Batailles hors-série n°10 (Ysec, 2020)

L’image des chasseurs de chars est assurément liée à la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, parmi ses plus grands utilisateurs, ce type de blindés tient davantage d’une improvisation pour tenter de combler un vide capacitaire que d’une véritable doctrine pensée et conçue en amont. Sauf peut-être chez les Américains… Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes ! Etudiant successivement le cheminement allemand, soviétique et américain (ainsi que les matériels employés, Nicolas PONTIC permet dans ce numéro hors-série de Batailles de partir, ou de repartir, à la découverte de ces engins, pour certains mythiques, mais surtout de comprendre en creux les symptômes qu’ils cherchent à corriger.

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Quand l’Allemagne se lance à l’assaut de la Pologne, elle aligne près de trois mille chars en première ligne, dont peu sont véritablement conçus pour le combat contre des chars adverses, tant en termes de protection que d’armement (capacité de pénétration et vitesse initiale de la munition). Dans son inventaire, seul le Panzer III, présent à moins de cent exemplaires, est pensé pour le combat antichar alors que le Panzer IV n’est conçu que pour l’accompagnement (voir Panzer IV, un Begleitwagen avant tout, in Truck & Tanks Magazine n°8). Ne parlons même pas des Panzer I et Panzer II

Si le concept de grandes unités blindées allemandes dotées des moyens interarmes qui les rendent autonomes sur le champ de bataille est particulièrement novateur, la vision de l’emploi des chars reste très conservatrice : c’est l’appui. Pourtant, ses adversaires directs, la France et la Grande-Bretagne ne sont pas en reste dans la mise en place d’unités blindées endivisionnées ou non. Le combat chars contre chars parait donc inévitable à court terme comme le montre les nombreux affrontements en Belgique et en France en mai et juin 1940.

Le développement du concept de chasseurs de chars après la campagne de Pologne puis celle de France et encore plus après les mauvaises surprises de l’opération Barbarossa témoigne d’une course contre la montre pour corriger tant bien que mal la faiblesse initiale de l’arme blindée allemande. C’est ainsi que les premiers chasseurs chars tiennent davantage du bricolage et de l’improvisation d’urgence que d’une véritable doctrine. Mais face à la guerre qui prend de l’ampleur, compte tenu des carences industrielles et des faiblesses matérielles des forces blindées, la récupération devient vite une philosophie à part entière…

Alors que les chars germaniques acquièrent enfin de réelles aptitudes aux combats chars contre chars avec les nouvelles générations de Panzer III, Panzer IV, Panzer V et Panzer VI. Ausf. E, le concept de chasseurs de chars continue de prospérer au point de se rationaliser. Après les Panzerjäger bricolés viennent les Jagdpanzer spécifiquement développés pour ce rôle. Au point de prendre progressivement la place des chars eux-mêmes dans les divisions blindées. Alors qu’elles en ont cruellement besoin, les divisions d’infanterie ne peuvent être équipées en nombre de ces blindés conçus in fine pour donner davantage de polyvalence et de protection à leurs unités antichars divisionnaires. Séduisant sur le principe, l’industrie du III. Reich n’a pas les moyens de doter à la fois ses divisions blindées de chars, ses unités d’infanterie de chasseurs de chars et de canons d’assaut. Les projets de Waffenträger en toute fin de conflit ne sont qu’un pis aller. Seuls les Etats-Unis ont la capacité industrielle de couvrir tous ses besoins en ayant préalablement fait le choix de la rationalité de production et logistique.

Côté soviétique, le cheminement est un peu différent. L’emploi de chasseurs de chars ne répond pas au besoin de compenser l’incapacité des ses modernes T-34 à combattre les chars adverses, mais plutôt à la nécessité de remplacer des pertes abyssales en recyclant les châssis devenus impropres à la guerre moderne. L’Armée Rouge essaye davantage de combiner les rôles de canons d’assaut et de chasseurs de chars quand l’Allemagne utilise davantage ses Sturmgeschütz (StuG) III par défaut dans la lutte antichars.

En retard dans la reconstitution de leur armée, les Etats-Unis bénéficient des premières leçons des combats en Europe. Leur approche doctrinale est finalement assez proche de celle française : dualité des unités blindées entre celles endivisionnées (US Armored Divisions) et celles en appui de l’infanterie (US Tank Battalions), séparation entre les rôles d’appui et antichars. Ce n’est que tardivement que les chars américains sont capables de rivaliser avec leurs adversaires directs. La voie britannique est traitée dans la partie consacrée aux Américains.

Pris dans son ensemble et non pas techniquement engin par engin, le sujet demeure passionnant et rend très plaisant la lecture de ce numéro. Les anciens lecteurs reconnaîtront parfois certains paragraphes et certaines photographies déjà utilisées sur le sujet de-ci, de-là dans 2e Guerre Mondiale. Mais le tout est parfaitement retravaillé, enrichi et harmonisé. Au final, un panorama bienvenu auquel il ne manque que la France. Les traditionnels profils couleurs d’Eric SCHWARTZ complètent utilement l’iconographie qui accompagne un texte bien touffu.

Attention de ne pas confondre la numérotation de ce numéro avec celui datant de l’époque où le magazine est édité par Histoire & Collections.

Sommaire :

Profils couleurs :

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