude remarquable et passionnante »)
  • Les carnets secrets du général Huntziger (« un volume incontournable pour tout chercheur sur cette période controversée »
  • Champignac, tome 2, le patient A
  • Le commando Kieffer, la campagne oubliée, Pays-Bas 1944-1945 (« l’ensemble vient donc boucher un trou dans l’historiographie francophone sur cette période »
  • Combat History of Sturmpanzer-Abteilung 217 (le fait qu’il soit très spécialisé ne devrait pas faire reculer les amateurs du genre tant les informations qu’il renferme permettent de compléter les connaissances sur les opérations germaniques en Belgique, en particulier lors du retrait chahuté à la libération »)
  • Mondes en guerre, tome 1 à 3 (« indispensable ! »)

Sommaire

  • Jean-Paul MARTHOZ, Le Covid-19 et la Seconde Guerre mondiale, les démocraties sous contrainte
  • Clément TAHIR, L’armée fantôme, le 23rd Headquarter Special Troops en Normandie
  • Hugues WENKIN, Les musées d’histoire militaire de la bataille des Ardennes
  • Christian DUJARDIN, Stoumont, station Peiper terminus !
  • Clément DERBAIDRENGHIEN, Le corridor de Lammersdorf, Hürtgen acte I
  • Hugues WENKIN, 10 mai 1940, les Chasseurs ardennais face à Bastogne
  • Daniel RUELENS, Bloquer la 12. SS-Panzer-Division Hitlerjugend
  • Jacques WIACEK, Les 10 coups de Staline, la Wehrmacht au supplice des dix plaies
  • Christophe LAFAYE, La bataille du maquis de Saint-Marcel en Bretagne (18 juin 1944)
  • Hugues WENKIN, Le sac de couchage pour blessés de l’armée américaine
  • Livres d’Histoire

Profils couleurs

Liens externes

Autres recensions

4 réflexions sur « Mook 1944 n°6 (Weyrich, 2021) »

  1. Bonjour 3945km,

    tu écris notamment « (…)le débat devient assez vite stérile et stéréotypé. Il reflète surtout des questions d’ego en fonction des affinités et des sujets de prédilection des auteurs. ».

    Est-ce le cas dans ce Mook 1944 ?

    Bien cordialement,

    Claude

    1. Je trouve l’article particulièrement bien fait. Il met en perspective cette suite assez impressionnante d’offensives soviétiques tout au long de 1944 sans établir un question de hiérarchie par rapport à ce qui se passe à l’Ouest. Et cela évite justement le piège de dire que l’un est plus important que l’autre. Evoquer les deux fronts dans le même numéro rappelle que la victoire se dessine de part et d’autre de façon concomitante, chacun des alliés contribuant à la victoire finale.

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