Vernon tête de pont 1944, La Roche-Guyon Kommandantur (à compte d’auteur, 2019)

Pour les amateurs de la Seconde Guerre mondiale en Europe et plus particulièrement des opérations à l’Ouest en 1944, La Roche-Guyon renvoie invariablement au quartier-général d’Erwin ROMMEL. En charge de la Heeresgruppe B, la responsabilité d’affronter et de repousser le débarquement allié attendu lui appartient. Pourtant, hormis les textes liés à l’agenda du Maréchal lui-même, l’historiographie concernant La Roche-Guyon même durant l’été 1944 reste rare. D’autant plus que la ville se retrouve au centre de deux points de passage sur la Seine en août 1944 (Vétheuil et Vernon)… Voilà de quoi attiser la curiosité !

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Broché 17×24 cm avec plus de deux cent soixante pages, le livre rappelle le format également utilisé par Didier LODIEU pour ses ouvrages édités à compte d’auteur. Le fil conducteur s’appuie sur une iconographie variée comprenant majoritairement des clichés pris par des vétérans et des témoins de l’époque. Le texte, est rédigé par Bruno RENOULT, auteur de nombreux livres sur ce secteur durant la guerre, dont les derniers sont dans un format similaire. On se souvient également de son album La tête de pont de Mantes, le bataille du Vexin paru en 2000.

Le livre commence en mai 1944. Les Alliés n’ont pas encore débarqué, mais les différentes parties en présence s’activent. Les Alliés bien sûr, qui s’efforcent de détruire tous les points de passage sur la Seine à partir de Paris (exclus) jusqu’à la côté normande. Les Allemands également qui occupent militairement et exploitent économiquement le pays tout en se préparant à accueillir les Alliés pour les repousser malgré l’inconnu qui règne sur le lieu de la zone d’assaut. Mais ce sont également les locaux (Français très majoritairement, mais également habitants d’origine étrangère dont des citoyens britanniques) écartelés entre vouloir continuer à vivre malgré la guerre, s’engager pour un camp ou un autre pour des motifs patriotiques, idéologiques ou tout simplement pécuniers. Tout ce petit monde voit son calme relatif remis en cause par l’opération Overlord et surtout en août 1944 quand les combats au sol se déroulent sur le Seine. La Libération ne marque pas tout à fait la fin de l’épreuve compte tenu des nombreux règlements de compte qui s’en suivent.

Par le biais de clichés et des textes concis, le lecteur plonge dans un maelström de situations impliquant Français, Allemands, Américains et Britanniques. C’est un savant melting-pot des événements qui se déroulent sur la boucle de la Seine de Vétheuil à Vernon en 1944 qui est proposé au lecteur.

Le livre se divise globalement en trois temps. Le premier concerne l’avant 6 juin 1944. L’état-major de la Heeresgruppe B basé au château de La Roche-Guyon, sa défense, les conséquences (finalement étonnamment modestes) pour les habitants environnants occupent naturellement une place centrale. Quelques détails méritent l’attention comme la réquisition des industries locales au profit de l’occupant, la construction ostensible d’un centre de commandement bis à quelques encablures du château, les terrains d’entraînement pour les forces allemandes dans le cadre de leurs préparatifs pour lutter contre l’invasion alliée tant attendue. Les stationnement des unités blindées comme la 12. SS-Panzer-Division et la 116. Panzer-Division est également abordée avec une mention particulière sur les comportements et l’attitude vis-à-vis de la population qui semblent d’ailleurs très différents d’une unité à l’autre selon les habitants de la région.

Sur le plan opérationnel, la destruction des points de franchissement et leur défense antiaérienne illustre les moyens alliés employés et surtout l’impossibilité allemande de s’y opposer efficacement. Au point qu’Erwin ROMMEL ne peut qu’assister passivement aux bombardements. Si des efforts sont faits pour être plus efficaces et provoquer ainsi moins de dégâts au sein de la population, les attaques aériennes causent néanmoins un nombre non négligeable de victimes civiles.

Le second temps concerne l’activité à La Roche-Guyon pendant la bataille de Normandie. De quoi évoquer la tentative britannique pour neutraliser Erwin ROMMEL et sa blessure lors d’une attaque aérienne la veille du déclenchement de l’opération Goodwood.

Le remplacement de von KLUGE par Walter MODEL est l’occasion d’aborder les hésitations du premier concernant la conjuration militaire contre Adolf HITLER et le comportement assez obséquieux du second lors de sa prise de fonction. La description du déménagement de l’état-major avec un cliché des autocars camouflés dans la cour du château est des plus intéressantes.

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Le troisième temps concerne les combats dans la seconde quinzaine d’août 1944.

Le I. SS-Panzer-Korps, composé des reliquats de plusieurs grandes unités blindées engagées en Normandie (2. SS-Panzer-Division, 9. SS-Panzer-Division, 12. SS-Panzer-Division et 17. SS-Panzergrenadier-Division), défend l’accès à la boucle de la Seine de Vétheuil à Vernon. En face, déboulent les 5th US Armored Division et 79th US Infantry Division. George PATTON manque de se faire écraser dans sa jeep par un char du côté de Bréval. Sur la rive droite (au nord) de la Seine, c’est la Gruppe Schwerin composée d’éléments de la 18. Luftwaffen-Feld-Division, 49. Infanterie-Division et schwere Panzer-Abteilung 503 qui doit occuper le secteur. La Roche-Guyon est alors l’objet d’âpres combats, les Américains appuyés par le 749th US Tank Battalion progressant par la rive nord à partir de Vétheuil. Les actions de la résistance française rendent nerveux les Allemands qui répondent parfois par des crimes. La tension est à son comble d’autant plus que les ordres donnés par la Heeresgruppe B sont de résister et de repousser les Alliés parvenus à franchir le fleuve.

La 43rd (Wessex) Infantry Division atteint elle aussi les rives de la Seine, à Vernon cette-fois-ci. Elle s’empresse de franchir le fleuve en force avant que le gros de la 49. Infanterie-Division ne puisse prendre solidement position sur la berge opposée. Ici aussi, les combats sont également intenses, mais le fleuve est finalement franchi et la construction de plusieurs ponts peut commencer. Les Allemands tentent néanmoins de repousser les Britanniques établis sur la rive nord, sans succès. Le rapport de force se détériore d’heure en heure, le repli apparaît vite comme la seule solution viable. Paris est déjà tombé, ses ponts avec. Malgré tous leurs efforts, les Allemands ne parviennent donc pas à stopper les Alliés sur la Seine. La prochaine ligne de résistance ne peut être maintenant que la Meuse, l’Escaut, voire le Westwall. Les quinze prochains jours sont décisifs pour la capacité allemande à continuer les combats les combats à l’Ouest (voir à ce sujet, Sur les trace du I. SS-Panzerkorps de la Normandie aux Ardennes).

Le livre dévoile donc une page d’Histoire régionale d’une boucle de la Seine en parallèle de la bataille de Normandie et dans la foulée de celle-ci. Plusieurs détails méritent d’être creusés ultérieurement : le quartier-général alternatif de ROMMEL (Erika), les flottilles de péniches allemandes de la Seine, le transport de munitions via le fleuve via des embarcations, etc.

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En adoptant un triple point de vue (celui des Français, des Alliés et des Allemands), l’auteur parvient rendre concret son récit. Les photos aident à la compréhension du sujet et apportent une touche humaine évidente. Au-delà des opérations militaires elles-mêmes ce sont avant tout des femmes et des hommes qui vivent et qui meurent. Et la grande Histoire est faite de petites histoires, même si la succession effrénée de ces petits tableaux nécessite concentration d’autant plus que la livre n’est pas réellement structuré par des chapitres mais plutôt par des séquences non séparées des unes des autres qui sont rappelées dans un embryon de sommaire.

Cette tranche d’Histoire qui se déroule parallèlement à la bataille de Normandie est éclipsée par le repli allemand à travers la Seine supérieure qui suit l’évacuation de la poche de Falaise/Trun/Chambois, la libération de Paris et dans une moindre mesure les combats de la tête de pont de Mantes-Gassicourt. Pourtant, les combats qui se déroulent dans l’Eure et le périmètre de l’actuel département des Yvelines (voir du même auteur Yvelines, août 1944), avant ceux du Vexin, méritent d’être davantage connus. Ce livre est l’une des nombreuses pièces du puzzle qui explique le redressement germanique alors que la situation semble désespérée.

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