Juin 1940, combats et massacres en Lyonnais (Editions du Poutan, 2020)

Julien FARGETTAS livre ici un ouvrage édifiant qui mêle récit tragique et photos choc de vétérans allemands. Il enterre définitivement, s’il en était encore besoin, le mythe d’une armée allemande propre restée à l’écart des crimes nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

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Avant d’en arriver au funeste sort des tirailleurs sénégalais, ce livre est également l’occasion d’aborder les combats méconnus de l’armée française dans les derniers jours des combats de juin 1940. Deux semaines avant, le déclenchement de Fall Rot par les Allemands pulvérise la Ligne Weygand, dernier réel rempart à l’invasion qui se profile. Face à l’avance allemande, il faut à la fois organiser des lignes de défense dans l’urgence avec des unités rassemblées à la va-vite (les grandes unités se sont globalement évaporées ou ne sont plus l’ombre que d’elles-mêmes) et composer avec l’ instruction de déclarer les grandes agglomérations comme des villes ouvertes. Comme à Saumur (voir L’honneur au prix du sacrifice, le colonel Charles Michon chef des Cadets de Saumur) et dans bien d’autres agglomérations petites et moyennes, les officiers se heurtent aux édiles qui refusent de voir leurs communes se transformer en champ de bataille. Cela n’empêche pas les militaires de répondre présent jusqu’au bout à leur devoir.

A travers ces pages, c’est également l’occasion de découvrir des unités méconnues de l’armée française et plus particulièrement le 25ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS) attaché temporairement à la 8ème Division d’Infanterie Coloniale (DIC) puis engagé de façon autonome.

Les 19 et 20 juin 1940, le long des Nationales 6 et 7, ici comme ailleurs, les militaires français sont présents et se sacrifient malgré des conditions totalement défavorables et sans espoir.

Vient ensuite la longue litanie des massacres qui s’en suivent. Comme au sud de la Somme (voir Massacrés ! Le triste sort des soldats africains et indochinois en Picardie et Normandie), les Allemands se défoulent sur les tirailleurs sénégalais quand bien même ils sont prisonniers de guerre. Ce sont plus de cent soixante-dix exécutions qui sont recensées. Témoignages et photos confirment des faits indiscutables. Quelques civils noirs ou nord-africains sont au passage abattus avec des modes opératoires identiques à ceux qui se sont produits moins de deux semaines plus tôt. Ce n’est donc pas un hasard.

Le plus marquant de l’ouvrage demeure les clichés par un vétéran allemand qui montre l’exécution à la mitrailleuse par deux Panzer IV de la 10. Panzer-Division d’un groupe conséquent de tirailleurs sénégalais sur un champs à Chasselay. L’attitude des soldats allemands, les prisonniers aux visages apeurés, la fumée de la mitrailleuse coaxiale, les tas de cadavres et la chasse à travers champ des rescapés ne laissent aucun doute sur ce qui se déroule sous les yeux du photographe. Ce n’est pas une scène de combat, mais bien un massacre de sang froid par des soldats « ordinaires » allemands. Un témoignage d’une extrême violence, indispensable pour comprendre l’Histoire et parfaitement décortiqué et expliqué par Baptiste GARIN.

Après avoir passé en revue les combats eux-mêmes (un quart du livre environ), puis les massacres (la moitié des cent quatre-vingt dix pages), vient ensuite le temps de l’exercice mémoriel très rapidement entrepris par les autorités.

Comme bien souvent, la gestion des dépouilles revient aux Français eux-mêmes (voir l’exemple du « Gräber Kommando » animé par Louis ROBARDET dans Juin 1940, le mois maudit) et aux autorités civiles. Le projet de construction du Tata sénégalais est très vite lancé, son inauguration se déroule au moment de l’opération Torch. Il faut noter une certaine continuité et unanimité mémorielle entre Vichy et Français Libres sur le sujet, mais des polémiques ne manquent pas de surgir après la guerre qui s’ajoutent aux inévitables querelles de personnes et pécuniaires. Le plus émouvant est probablement la description de l’impossibilité pour de nombreux proches des soldats tués ou assassinés de pouvoir se recueillir sur leurs tombes, de leur rendre un dernier hommage. Si les morts sont par nature les premières victimes des combats et des assassinats, les conséquences sur les proches ne sont que trop rarement prises en compte dans l’historiographie. Il est heureux ici d’en faire mention.

En plus des photos déjà évoquées, ce livre est impertinent illustré : cartes lisibles, reproductions couleurs de documents d’époque, nombreux clichés. Le livre complète parfaitement les publications précédentes de l’auteur qui prend un soin particulier de s’en tenir aux faits sans tomber dans des polémiques stériles ou de la récupération idéologique. Une posture qui est probablement le meilleur hommage qui puisse être rendu à ces hommes tant au titre des héros combattants de 1940 que de victimes de la barbarie qui déferle alors sur l’Europe.

Sommaire :

  • Avant-propos
  • Introduction
  • Le Temps des massacres
  • Le Temps des hommages
  • Conclusion

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