Iron Cross n°7 (Warners, 2021)

Tisser un lien entre la Première et la Seconde Guerre mondiale offre de multiples angles pour renouveler les perspectives historiographiques de cette période. Pour l’armée allemande, comme pour d’autres, c’est évident et ce numéro d’Iron Cross en donne une nouvelle fois la preuve tout en redonnant du punch à l’analyse de la Première Guerre mondiale. Ainsi, les premiers chars allemands sont plus britanniques que germaniques… Et la culture extensive du « Beute » qui explose durant la Seconde Guerre mondiale pour les chars plonge ses racines dès 1918… Un réflexe efficace déjà bien ancré.

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Il est couramment admis que les Allemands sont en retard dans le développement de l’arme blindée par rapport aux Britanniques et aux Français, qu’ils sont à la traîne dans le développement, la production et les mise en service de leur Sturmpanzerwagen A7V. Seuls vingt exemplaires sont en effet prêts avant la fin du conflit. Autant dire rien du tout comparé par exemple à la production massive du Renault FT.

Dès leur première apparition sur le champ de bataille, les Allemands analysent logiquement l’emploi des chars par leurs adversaires et auscultent les engins saisis, développant ainsi leurs tactiques antichars, mais pas seulement. Ils extrapolent aussi quelle utilisation ils pourraient faire avec ce type de matériel. Les engins capturés sur le champ de bataille sont ainsi réparés, modifiés rationnellement et retournés contre leurs adversaires avec des tactiques et des unités pensées préalablement. Ce n’est pas une réutilisation de circonstance, mais une véritable stratégie.

L’article de Robin SCHÄFER est plus que passionnant car il invite à repenser l’histoire de la Panzerwaffe qui minore ou passe sous silence ce volet pour ne retenir que le Sturmpanzerwagen A7V. Celui-ci est évident le premier de la lignée des chars estampillés « Designed & Made in Germany ». Mais, la fusion de la recherche de l’excellence humaine développée à travers les Sturmtruppen et de la puissance matérielle poussée par les Alliés franco-britanniques commence avec la réutilisation des chars britanniques capturés. Etonnant, l’emploi des « Beute » ne s’arrête pas non plus le 11 novembre 1918 comme le prouvent les clichés pris dans les rues de Berlin en mars 1919…

Pour rester dans le domaine de la Panzerwaffe, Wolfgang SCHNEIDER poursuit son introspection de son emploi au cours de la Seconde Guerre mondiale (suite du n°6) en expliquant ses multiples évolutions tant opérationnelles que matérielles. Même si la défaite est au bout du chemin, il n’en reste pas moins que l’arme blindée allemande réalise des exploits tant dans les époques offensives que défensives. Même Koursk n’est pas l’abattoir de chars allemands si complaisamment entretenu par la propagande soviétique. Cette performance explique en grande partie l’intérêt, voire la fascination, d’une bonne partie du lectorat intéressé par cette époque.

Si la Première Guerre mondiale enfante du char, elle déclasse définitivement la cavalerie dans un conflit moderne, mais pas de la même façon. Cruelle illustration avec une comparaison de l’engagement de la cavalerie allemande et de la cavalerie britannique en août 1914 quand il n’est même pas encore imaginé de parler un jour de cavalerie blindée…

Il ne faut cependant pas oublier la face sombre de l’armée allemande au cours des deux conflits mondiaux. Pour illustrer cet aspect, après un pertinent rappel dans l’éditorial, l’article de Douglas E. NASH revient sur l’action du SS-Sonderkommando puis SS-Sturmbrigade Dirlewanger à Varsovie et plus généralement en Pologne en 1944. Avant de poursuivre ultérieurement, il explique comment l’unité se retrouve proposée pour jouer le rôle critique de bloquer la percée de la 6ème Armée soviétique de chars de la Garde… Si les hommes d’Oskar DIRLEWANGER sont véritablement des « cas », davantage des criminels que des militaires, les conséquences de cet exemple extrême n’est malheureusement pas isolé comme en témoignent les multiples massacres et crimes de guerre perpétrés du début de la guerre en Pologne à la fin sur tous les théâtres d’opérations (à titre d’exemple : First to Fight, Massacrés !, 39/45 Magazine hors-série Historica n°63 et bien entendu Être soldat de Hitler).

Outre les toujours magnifiques illustrations de Dawn MONKS, ce numéro apporte une nouvelle preuve de la force des dessins et autres peintures classiques (ie. non numérisés) avec le parcours de Hans LISKA à travers la Seconde Guerre mondiale qui est l’occasion de reproduire quelques unes de ses oeuvres. Un parcours et un talent à rapprocher de Willi ENGELHARDT (cf. 39/45 Magazine n°365).

A ne pas rater non plus, l’article sur le Siebel Ferry qui puise son origine dans la préparation de l’opération Seelöwe et qui trouve des débouchés opérationnels sur de nombreux autres théâtre d’opérations. Une improvisation particulièrement réussie… de la Luftwaffe !

Le coffre à trésors n’est pas fini d’être épuisé puisque ce septième numéro comporte plusieurs articles de qualité : le décorticage par les Britanniques du moteur BMW 801 équipant notamment les Focke-Wulf Fw 190, l’histoire du SMS Emden durant la Première Guerre mondiale et de son commandant Hellmuth von Mücke qui se retrouve finalement en délicatesse avec les Nazis après avoir été l’un de leurs premiers soutiens, puis en rupture totale de ban avec eux. Dans la continuité, il s’oppose au réarmement des deux Allemagnes ce qui lui vaut quelques complications en RFA. De la gloire à l’errance, il n’est pas facile de faire son chemin politique et d’affirmer ses convictions en de telles décennies… L’article sur le terrain de Triqueville rappellera aux lecteurs francophones le bon ouvrage de Thierry CHION et de Daniel DUCLOS.

Les amateurs de décorations sont également comblés avec deux articles détaillés concernant l’Eisernes Kreuz II. Klasse de la Première Guerre mondiale et le Panzerkampfabzeichen de la Seconde Guerre mondiale.

Délicieusement succulent…

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