Bloody Streets, the Soviet Assault on Berlin (Helion, 2020)

Si la bataille de Berlin est l’un des sujets récurrents de l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale en Europe par sa portée symbolique, elle est rarement appréhendée dans son ensemble. En effet, l’engagement des Waffen-SS dans les ruines de la capitale alimente des milliers de pages avec souvent les mêmes faits et les mêmes clichés, mais ne peut lui-même résumer les combats (voir par exemple Ligne de Front n°83 ou 39/45 Magazine n°311). Ce très bel album, épais (plus de cinq cent pages à l’écriture serrée), grand format et complété d’un livret de cartes et de photos aériennes est donc une pièce indispensable pour tout amateur qui s’intéresse au sujet avec un prisme large.

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Les premières pages donnent de suite le ton. Le lecteur est bien en présence de l’une de ces rares études qui analysent de façon symétrique camps en présence. L’auteur puise ses sources dans les témoignages recueillis après-guerre par l’US Army et dans l’inépuisable fond documentaire collecté par Cornelius RYAN pour ses propres travaux (voir aussi Countdown to D-Day, The German High Command in Occupied France, 1944). A cela s’ajoutent quelques documents issus des archives soviétiques.

Dans les ruines fumantes et sanguinolentes du III. Reich pointe déjà la lutte d’influence entre l’URSS et les alliés occidentaux pour le contrôle de l’Europe centrale. Il est déjà question d’intoxication entre les vainqueurs pour masquer dans quelle direction se porte la prochaine estocade contre les derniers lambeaux de la Wehrmacht. La question n’est plus de détruire l’adversaire germanique, mais de s’emparer des territoires stratégiques dans le rapport de force qui s’installe pour la suite. La bataille de Berlin n’est pas uniquement une partie à deux entre Soviétiques et Allemands. Winston CHURCHILL semble à nouveau le plus lucide et donc dangereux adversaire des Soviétiques. Mais le projet d’opération aéroportée Talisman sur Berlin est davantage destinée à le rassurer plutôt qu’à être mise en application par Dwight EISENHOWER.

Après l’éclatant succès de l’opération Vistule-Oder, Berlin semble à porter de main. Portant, Joseph STALINE donne ordre de liquider la menace sur ses flancs en Poméranie et en Hongrie pour surtout pousser vers les territoires dont le sort n’est pas totalement réglé dans les accords entre Alliés. Mais la rapidité de l’avance alliée une fois le Rhin franchi replace la capitale allemande au centre des priorités d’autant plus que certains états-majors allemands semblent privilégier la résistance face à l’Armée Rouge au détriment de celle face aux Alliés occidentaux. Bref, chacun des belligérants poursuit des buts différents.

Profitant du répit ainsi accordé, la défense de Berlin s’organise. L’auteur y donne moultes détails en termes d’organisation et d’unités, y compris les différents bataillons du Volksturm, l’affectation des batteries de la 1. Flak-Division et des autres unités de défense antiaérienne. La Heeresgruppe Weichsel et plus particulièrement son LVI. Panzer-Korps représente le corps de bataille principal. Là aussi, de nombreux détails attendent le lecteur notamment en termes de dotation de moyens blindés et d’artillerie avec une attention particulière sur les 9. Fallschirmjäger-Division (voir aussi Ligne de Front n°87), 20. Panzergrenadier-Division, Panzer-Division Müncheberg, 18. Panzergrenadier-Division, 11. SS-Freiwilligen-Panzergrenadier-Division Nordland, schwere SS-Panzer-Abteilung 503, 309. Infanterie-Division et Volks-Artillerie-Korps 408.

Le décor finit d’être posé avec l’analyse des forces engagées du côté soviétique. Si les chiffres des moyens humains et matériels donnent le vertige, l’Armée Rouge souffre d’un certain nombre de difficultés : temps préparation insuffisant, carences d’effectifs et moral friable lié à la découverte du monde occidental, à l’indiscipline rampante (viols, alcoolisme) et à une certaine lassitude des combattants alors que la victoire semble à portée de main. Pour compléter cette description des deux camps, les annexes fournissent les ordres de bataille complets ainsi que les pertes subies par la Soviétiques du 11 avril au 9 mai 1945.

Le récit des combats commence à la date du 16 avril 1945, date du lancement de l’offensive finale. S’en suit le déroulement jour par jour de la chute pour s’achever au 3 mai 1945. Une vision globale (y compris des actions des 9. Armee dans la poche de Halbe – voir aussi Die Panther-Abteilung Brandenburg 1945 – et 12. Armee censée rétablir la liaison avec la capitale assiégée) mais limpide des événements qui ne sont pas uniquement concentrés autour de la Chancellerie et du Führerbunker.

Un des derniers chapitres concerne les différentes tentatives de percées à travers plusieurs témoignages.

Moins littéraire que le livre de Jean LOPEZ qui couvre cependant une période plus vaste, aussi vivant que celui de Cornelius RYAN, moins austère que The Berlin Operation 1945 (Soviet General Staff), l’oeuvre d’Aaron Stephan HAMILTON bénéficie d’un support iconographique de qualité qui permet de mieux s’imprégner du contexte et des lieux et de l’accès à certaines archives soviétiques. Malgré son format album, les pages de ce livre sont majoritairement remplies par du texte.

L’autre atout du livre réside dans son complément de soixante-quatre pages proposant cartes (Seelow, Reichstag, métro, état des ruines), photos aériennes et clichés couleurs. Idéal pour suivre en parallèle le texte, une caractéristique de cet auteur.

Un ouvrage essentiel, à compléter de Panzers in Berlin 1945 pour bénéficier de magnifiques profils couleurs dont ne bénéficie pas ce livre (son seul défaut).

Sommaire :

  • Preface
  • Introduction
  • Part I: Prelude
    • Objective Berlin
    • Fortress Berlin
    • Heeresgruppe Weichsel
    • Berlin Strategic Operation
  • Part II: Battle
    • Battle for the Seelow Heights
    • Advance on Berlin
    • Red Army Lessons Learned and After-Action Reports
    • Assault on Berlin
  • Part III: Aftermath
    • Escape from Berlin
    • Assessments
  • Appendices

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