GBM n°136 (Histoire & Collections, 2021)

Par son ampleur et sa rapidité de diffusion, la révolution technologique de l’arrivée de la motorisation dans les armées au début du XXème siècle est aussi spectaculaire que celle qui touche leurs contemporains cent ans plus tard avec la numérisation du champ de bataille. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à lire ce numéro de GBM. L’analyse historique ne peut se contenter ressasser le seul déroulé des opérations militaires mais doit bien bien comprendre et analyser comment l’innovation se diffuse et comment les doctrines évoluent en conséquence. Un nouveau numéro particulièrement bien réussi.

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Confirmant déjà plusieurs écrits sur ce thème et les ouvrages de la collection Vauvillier, l’article sur les véhicules Panhard sous les drapeaux expliquent le foisonnement de projets au tournant des années 1900. L’esprit d’entreprendre des industriels français se combine parfaitement avec l’ouverture d’esprit des militaires. Les concours organisés par les armées soutiennent la dynamique de l’offre qui n’a besoin que d’un catalyseur pour donner sa pleine mesure. Une situation qui rappelle la concurrence acharnée que se font les industriels allemands une trentaine d’années plus tard lors de la remise sur pied d’une armée débarrassée des contraintes du Traité du Versailles. Et un contraste frappant avec la lourdeur et la complexité des mega-programmes d’armement actuels avec un nombre réduit d’acteurs évidemment au niveau français, mais également européen.

Les chiffres de production permettent de réaliser l’ampleur de la révolution qui s’annonce et le rôle d’accélérateur que joue la Première Guerre mondiale dans l’essor de la motorisation et la consolidation de la révolution automobile.

La troisième partie de l’étude consacrée à l’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée française montre également que le gigantisme n’est pas l’apanage de l’armée hitlérienne. En témoigne l’impressionnant canon Schneider détenant le record de portée en France avec un obus expédié à plus de 127 kilomètres de distance… Evidemment, il n’est pas question ici de précision. Mais l’exploit sidérurgique est assurément là, de la haute précision industrielle d’autant plus impressionnante que les instruments de conception, les outils de production et les moyens de mesure n’ont pas la finesse de notre époque nourrie par la conception numérique et les contrôles laser.

Pour continuer à se convaincre que l’armée française ne reste pas les bras croisés face aux évolutions technologiques durant l’Entre-deux-guerres, l’article sur les changement opérés au sein de la compagnie d’accompagnement d’un régiment d’infanterie avec le renforcement des moyens antiaériens montre que des changements s’opèrent. La présentation sur deux pages soldat par soldat et matériel par matériel est des plus intéressantes. Ce niveau de détail n’est donc pas réservé qu’aux seules unités blindées allemandes de la Seconde Guerre mondiale et encore une fois, nombre d’auteurs et de publications devraient s’inspirer de la qualité des travaux de GBM. Seul regret, un comparatif avec des unités similaires allemandes ou britanniques auraient permis de donner un peu plus de relief à cette seule (mais intéressante) description. Le débat n’est pas tellement de savoir si l’armée française prend le train en marche (la réponse est oui), mais plutôt de savoir si les options retenues sont bonnes et les cheminements judicieux en comparaison de ses adversaires directs.

Sur le plan des opérations militaires, Jacques BELLE (auteur par exemple de La défaite française, un désastre évitable, le 16 mai 1940, il fallait rester en Belgique) poursuit sa passionnante série d’articles entamée avec les 80 ans de 1940 avec le n°132 sur les unités blindées françaises avec une attention portée sur les derniers jours de la campagne. Le but n’est plus de vaincre les Allemands, ni même de les arrêter, mais de préserver ce qui peut l’être. Stéphane BONNAUD continue de narrer les aventures du 41ème Bataillon de Chars de Combat (BCC) et plus particulièrement sa mission sacrificielle menée à Mourmelon le 12 juin 1940 durant laquelle le manque d’essence se fait cruellement sentir. Nouvelle preuve d’abnégation et de courage des Français dont les quelques exemples de faits d’armes ne peuvent définitivement plus se limiter dans la littérature sérieuse à Stonne, Montcornet et Abbeville, sauf à vouloir continuer à propager une vision volontairement réductrice et étriquée du sacrifice tricolore en 1940.

Après notamment les camions citernes (GBM n°130 et 131) et les bus de commandement (GBM128), Matthieu COMAS poursuit son travail de découverte des matériels au sol des forces aériennes avec cette fois-ci les véhicules sanitaires. Original et passionnant.

Pour finir, saluons le travail d’enquête sur les Hotchkiss H39 retrouvés à Clamecy. Un travail minutieux de reconstitution et d’observation sur un événement sans grande influence sur la grande Histoire, mais qui montre que jusqu’au bout des choses sont tentées avec plus ou moins réussite. C’est donc un plaisir de lire qu’il n’y a pas que les Allemands qui font feu de tout bois dans les dernières semaines de la guerre en 1945 d’un point de vue matériel (avec plus ou moins de bonheur. La France n’est pas en reste non plus en 1940…

Sommaire

Profils couleurs

  • Panhard-Genty 24 HP (Laurent LECOCQ)
  • Panhard K configuration automitrailleuse, France, 1914 (Laurent LECOCQ)
  • Panhard X19 Torpédo « 93106 », France, 1916 (Laurent LECOCQ)
  • Panhard X25 configuration sanitaire « 50899 », Section Sanitaire n°38, France, décembre 1915 (Laurent LECOCQ)
  • Panhard K14 « 164095 », France (Laurent LECOCQ)
  • Châtillon-Panhard K11 « 22 », France, été 1914 (Laurent LECOCQ)
  • Châtillon-Panhard K11 « 1782 », France, 1916 (Laurent LECOCQ)

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