Allies In Air Power, An History of Multinational Air Operations (University Press of Kentucky, 2020)

Autour d’une dizaine de contributions sur le thème de la coopération internationale dans les airs, ce livre d’un peu moins de trois cent pages sans illustration expose comment la question de la coalition se pose dès la naissance de l’aviation militaire durant la Première Guerre mondiale. De son essor à aujourd’hui, la puissance militaire aérienne parait ainsi systématiquement lié à une notion d’alliance et de coopération. Une évidence américaine, probablement européenne mais pas forcément universelle. De quoi ouvrir des perspectives d’analyses historiographiques intéressantes sur les sujets rarement évoqués et des périodes trop souvent absentes des magazines spécialisés comme Aérojournal. Non seulement le présent nourrit aussi l’Histoire mais il démontre avec le recul du temps tout l’intérêt d’embrasser ces cents ans d’Histoire militaire avec la bascule de la Seconde Guerre mondiale comme point central.

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De plus, en offrant ce panorama des principaux engagements militaires occidentaux par la voie des airs, les chapitres réunis par Steven PAGET permettent de jalonner quelques moments clefs des engagements occidents, vus cependant par le prisme américain, d’un point de vue technologique et organisationnel d’une part part, mais aussi d’un point de vue géostratégique. Quelle différence entre les premiers balbutiements de l’aviation militaire militaire américaine biberonnée par ses homologues français et britanniques au cours de la Première Guerre mondiale et le décor qui se met en place durant la Seconde Guerre mondiale au cours de laquelle les Etats-Unis prennent définitivement l’ascendant dans les airs.

Car, de fait, les nations alliées occidentales sont désormais incapables d’opérer seules sans l’appui de l’US Air Force dans un engagement soutenu et continu.

Si les Etats-Unis sont capables d’opérer seuls dans tout conflit, ce sont désormais les seuls à pouvoir le faire. Pour des motifs politiques, diplomatiques et parfois pour des raisons de coûts, la recherche de partenaires est cependant quasi systématique. L’engagement se fait rarement seul, même si l’aviation militaire américaine reste la principale composante et le leader incontesté de chacune des coalitions mises en place que ce soit en Corée, au Vietnam, en Yougoslavie ou dans le Golfe. La puissance aérienne est devenue non seulement un moyen de coercition vis-à-vis de l’adversaire mais aussi un moyen de garder le contrôle de ses propres alliés devenus totalement indépendants.

Que de changement en un siècle ! En effet, comme dans le domaine des chars, les Etats-Unis apprennent et posent les bases avec l’aide de ses alliés européens au premier rang desquels se trouve la France. Dès sa naissance, l’aviation militaire américaine évolue donc dans un contexte international. Vingt ans plus tard, c’est elle qui assiste ses alliés avec l’apprentissage d’une coopération toujours plus poussée qui prend ses racines en Afrique du Nord avec les Britanniques et dans le Pacifique avec la Nouvelle-Zélande.

Le contraste est saisissant avec la psuedo-coopération entre la Royal Air Force et l’Armée de l’Air au début de la Seconde Guerre mondiale lors du déclenchement de Fall Gelb par les Allemands en mai 1940. Ce n’est qu’un partenariat de nom, la conduite des actions restant l’apanage de chacune des forces sans réelle coordination ou plutôt combinaison vis-à-vis de l’adversaire. L’affaire des points de passage allemands sur la Meuse montre le début mais aussi immédiatement la fin d’une tentative de coopération opérationnelle faute d’avoir été préalablement pensée et mûrie.

L’exemple germano-hongrois matérialise également l’évolution de l’hégémonie allemande sur la conduite des opération au fur et mesure de l’avancement du conflit en URSS à partir du moment où la dimension de l’engagement dépasse les capacités de l’allié. Prise en défaut sur ses propres capacités industrielles, l’Allemagne du III. Reich est incapable de penser l’accompagnement de ses forces alliés sauf à leur imposer ses propres choix au point de transformer ses partenaires en de simples supplétifs.

L’exemple d’intégration anglo-américain à partir de la guerre du désert est d’abord lié à un concours de circonstance. Le fait que les alliés parlent la même langue est un facteur à ne pas négliger à la différence des cas précités. Les intéressés ne s’en rendent pas compte, mais tous ceux dont l’Anglais n’est pas la langue natale, si ! Le second facteur est la contrainte opérationnelle pour les deux belligérants de coopérer étroitement. L’un a besoin des moyens, l’autre des structures et de l’expérience. Les conditions sont donc idéalement réunies.

Il est aujourd’hui évident que l’intégration des forces aériennes occidentales est désormais un concept bien intégré, répété et mis en œuvre, notamment au travers de l’OTAN mais aussi de certaines missions onusiennes. Néanmoins, il est permis de se demander si la situation actuelle de l’action multinationale dans les airs impliquant l’US Air Force pour les alliés occidentaux ne tend pas finalement pas à la situation qui prévaut avec la Luftwaffe et son allié hongrois durant la Seconde Guerre mondiale. Effectivement, passer du statut d’allié à celui de supplétif, il n’y a qu’un pas. On apprécie aussi l’ouverture sur la coopération dans les drones et l’espace.

Sommaire

  • Steven PAGET, Multinational Air Power: The Context
  • Bert FRANDSEN, Building Partnership Capacity: US Air Power in the First World War
  • Matthew POWELL, Partners in Name Only: The Royal Air Force and Armée de l’Air during the Battle of France, 1940
  • Andrew CONWAY, Creating an Anglo-American Air Component: The Western Desert Experience, 1940-1942
  • John MOREMON, The Royal New Zealand Air Force and Americain Supply in the South Pacific during the Second Wolrd War
  • Stephen L. RENNER, From Ally to Auxiliary: The Royal Hungarian Air Force and the Luftwaffe in the Second World War
  • Corbin WILLIAMSON, The Korean War: United Nations Carrier Operations, 1950/1953
  • Steven PAGET, Magpies and Eagles: Number 2 Squadron, Royal Australian Air Force, and the Experience of Coalition Warfare in Vietnam
  • Richard P. HALLION, Coalition Air Power in the Gulf War, 1991
  • Maria E. BURCZYNSKA, Operation Allied Force as a Catalyst for Change: Toward Intensified Multinational Cooperation
  • Benjamin S. LAMBETH, Operation Iraqi Freedom: The Allied Contribution
  • Walter DORN, United Nations Peace Operations: Precedents and Progress in the Four Facets of Air Power
  • Steven PAGET, Multinational Air Power: The Outlook
  • List of Contributors
  • Index

1 réflexion sur « Allies In Air Power, An History of Multinational Air Operations (University Press of Kentucky, 2020) »

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