Batailles & Blindés n°102 (Caraktère, 2021)

Soulignant la dimension éminemment idéologique de la Seconde Guerre mondiale, Yannis KADARI souligne dans son éditorial la permanence des influences de la propagande jusqu’à aujourd’hui. Un sujet passionnant qu’il faut rappeler. En effet, les clichés et écrits de l’époque ou de l’immédiat après-guerre transcrivent la façon dont leurs auteurs veulent que les contemporains perçoivent les faits. Les témoignages célèbres ou moins méritent ainsi d’être pris avec précaution. Cela ne veut pas dire qu’il faille les délaisser. Bien au contraire, ils expliquent bien des choses. L’analyse des non-dits ou de la présentation des faits mérite également de s’y attarder. Malheur cependant aux auteurs qui reproduisent invariablement et sans recul les textes des services historiques officiels ou des mémoires…

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Recension

La France et les chars, les débuts d’une dérive doctrinale…

Heureusement quelques auteurs savent replonger dans les archives et ressortir des facettes pas ou pu connue pour faire apparaître une réalité plus complexe que certains raccourcis historiques. C’est le cas des chars français à la fin de la Première Guerre mondiale et au début de l’Entre-deux-guerres comme l’explique de façon particulièrement fouillée un article de Jean-Baptiste PETREQUIN.

Avec la Grande-Bretagne, la France innove dans la conception et l’utilisation massive des chars. Dans le même temps, les états-majors allemands n’y croient pas beaucoup avant de s’y convertir définitivement à partir de 1918. Les deux pays alliés ont cependant des approches différentes. Les Britanniques capitalisent sur la série des chars de type « Mark » tandis que les Français sortent du concept de fortin blindé pour explorer le concept des chars avec tourelle, avec le Renault FT. Entre les deux extrêmes, il n’y a pas encore de solution intermédiaire. Le futur FCM 2C en est à ses premières ébauches.

Malgré une industrie en plein en essor, les armées françaises manquent de chars. Les pertes au combat sont conséquentes et les contraintes d’emploi tendent les approvisionnements de pièces détachées. Sans oublier que l’occupation des territoires du Nord et l’amputation de l’Alsace-Lorraine privent le tissu industriel de certains de ses centres névralgiques.

Afin de pallier ces manquent, les Français décident d’acheter des chars aux Britanniques et d’intégrer le Mark V* dans son arsenal. Jamais engagés au combat en raison de la fin du conflit, ces engins influent cependant sur l’approche française du char moyen tout en consommant des ressources financières qui se raréfient. Il est souvent parfois plus difficile de gérer l’existant que de partir d’une feuille blanche libéré des contraintes issues du passé…

L’approche logistique, point faible de Rommel

Fulgurance et manœuvre, deux qualités que Loïc BONNAL met à juste titre au crédit d’Erwin ROMMEL. Ces qualités ont cependant leurs limites. La volonté ne peut pas toujours venir à bout des contraintes. La logistique en est une et plus globalement, la capacité de ses unités (ou de ses équipes).

L’adéquation logistique / stratégie et l’optimisation de l’industrie de guerre sont les deux grandes faiblesses de la culture stratégique allemande de la Seconde Guerre mondiale. L’exemple donné de l’Afrika-Korps et de ses contraintes logistiques après Gazala et avant El Alamein est criant. Signe d’une véritable compréhension des enjeux, l’auteur souligne les conséquences paradoxales de passer sur la défensive et du renforcement des effectifs : il faut faire passer d’autres types de moyens de combat et davantage de ravitaillement alors que les lignes logistiques s’étendent et que le diamètre du « tuyau » d’approvisionnement ne change pas.

Un exemple à méditer tant d’un point de vue militaire que de management d’entreprise.

La 1ère Armée française, un outil militaire très politique et diplomatique

Raisonnant comme un écho à l’ouvrage de Claire MIOT sur la 1ère Armée française dont la parution est contemporaine de ce numéro, Franck SEGRETAIN revient sur l’action des 1ère et 5ème Divisions Blindées françaises en Allemagne en 1945.

Outre le récit des opérations militaires, l’intérêt de l’article réside dans la description de l’utilisation pour le moins iconoclaste par Jean de LATTRE de ses grandes unités blindées. A rebours de l’idée qui prévaut depuis la victoire allemande de mai et juin 1940 que les chars doivent être uniquement engagés en paquet, il les « saucissonne » pour apporter davantage d’appui à ses unités d’infanterie ou bien les regroupe en fonction de la situation. Contrairement aux divisions d’infanterie américaines, la 1ère Armée ne dispose pas d’un large éventail d’unités d’appui comme le sont les Tank Battalion ou Tank Destroyer Battalions américains. en tout cas, c’est la preuve qu’il faut d’une façon ou d’une autre se ménager la capacité d’utiliser ces deux options, de façon permanente ou alternativement en fonction de ses moyens.

Attention, cet article n’est pas le reproduction de celui de Pierre DUFOUR paru dans le n°55, même si le titre peut le faire penser.

Les chars se conjuguent au féminin

Aspect caractéristique de l’Armée rouge au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’engagement relativement important de femmes sur le front dans des unités de combat symbolise la lutte de tout un peuple pour sa survie. Et donne lieu à de nombreuses histoires, certes montées en épingle par les services de propagande, mais avec un fond de vérité. En tout cas, il n’y a pas lieu de les délaisser pour autant, sachant qu’elles ne sont ni plus moins enjolivées que celles concernant leurs collègues masculins.

A la différence de Lioudmila PAVLITCHENKO sniper, elle combat au sein d’un T-34/76. A découvrir !

Et aussi…

enfin, trois articles proposent une vision de l’engagement des chars au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le premier reproduit un témoignage déjà paru sur l’engagement de la Panzergrenadier-Division Grossdeutschland en Roumanie à Târgu-Frumos qui permet le rétablissement temporaire de la situation du front allemand.

Le second relate d’un ton enlevé les combats pour Merefa avant ceux de Kharkiv des Panzer VI Ausf. E Tiger de la SS-Panzer-Division Leibstandarte SS Adolf Hitler. Tandis que le troisième est un extrait de l’ouvrage à paraître sur les chars durant la bataille de Normandie et présentant ici l’opération Goodwood.

Sommaire

  • Actualités
  • Michel PEETERS, Opel-Blitz 1,5t et Flak 38 2cm, une nouvelle vie !
  • Actualité du livre
  • Loïc BONAL, Pourquoi Rommel ne pouvait-il pas gagner ? La logistique défaillante de l’Afrika-Korps
  • Yannis KADARI, La Grossdeutschland à Targul-Fromos ou comment stopper une offensive soviétique avec quelques chars !
  • Laurent TIRONE, La 4. schwere SS-Panzer-Kompanie en action, violent baptême du feu !
  • Yannis KADARI, La veuve rouge, le destin de Mariya Vasilyevna Garagulia
  • Franck SEGRETAIN, « France d’abord », les 1ère et 5ème DB, outils politiques de la France Libre
  • Jean-Baptiste PETREQUIN, Le Mark V* dans l’armée française, quand nécessité fait loi
  • Franck SEGRETAIN, Les chars en Normandie, l’opération Goodwood

Caractéristiques

  • ISBN : N/A
  • Nombre de pages : 82
  • Langue : Français
  • Reliure : brochée
  • Dimensions : 29,7 x 21 cm
  • Prix conseillé France à la date de parution : 7,50 €

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