Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)

Illustrer les moments forts d’un conflit aussi vaste que la Seconde Guerre mondiale en Europe et en Afrique du Nord est une gageure. Et très souvent, les auteurs ne retiennent que quelques batailles, souvent les mêmes. L’exercice a donc ses limites et il est difficile de faire original. Pourtant, ce numéro de Batailles y arrive parfaitement en réunissant un cocktail de dix combats durant lesquels les chars y jouent un prépondérant.

Publicités

Recension

Ecrit à six mains par Yves BUFFETAUT, Nicolas PONTIC et Benoît RONDEAU, les dix articles couvrent l’ensemble du spectre chronologique de l’invasion de la Pologne à la Hongrie au printemps 1945. La première difficulté réside dans le choix desdits combats. C’est le premier atout de ce numéro.

En effet, certaines batailles de chars ne peuvent être difficilement occultées comme celle de Kasserine ou de Koursk. A côté de ces passages obligé, les auteurs font un choix qui leur permet de montrer la diversité et l’évolution des engagement. En effet, il n’y a pas grand chose à voir entre les combats à Pologne de septembre 1939 et l’opération Zitadelle en juillet 1943.

Certains choix sont plus osés et méritoires. C’est par exemple le cas de l’action de la 3ème Division Légère Mécanique (DLM) à Arras en mai 1940. Cela change des batailles de Hannut, de Montcornet ou d’Abbeville qui servent généralement à illustrer cette période. Et qui restreignent d’ailleurs la vision des engagements français de mai et juin 1940.

Idem pour illustrer l’opération Barbarossa. Plutôt que de rabâcher les grandes batailles d’encerclement répétitives de Minsk, Smolensk ou Kiev, le magazine fait le choix de traiter d’une action assez méconnue. La contre-attaque soviétique de Brody et Doubno se déroule dans tous les premiers jours de l’offensive allemande. L’Armée Rouge y concentre une masse importante de chars. Un sérieux signal d’alerte avant même celui de Smolensk et de Yelnia. Matériels et unités soviétiques sont nombreux, plutôt puissants. Il y a bien entendu des faiblesses criantes qui résident davantage dans la maîtrise organisationnelle, du commandement et des combats. Mais si l’Armée Rouge a le temps d’aligner « les planètes », l’adversaire promet déjà d’être redoutable…

L’étendue des fronts n’est pas comparable. Pourtant les opérations Cobra et Bagration sont contemporaines à quelques semaines prêt et possèdent un point commun. Alliés occidentaux (notamment Américains) et Soviétiques réussissent des opérations de grande ampleur dont l’impact est aussi significatif que celui des opérations Fall Gelb / Fall Rot et Barbarossa en termes de conquête territoriale et de destruction d’unités ennemies. La maîtrise tactique et opérationnelle de l’emploi de grandes unités blindées a définitivement changé de camp. Et c’est finalement peut être cette qualité qui est commune à toutes ces batailles. Le vainqueur n’est pas forcément celui qui possède les matériels technologiquement les plus avancés ou les plus puissants. La puissance technique sans possibilité, capacité de conduire des opérations militaires et maîtrise tactique ne sert à rien.

A noter que le volet africain pèse trois batailles avec l’opération Crusader, El Alamein et Kasserine.

La plupart des contributions sont structurées peu ou prou de façon identique : organisation et/ou doctrine, matériel, conduite de la bataille proprement dite et bilan / analyse. Un cocktail efficace et pédagogique.

L’introduction souligne également qu’il n’y a pas une solution miracle. L’adaptation est un fil conducteur indispensable. Force est de constater qu’en six année de guerre, la physionomie des combats à haute intensité change totalement et plusieurs fois dans ce même laps de temps. Une leçon de relativisme ! Seul petit, regret, il manque une conclusion qui tire des conclusion de l’évolution sur l’ensemble du conflit et ouvre sur les leçons retenues qui formattent ensuite les armées, doctrines et matériels de la Guerre froide.

Sommaire

  • Nicolas PONTIC, Batailles de chars, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Nicolas PONTIC, Campagne de Pologne, premières batailles de chars, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021) : article de six pages sur les armes blindées allemandes et polonaises lors de l’invasion de la Pologne en septembre 1939 présentant les matériels et les doctrines d’emploi des deux camps mettant en avant les faiblesses de la Panzerwaffe devant être impérativement corrigées avant d’intervenir à l’Ouest – Texte, photos, profils couleurs.
  • Yves BUFFETAUT, Les chars français dans la bataille d’Arras, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Nicolas PONTIC, La bataille de Rovno-Brody, la première grande bataille de chars du Front de l’Est, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Nicolas PONTIC, Opération Crusader, première grande blindée du désert, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Benoît RONDEAU, El Alamein, le Sherman, outil de la victoire britannique, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Benoît RONDEAU, Kasserine, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Nicolas PONTIC, La bataille de Koursk, la Panzerwaffe mise en échec, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Yves BUFFETAUT, Opération Cobra, quand les bombardiers lourds terrassent les Panzer, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Nicolas PONTIC, Opération Bagration, opération en profondeur, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)
  • Nicolas PONTIC, Opération Frühlingerwachen, la Panzerwaffe à bout de souffle, in Batailles hors-série n°11 (Ysec, 2021)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.