Theirs the Strife, the Forgotten Battles of British Second Army and Armeegruppe Blumentritt, April 1945 (Helion, 2021)

Batailles « oubliées »… en effet ! Alors que l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale a tendance à s’appesantir sur les mêmes batailles, les mêmes secteurs, les mêmes unités ou les mêmes personnages, de vastes terrains restent encore à défricher. Ce livre symbolise tout l’intérêt de sortir des habituels sujets et lève un voile sur l’engagement britannique en territoire allemand dans les dernières semaines du conflit. non, les Soviétiques et les Américains n’ont pas l’exclusivité des derniers combats !

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Recension

Contexte historique

Les événements relatés dans ce livre se déroulent du 24 mars 1945 quand les Alliés occidentaux s’élancent à l’assaut du Rhin à la capitulation du III. Reich avec une attention particulière sur la période du 5 au 17 avril 1945. A ce moment, le régime nazi amorce la toute dernière phase de son agonie. Ses tentatives de retourner la situation par une succession de contre-offensives à l’Ouest (Wacht am Rhein / Herbstnebel dans les Ardennes, Bodenplatte sur les terrain d’aviation alliés, Nordwind en Alsace) sont des échecs. Pire, à partir du 12 janvier 1945, l’Armée Rouge repart à l’assaut pour se retrouver sur l’Oder, dernier rempart naturel avant d’atteindre Berlin, et isoler la Prusse Orientale.

L’effondrement du III. Reich et l’assurance d’une victoire alliée n’empêchent pas des opérations géantes et très coûteuses en hommes et en matériel comme l’assaut soviétique sur Berlin comme décrit dans Bloody Streets. Alors que les Alliés occidentaux cherchent à préserver au mieux leurs troupes, Joseph STALINE exige de l’Armée Rouge encore de lourds sacrifices pour conforter son emprise sur l’Europe et consolider ses buts de guerre déjà visibles lors de la signature du pacte germano-soviétique.

Quand les Alliés occidentaux se lancent enfin à l’assaut du Rhin, le sort de la Seconde Guerre mondiale en Europe est donc déjà scellé. Seul se joue l’après et le rapport de force entre l’URSS et les Etats-Unis. Deux façon de voir les choses s’opposent. Côté occidental, la priorité est donnée à la préservation des vies alliées avec des assauts relativement prudents, loin d’être cependant de simples promenades militaires. Côté soviétique, l’approche est toute autre : place à des offensives massives, très coûteuses en hommes et matériels. Non seulement, les Allemands concentrent désormais l’essentiel de leurs derniers moyens militaires face à l’Armée Rouge, mais Joseph STALINE veut s’assurer par la force du maximum de territoires et empêcher les Alliés occidentaux de contre-carrer ses ambitions territoriales et politiques. Côté allemand, si l’attention se porte principalement à l’Est, il est faux de penser que les Alliés occidentaux sont accueillis les bras ouverts avec des fleurs.

Quand les Soviétiques franchissent d’un bond l’espace entre la Vistule et l’Oder en janvier 1945 avant de nettoyer les ailes (Poméranie, Silésie) et de liquider au propre et au figuré la Prusse Orientale, les Alliés occidentaux s’alignent progressivement sur la rive ouest du Rhin. Entre la percée du Westwall sur l’Our en direction de Prüm et dans le secteur d’Aix-la-Chapelle (Aachen) début septembre 1944, plus de six mois se sont écoulés…

Enfin, dans la nuit du 24 au 25 mars 1945, l’opération Plunder est déclenchée suivie le lendemain par l’opération Varsity, un vaste assaut aéroporté dans la profondeur. Le front allemand en aval de Cologne (Köln) explose tandis que plus en amont, la 3rd US Army d’élance de sa tête de pont de Remagen. L’OB West, faute de réserve, ne peut que constater l’encerclement de la Heeresgruppe B dans la poche de la Ruhr.

Pourtant, cela ne signifie pas que les combats cessent, même si leur intensité est incomparable avec ce qui se déroule à l’Est.

En encerclant la Heeresgruppe B, les Alliés s’ouvrent un passage direct vers l’Elbe à la rencontre de l’Armée Rouge. Reste à pointer également sur la Baltique par Hambourg et Lübeck. Sur leur chemin, ils doivent encore franchir successivement la Weser puis l’Aller et enfin l’Elbe. La victoire est certes assurée, mais la guerre n’est pas encore tout à fait terminée.

Contenu

Avant de commencer à étudier les opérations militaires proprement dites, John RUSSELL consacre une centaine de pages très intéressantes sur la composition des deux adversaires. D’un côté, les restes des 25. Armee et 1. Fallschirm-Armee regroupées initialement au sein de la Heeresgruppe H renommée OB Nordwest. Mais pas seulement, puisqu’étonnement la Luftwaffe est encore présente dans les airs pour attaquer les points de franchissement britanniques et les rares unités de combat traditionnelles (enfin, ce qu’il en reste) sont renforcées par les moyens de défense antiaérienne des localités et infrastructures allemandes ainsi que par un conglomérat de troupes ramassées dans les dernières réserves.

Côté britannique, la 2nd Army est en pleine possession de ses moyens, même si la situation de la Grande-Bretagne est aussi tendue d’un point de vue des effectifs. Comparée à son adversaire, elle conserve une structure homogène et classique articulée entre ses corps d’armée, ses divisions et ses unités de soutien. La structure des différentes composantes des forces est détaillée, au sol comme dans les airs, d’un point de vue matériel et organisationnel. Une vision plutôt exhaustive des capacités opérationnelles des deux belligérants.

Sur trois cent pages, les combats décrits se concentrent tout d’abord sur la Weser (Minden, Stolzenau, Hoya) puis sur l’Aller (Rethem, Schwarmstedt / Essel, Winsen, Verden).

L’avance finale sur Brême, Hambourg, Lübeck et les rives de la Baltique fin avril / début mai sont beaucoup plus succinctement décrites, toute résistance organisée cesse en effet une fois l’Aller franchie.

Valeur ajoutée historiographique

Ce livre est assurément une découverte pour de nombreux lecteurs qui y découvrent des combats particulièrement intenses sur la Weser et l’Aller. Les conditions d’engagement mêlent à la fois des assaut relativement classiques de franchissement de coupures humides, de prises de localités et de traversées de contrées propices à la défense avec bois et marais.

La description de l’état respectif des forces permet de bien appréhender l’organisation et les moyens de chacune des armes à ce moment du conflit. Rares sont les ouvrages qui entrent dans ce niveau de détails sans s’arrêter superficiellement à quelques unités bien connues.

En outre, le texte complète les historiques d’unités britanniques bien connues mais généralement très peu détaillés pour cette période du conflit : 53rd (Welsh) Infantry Division, 7th Armoured Division, 11th Armoured Division, 6th Airborne Division. Côté allemand, ce sont plus particulièrement des engagements de la 2. Marine-Division, de la Kampfgruppe Schulze et du SS-Ausbildungs-und-Ersatz-Bataillon 12 de la 12. SS-Panzer-Division Hitlerjugend qui retiennent l’attention ainsi que la myriade d’unités de circonstance hâtivement levées à partir des réserves, des écoles de formation, du RAD et l’utilisation de tous les moyens militaires encore fonctionnels sur le territoire du III. Reich.

De nombreuses cartes, simples mais très lisibles, accompagnent le texte. L’iconographie est bien calibrée. Il faut apprécier les vues contemporaines des restes de l’époque avec une mention toute spéciales des installations industrielles camouflées en habitations ou locaux agricoles dans le but d’échapper aux bombardements aériens alliés. Les vues des canons de Flak utilisées en combat terrestre à Rethem rendent également bien compte des conditions de combat de ces derniers semaines du conflit quand le parapluie antiaérien est utilisé pour bloquer l’ennemi au sol.

Forme

De format broché, 21x17cm, le livre comprend cinq cent pages dont une trentaine réservées à la bibliographie, aux annexes et à l’index.

Le texte relativement petit et serré se lit néanmoins facilement. Les illustrations (photos, cartes et ordres de bataille) sont généralement insérées entre les paragraphes à l’exception de quelques une qui sont reproduites en pleine page. L’ensemble est en noir et blanc, à l’exception de la couverture avant et arrière.

Sans fioriture inutile, l’ensemble est solide, professionnel, avec index détaillé pour retrouver un détail et une bibliographie bien étoffée.

Conclusion

Un livre indispensable pour tous ceux qui s’intéressent plus particulièrement à l’armée britannique et aux derniers combats du III. Reich. Ce secteur et cette phase du conflit ont tout pour capter l’attention des lecteurs : Unités célèbres côté britannique, assemblages hétéroclites côté allemand à l’image de la 2. Marine-Division et de la Kampfgruppe Schulze, des franchissements de coupures humides, des affrontements en milieu urbain, en plaine, des embuscades en forêt…

Autre exemple des derniers combats méconnus sur le sol du III. Reich, ceux en Poméranie comme relatés à travers Fated to Defeat qui replace l’engagement de la 33. Waffen-Grenadier-Division der SS Charlemagne dans son contexte géographique et militaire avec un même soucis des détails que Theirs the Strife.

Sommaire

  • Preface
  • From Pillar to Post: 23 March-4 April 1945
  • The Rock of Resistance: German Forces on the Weser and Aller
  • Forward on Wings of Flame: Second Army April 1945
  • Stukas, Tigers and Panthers: VIII Corps’ Battles for Weser Bridgeheads 5-6 April 1945
  • Fat Cars, Chateau Lafite and the Steel-eyed Boys: 7-9 April 1945
  • ‘A Little Bit of Burma’: The Battle for the Aller Bridgehead at Essel 10-12 April 1945
  • ‘One of the Hardest Days’: The battles on the roads to Ostenholz and Winsen 13-14 April 1945
  • A Most Decisive Victory?: The Battle for Rethem 11-12 April 1945
  • Belt-fed Bazookas: 53rd Division across the Aller 11-14 April 1945
  • Through the Crust: The Collapse of the Aller Line and XII Corps’ Breakout 14-17 April 1945
  • Die Stunde Null: 15 April-8 May
  • Epilogue
  • Appendix A
  • Bibliography
  • Index

2 réflexions sur « Theirs the Strife, the Forgotten Battles of British Second Army and Armeegruppe Blumentritt, April 1945 (Helion, 2021) »

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