Saint-Cyr dans la tourmente (Pierre de Taillac, 2020)

De sa création par Napoléon au lendemain de la Première Guerre mondiale, Saint-Cyr passe sans trop de casse au travers des soubresauts du XIXème siècle. Une certaine continuité s’en dégage à travers les régimes, les crises et les guerres. Le socle national est solide, son école d’officiers aussi. Mais durant la Seconde Guerre mondiale, l’école n’échappe aux déchirures françaises qu’elle va concentrer malgré elle. Une situation limpidement résumée en quelques mots seulement par la préface du général Benoît PUGA et parfaitement exposée ensuite par Bertrand PÂRIS.

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La période qui court de sa création à l’avant 1939 ne pèse qu’une dizaine de pages dans le livre. Les impacts ces conflits napoléoniens, de 1870 ou de la Première Guerre mondiale apparaissent comme minimes compte tenu des circonstances : formations tronquées, rattrapages a posteriori, superposition de plusieurs promotions aux formats variés. En lisant les statistiques de quelques promotions, le terme de « générations sacrifiées » pourrait prendre réellement tout son sens. Pourtant c’est plutôt l’adjectif « héroïques » qui vient plutôt à l’esprit car point de fatalisme, d’attitude passive ou réfractaire, mais un réel engagement volontariste.

Cette caractéristique se retrouve également dans les temps troublés de la Seconde Guerre mondiale. Quelle que soit la branche empruntée. Car il y en a plusieurs qui chacune possède également de multiples ramifications. Chacune représente l’une des fractures françaises : en métropole sous Vichy, en Grande-Bretagne avec la France Libre, en Afrique du Nord et même en Indochine. L’esprit de Saint-Cyr se décline alors au pluriel. Sans parler de l’après-1944 où la question de Saint-Cyr ne se résume pas au seul transfert définitif des locaux de la région parisienne aux landes bretonnes.

A une époque où il est facile de juger a posteriori, la diversité des parcours et des engagements montre l’étendue des possibilités qui s’offrent alors aux jeunes désireux de servir leur pays. La voie n’est pas unique d’autant plus que les informations sont fragmentaires et parfois décalées. Quel que soit le point son départ, le choix se termine toujours par la luute et presqu’invariablement dans celle contre les Allemands. Les propos tenus par Philippe PETAIN et François DARLAN respectivement les 23 juillet 1941 et 22 janvier 1942 aux élèves montrent toute l’ambiguïté du moment que les interprétations d’après-1945 ne simplifient que trop.

Les choix sont véritablement cornéliens, mais ils ont le mérite d’exister. Ils valent bien mieux que la passivité. Vis-à-vis du STO, de l’opération Torch en Afrique du Nord, rien n’est simple, sans conséquence, ni évident. Les pages de ce livre le montre grâce aux nombreux témoignages qui alimentent la pensée de l’auteur.

Avant même la fin de la guerre, le résistancialisme est déjà à l’oeuvre comme le montre cette scène cocasse où un général demande à un élève ce qu’il faisait depuis 1943 car il ne peut produire un certificat démontrant ses faits de résistance. Et pour cause, il se battait en Italie

C’est donc un récit passionnant qui apporte bien des nuances à une lecture trop souvent binaire de cette époque. Dont il n’est que temps de sortir, alors qu’il est maintenant acquis que les soldats et leurs officiers se sont battus en 1940 à chacun des jours de la campagne, que Gembloux, Stonne et Montcornet ne sont des exemples fragmentaires rendant imparfaitement compte de l’ampleur de l’engagement et du sacrifice consenti.

Si le livre est indispensable pour comprendre les enchaînements des différentes promotions « de guerre », il n’évoque malheureusement que trop brièvement le contenu des cours, d’avant et après 1940. Les quelques bribes évoquées mettent cependant l’eau à la bouche. Si Saint-Cyr est d’abord une école de formation des chefs de section elle n’en reflète pas moins les intentions et les tendances doctrinales de l’époque.

Eclairage original sur une période marquante et troublée de l’Histoire de France, ce livre montre cependant qu’il est possible de dépasser les clivages et les fractures nées de la Seconde Guerre mondiale. L’histoire du 1er Régiment de France et plus globalement celle des Cyrards toutes origines confondues montrent ô combien sont tortueuses les voies de ces années-là.

Un livre passionnant et plein d’espoir : les fractures ne sont jamais irréversibles à condition de savoir les transcender pour l’amour de son pays !

Sommaire :

  • Préface
  • La formation initiale, une affaire de temps de paix ?
  • Juste avant la guerre
  • Les débuts d’Aix-en-Provence
  • L’Ecole des cadets de la France libre
  • Les chantiers de jeunesse
  • Charles de Foucauld
  • Croix de Provence 1942
  • Cherchell – Médiouna
  • Le concours 1943
  • L’EMIA de Tong
  • La promotion 1944
  • Coëtquidan
  • Epilogue
  • Annexes
  • Glossaire
  • Index des noms cités
  • Bibliographie

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