Tranchées hors-série n°19 (Ysec, 2020)

Plus d’un siècle après la bataille, Verdun conserve une part de mystère. Les intentions allemandes ne peuvent sembler se résumer à une simple bataille d’attrition comme il semble couramment admis. Tout comme pour la Seconde Guerre mondiale, il reste donc encore de bien nombreux sujets à explorer et à revisiter sur la Première en plus d’assurer une certaine continuité historique ! C’est ce qui apparaît brillement dès l’introduction de ce numéro hors-série de Tranchées qui se concentre sur la seconde phase offensive allemande puis la reconquête française des forts de Douaumont et de Vaux. Un texte, divisé en quatre parties, qui apporte bien plus que la seule narration des opérations.

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La première, servant d’introduction et posant le cadre de la suite revient donc sur le pourquoi de l’offensive sur Verdun et sa poursuite malgré l’échec de la première phase. Bataille d’attrition ou tentative de provoquer un enveloppement plus important ? Un débat qui semble loin d’être clos et qui rappelle, par exemple, celui autour des offensives de Bernard MONTGOMERY en Normandie, notamment Goodwood. En tout état de cause, il illustre la difficulté de l’historien à défricher le vrai du faux dans les interprétations et justifications données par les acteurs, y compris dans les journaux d’opérations et comptes-rendus à l’autorité supérieure. Hier comme aujourd’hui et encore demain, il est en effet « humain » de vouloir donner la meilleure image possible de ses actions, réussies ou ratées, quitte à prendre quelques libertés sur la présentation des intentions initiales. D’où l’impérative nécessité de retrouver les documents initiaux.

Vient ensuite le récit des opérations militaires de juin 1916 qui suivent la chute du Fort de Vaux. Au-delà des combats eux-mêmes, ce sont deux « affaires » qui sont abordées, mais sans polémique : celle de l’exécution de deux officiers coupables selon le haut-commandement d’avoir abandonné leurs positions et celle de la tranchée aux baïonnettes.

Alors que les Allemands stoppent leurs actions offensives et restent maîtres du terrain chèrement acquis sans avoir rompu le front français, ni même s’être emparés de Verdun, une fausse période d’accalmie s’installe : le centre de gravité des opérations se déplace sur la Somme. Néanmoins, les Français sous les ordres de Robert NIVELLE, tentent de desserrer l’étau autour de Verdun par une succession d’attaques limitées, en vain. En complément, ce troisième chapitre revient sur l’explosion accidentelle du tunnel de Tavannes qui illustre la précarité et la dangerosité des installations sous-terraines dans lesquelles s’entassent hommes, service de santé, matériel et munitions.

Le quatrième et dernier chapitre se concentre sur la reprise des forts de Douaumont et de Vaux par l’armée française. L’analyse de la planification française des derniers assauts contre les lignes allemandes en fin d’année 1916 et l’interprétation qui en est faite illustre déjà la divergence doctrinale entre les deux camps. D’un côté, planification et lourde préparation en amont au niveau des états-majors, de l’autre, souplesse d’emploi et initiative tactique.

Assurément, Verdun est une victoire française dans la mesure où elle fait échec aux intentions allemandes, qui restent d’ailleurs encore à établir précisément. Mais les enseignements qui en sont tirés sont très différentes d’un camp à l’autre. Une divergence qui a des conséquences sur la suite de la guerre et qui prend brutalement sa revanche vingt-quatre ans plus tard.

Quelques encarts très appréciables accompagnent le corps du texte : le bouleversement total du terrain, l’infanterie au combat, l’utilisation de l’armement d’infanterie, l’équipement du soldat fin 1916, les deux faiblesses de l’armée française, les liaisons une faiblesse non encore corrigée.

Sur la forme, le numéro est particulièrement plaisant à lire et ne peut qu’aiguiller les réflexions. Les illustrations sont de très bonne qualité et montrent parfaitement les conditions de combat de l’époque. L’effet est saisissant. Les photos couleurs contemporaines des vestiges des zones de combat incitent aussi fortement au tourisme de mémoire !

Quelques profils couleurs complètent le tout. Si ceux concernant les canons et mitrailleuses paraissent coller au sujet, c’est moins évident sur les avions qui sont pourtant majoritaires. Il aurait été préférable d’avoir des planches d’uniformes ou des illustrations de situation. Mais ce n’est qu’un détail.

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