L’honneur au prix du sacrifice, le colonel Charles Michon chef des Cadets de Saumur (L’Amarque, 2020)

La résistance des Cadets de Saumur sur la Loire en juin 1940 reste l’une des pages glorieuses de la bataille de France. Non dans le fait qu’elle procure la victoire, mais qu’elle semble être un sursaut eu milieu d’un monde qui s’écroule. Rapidement après les faits et durant des années, cet épisode est largement valorisé dans la mémoire collective puisqu’il semble être un des rares moments où l’armée française se soit battue. Quatre-vingts ans plus tard, cette impression semble enfin se corriger, en tout cas partiellement. Le soldat français s’est battu avec abnégation du premier au dernier jours de la bataille, dans un contexte de plus en plus désespéré.

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Les Cadets de Saumur ne sont donc plus le contre-exemple d’une armée qui se débande, mais plutôt le symbole de soldats qui luttent, se sacrifient, avec professionnalisme et jusqu’au bout. Ces hommes ne sont pas seuls. Ils ont à leur tête des chefs qui eux aussi méritent l’intérêt, car quand les hauts responsables s’égarent, ils « tiennent la barraque »…

C’est donc une très belle initiative que d’avoir entrepris la biographie de celui qui mène les Cadets au sommet de la gloire. Puisant dans les archives familiales, il permet de découvrir l’homme et de comprendre plus globalement l’attitude des officiers de cette époque.

Loin de l’image d’Epinal d’un officier gâteux engoncé dans le luxe qui envoie ses hommes à l’abattoir, il apparaît un professionnel durement marqué dans sa chaire par la Première Guerre mondiale. Cela ne l’empêche pas de mener une carrière typique de l’officier de cette période, alternant postes administratifs et fonctions de commandement malgré les séquelles de sa grave blessure reçue en 1915. Fervent catholique, père de famille nombreuse, époux aimant, patriote convaincu : un profil qui semble désuet à l’entame de la troisième décennie du XXIème siècle mais qui forme un socle solide pour affronter les temps troublés.

Charles MICHON aurait pu être l’un de ces milliers de héros anonymes et rester dans l’oubli. Mais le destin le retrouve en juin 1940 et il ne s’y dérobe pas malgré ses responsabilités familiales, sa fragilité physique et son âge. C’est lui qui est l’âme de la défense par sa volonté de se battre et l’organisation qu’il met en place. Alors qu’ordres et contre-ordres affluent, il impose ses conceptions y compris à l’édile local qui pense davantage à préserver sa ville des destructions. Il faut dire que depuis le 10 mai 1940, les Allemands n’hésitent pas à bombarder les agglomérations y compris quand il n’y a pas de réelle cible militaire (Rotterdam, Amiens, Orléans, etc.). Alors que tout semble fini, militairement parlant, pourquoi donc risquer des destructions et des vies inutilement ? Justement parce que rien n’est jamais fini et que les symboles ont parfois plus de poids que les résultats opérationnels immédiats. C’est l’une des leçons de l’épopée de Jeanne d’Arc qui inspire les croyants et les patriotes de l’époque. C’est la fonction première du roman national.

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Sur la forme, le livre comprend un peu plus de deux cent pages. Il est divisé en deux parties. La première contient le texte, dont les deux tiers sont consacrés aux événements de juin 1940, la seconde les photos et les documents d’époque. Les passages relatifs à la Première Guerre mondiale, notamment les conditions d’internement en Suisse, lèvent un voile sur un aspect méconnu. Etonnantes également les photos ou prisonniers et géôliers qui posent ensemble en Allemagne.

Ses Cadets sont devenus le symbole d’une France combattante, de l’honneur et de l’abnégation. Leur chef, Charles MICHON, devient avec cet ouvrage le porte-drapeau de tous ces officiers supérieurs qui, hier comme aujourd’hui, conduisent et tiennent leurs hommes au quotidien des combats, leur permettant de se transcender individuellement et collectivement.

Sommaire :

  • Préface
  • Une jeunesse dans l’Empire français
  • 1914-1918, un officier aux premières loges
  • D’une guerre à l’autre
  • Les Cadets de Saumur
  • Les polémiques
  • L’adieu aux armes
  • Les Cadets dans la légende
  • Annexes
  • Postface
  • Bibliographie et sources
  • Remerciements

2 réflexions sur « L’honneur au prix du sacrifice, le colonel Charles Michon chef des Cadets de Saumur (L’Amarque, 2020) »

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