L’armée de Terre française du 10 mai 1940 (Economica, 2021)

Enfin ! Il aura fallu attendre plus de 80 ans pour enfin avoir un ouvrage entièrement et exclusivement à l’armée de terre française de 1940. Quelques ouvrages présentent déjà bien le sujet, mais uniquement de façon parcellaire et surtout au milieu d’un cadre plus général. C’est le cas par exemple de Blitzkrieg à l’Ouest paru en 2000 ou du premier volume du Mémorial de la Bataille de France. D’autres sont plus thématiques et ne s’intéressent qu’à l’un des aspects. C’est le cas de l’Arme blindée française volume 1 ou Tous les blindés de l’armée française 1914-1940. Il existe aussi l’indispensable magazine GBM. Mais de volume synthétique, point, enfin jusqu’à la parution de ce livre d’Eric DENIS qui parait particulièrement dense et fourni au premier coup d’œil…

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Recension

La bénédiction du maître

Si le premier volume est préfacé par Alain VERWICHT, celui-ci l’est par François VAUVILLIER. Excusez du peu ! C’est également une sorte de passage de témoin. Les experts et défenseurs de l’armée française de 1940 ne sont malheureusement pas légion. Malgré les efforts entrepris par quelques entrepreneurs audacieux dont Roger BRUGE, Stéphane FERRARD, Pascal DANJOU, Jean-Yves MARY et quelques autres pionniers du sujet, il reste encore beaucoup à faire.

Suite logique

Le format reprend celui de l’ouvrage consacré à 1940, la Wehrmacht de Fall Gelb paru également chez Economica et rédigé par le même auteur. Le contenu diffère cependant quelque peu pour être davantage systémique. L’auteur n’y aborde pas la campagne de 1940 proprement dite puisque son étude s’arrête au 10 mai 1940 matin. Les lecteurs peuvent piocher les cartes de situation parue dans le premier volume pour prolonger la lecture…

Le volume consacré à l’armée de terre française se différence de celui sir l’armée allemande par le spectre couvert. Il n’est question ici que de la dimension terrestre. « Que » mais aussi relativement exhaustivement. Si la mécanisation et la motorisation des armées représente un aspect important, l’étude décrit également des champs plus traditionnels comme l’infanterie et l’artillerie. Un chapitre aborde également la Ligne Maginot, Alpes comprises.

Vision à 360°

Les volets les plus orignaux résident dans la description des plans de production et de mobilisation lors de l’entrée en guerre ainsi que l’organisation territoriale en temps de paix.

Loin des raccourcis habituels et faciles, l’auteur montre que la situation de l’armée française devient vite critique à l’issue de la Première Guerre mondiale. Elle est encore très sollicitée opérationnellement mais doit digérer la déflation de ses effectifs. Le Traité de Versailles n’a pas de conséquence limitative sur ses capacités comme c’est le cas pour la Reichswehr. Mais ce la ne signifie pas qu’elle bénéficie d’un environnement favorable. En effet, comme le pays tout entier, la crise financière, le poids de la dette vis-à-vis de ses alliés ont des effets tout aussi conséquents que le bridage imposé aux Allemands par le Traité de Versailles. Les inconvénients sans avoir l’avantage de repartir d’une feuille blanche et la motivation d’une revanche à prendre.

Pourtant, cela ne veut pas dire que le corpus stratégique et doctrinaire reste figé. Bien au contraire. Il y a bien un réflexion en termes d’alliances et des choix doctrinaires qui sont opérés sans pour autant aboutir à des ruptures aussi tranchées que côté allemand. L’édification de la Ligne Maginot combinée aux obstacles naturels sur les frontières Est du pays canalise presqu’automatiquement la poussée allemande vers la Belgique. La manœuvre Dyle-Breda apporte une réponse politico-militaire à cette menace. Malheureusement, elle ne prend pas en compte l’action des commandos et des parachutistes sur les ponts de la Meuse en Hollande et du Canal Albert en Belgique. Une erreur qui condamne les Pays-Bas et qui sauve les parachutistes allemands d’une débâcle. De même, le problème n’est pas tellement le franchissement des Ardennes et de la Meuse de Dinant à Sedan, mais l’incapacité de toutes les contre-attaques françaises à repousser les têtes de pont allemandes ou à couper l’avancée allemande quand cela est encore possible, notamment sur son flanc nord.

Lumières et ombres

Paradoxalement, de nombreux points communs avec l’armée allemande transpirent :

  • Des matériels et des unités de conception récente
  • Un armement et un parc de matériels pas toujours adaptés aux exigences du combat moderne
  • Un outil industriel en pleine structuration et montée en puissance
  • Un « reset » récent qui date effectivement du milieu des années 1930

Revaloriser le rôle et l’action de l’armée française ne signifie pas changer le cours de l’Histoire, ni faire preuve d’un révisionnisme malhonnête. L’auteur a bien raison d’indiquer que l’armée allemande réalise une victoire particulièrement éclatante.

Cependant, les causes de la défaite française semblent bien éloignées de celles couramment admises. Si le livre se concentrait également sur les opérations militaires vues du côté alliées, il montrerait aussi que les engagements qui marquent l’historiographie de la bataille ne sont pas forcément les plus pertinents. Eux aussi sont très marqués par les témoignages a posteriori ou les écrits à la gloire de leurs rédacteurs, notamment ceux de ROMMEL, GUDERIAN et de De GAULLE que nombre d’auteurs reprennent sans esprit de recul, par mimétisme ou par convenance.

La richesse se cache dans les détails

Cet ouvrage est assurément une bible qu’il faut avoir à porter de main en lisant un livre sur les combats à l’Ouest en mai et juin 1940 même si ses entrées ne sont pas de type encyclopédique. Il faut parfois parcourir plusieurs pages et chercher pour trouver la réponse à la question. Mais au moins, elle s’y trouve !

Une importante iconographie et infographie (cartes, ordres de bataille, tableaux) accompagne le texte, sans parler de quelques encarts thématiques. Ces détails font la différence :

  • Le transport stratégique par chemin de guerre en temps de guerre
  • L’organisation du territoire en temps de guerre et le ravitaillement des armées
  • Unités de fortification en temps de paix (nord-est, sud-est)
  • Division de Cavalerie type 1932
  • Division Légère Mécanique type 1934
  • Engins de combat commandés et fabriqués jusqu’en 1939
  • Identification des véhicules et du personnel de circulation routières
  • Détails des caractéristiques techniques des matériels et armements
  • Détails et utilisation des crédits des différents programmes d’armement
  • Situation des fabrications et des livraisons
  • Objectifs de production à fin 1943
  • Divisions d’Infanterie, de Cavalerie, unités du train, d’artillerie et du génie en temps de paix en métropole
  • Unités stationnées au Maroc et en Algérie en temps de paix
  • Répartition des effectifs et ventilation par catégorie, grade, origine (métropole ou colonies)
  • Règles générales de numérotation des corps de troupe d’infanterie de formation
  • GBC, BCC, bataillons de manœuvre
  • Numérotation, armement et affectation des régiments d’artillerie à la mobilisation
  • Brigades et régiments de cavalerie à la mobilisation et après
  • Unités du train (types, numérotation)
  • Capacités de transport
  • Bureaux et services de l’état-major
  • Prévisions et production des armes d’infanterie
  • Schémas des principales grenades en service, munitions d’artillerie non encartouchées de 105 C
  • Ordre de bataille et cartes de déploiement des unités le 10 mai 1940 matin

Reste juste maintenant à réaliser un ouvrage comparatif (ordres, déploiements, événements, pertes) du déroulement de la campagne côté allié et allemand sur le Théâtre d’Opération Nord-Ouest…

Sommaire

  • Avant-propos
  • Système décisionnaire, diplomatie et stratégie
  • La fortification française
  • Les doctrines des unités blindées
  • La mécanisation et la motorisation
  • Les programmes d’armement, les prévisions de fabrication et les réalisations
  • L’armée de terre du temps de pais et la mobilisation générale
  • Le plan des 5 mois
  • Les Grandes Unités de l’armée de terre
  • L’armement des unités françaises
  • L’ordre de bataille divisionnaire français au 10 mai 1940
  • L’heure du bilan
  • Index, sources, bibliographie et remerciements

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