GBM n°135 (Histoire & Collections, 2021)

L’année des quatre-vingts ans des événements de 1940 symbolise le renouveau de l’historiographie francophone sur cette période. Après l’ère des précurseurs prêchant quelque peu dans le désert mais ouvrant la voie aux générations suivantes, voilà le temps de l’épanouissement. GBM symbolise parfaitement cette évolution tout en y ayant largement contribué. Au point d’avoir amené l’étude des forces françaises de 1914 à 1940 à un niveau comparable de celle des forces germaniques. Après un exceptionnel numéro de synthèse sur Charles de GAULLE, ce numéro apporte une regard sur le dynamisme doctrinal méconnu de l’armée française à travers ses projets de chars individuels ou l’accélération de la métamorphose de son arme blindée entre mai et juin 1940.

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Si les raisons de la défaite française sont nombreuses (voir le pavé de Jean-Yves MARY L’inexorable défaite ou la synthèse de Rémy PORTE 1940, vérités et légendes), il est définitivement faux de dire que les armées restent figées et que les soldats ne se battent pas. Alors que Fall Gelb met hors de combat les armées hollandaises, belges, la British Expeditionary Force et le Groupe d’Armées n°1 en trois semaines (une performance assurément exceptionnelle), les armées françaises réussissent non seulement l’exploit de reformer un front continu sur la Somme et l’Aisne, mais également de régénérer leur approche opérationnelle. Ce redressement est tout aussi significatif que celui opéré par la Wehrmacht à l’automne 1944 tant à l’Ouest qu’en Pologne, Hongrie et dans les Balkans. Sauf que la France est déjà amputée d’une partie de son territoire et qu’elle ne possède plus de zone tampon face à son ennemi.

Ce numéro en fournit une excellent preuve à travers l’étude de Jacques BELLE : nouvelles unités blindées, volonté d’assembler plusieurs divisions ensemble pour former une masse de manœuvre… Il ne manque qu’un peu de temps pour retirer les divisions légères de cavalerie, les remplacer par de nouvelles divisions d’infanterie et les transformer en divisions légères mécaniques. Cette volonté de redressement est en tout point comparable à celle de la Wehrmacht fin 1944. Et toute aussi insuffisante pour changer le cours des armes dont le sort s’est joué avant. Appréhender l’étendue et la rapidité de cette métamorphose, c’est aussi regarder d’un œil différent la décision allemande de préserver les divisions blindées plutôt que de les engager sur Dunkerque dès lors que la décision est gagnée.

Dans le prolongement de cette étude, le zoom effectué par Stéphane BONNAUD sur l’engagement du 41ème Bataillon de Chars de Combat (BCC) de la 3ème Division Cuirassée (DCR) à Perthes et Juniville le 10 juin 1940 illustre encore une fois le sacrifice français, continu tout au long des longues journées de mai et juin 1940.

Passionnant et original, l’article sur le projet de char monoplace français achève de détruire l’image d’une armée française ne s’intéressant pas au potentiel de la motorisation et peu imaginative. Certes, d’une idée à une solution opérationnelle, il y a un pas. Mais sans idée, point d’innovation.

Trois articles qui, au-delà de leur intérêt propre, donne à méditer sur 1940, sur le temps nécessaire pour construire une historiographie digne de ce nom et l’importance d’appréhender correctement les faits pour en tirer des leçons éternellement d’actualité.

L’Armée des Alpes n’est pas non plus oubliée avec quatre pages dédiées aux combats du Fort de la Turra sur le col du Mont-Cenis.

Dans les contraintes négligées, le dichotomie entre les besoins des opérations dans les colonies et ceux d’un affrontement entre Etats en Europe pèse lourd. Un sujet d’ailleurs toujours d’actualité dans les armées contemporaines qui montre que la synthèse est loin d’être évidente. Illustration de ce grand écart avec les Berliet VUDB durant l’entre-deux-guerres. Ils témoignent d’une grande faculté d’adaptation et possèdent des formes modernes. Mais montrent également que face à des terrains et des conditions d’engagement très différents, les résultats sont logiquement contrastés.

Agrémentés de beaux et impressionnants clichés d’époque, les deux articles relatifs à la Première Guerre mondiale se penchent sur les voitures de boulangerie de campagne et l’artillerie lourde sur voie ferrée. Tout aussi passionnant que les Gulaschkanone et 80 cm Kanone (E) Schwerer Gustav !

A noter également dans ce numéro quatre pages consacrées au MM Park, à ses collections et à ses acteurs ainsi qu’un hommage à Patrick BINET malheureusement disparu.

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