U-Boote en Méditerranée tome 1 (Heimdal, 2020)

La Méditerranée, l’autre épreuve des sous-marins allemands ! En effet, il n’y a pas que dans les eaux de l’Atlantique, de la Mer du Nord ou aux confins de l’Arctique que les loups gris rodent au cours de la Seconde Guerre mondiale. La nécessité de porter secours de l’armée italienne en Afrique du Nord entraîne non seulement le déploiement du Deutsches Afrika-Korps sous le commandement d’Erwin ROMMEL, mais détourne aussi par effet de cascade des moyens de la Luftwaffe et de la Kriegsmarine alors que le III. Reich envahit l’URSS

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L’intervention des sous-marins allemands n’est cependant pas immédiate, mais elle devient inéluctable devant les difficultés de la marine italienne et surtout le besoin impératif de protéger les lignes de communication entre les deux rives de la Méditerranée.

C’est donc tout l’objet de cette volumineuse rédigée par Luc BRAEUER, auteur déjà prolifique sur les U-Boote au départ des bases établies sur l’Atlantique, et co-fondateur de fabuleux musées de La Rochelle, des Sables d’Olonne et de Batz-sur-Mer. Le premier tome couvre la période durant laquelle l’Afrique du Nord est l’objet d’âpres combats jusqu’à la reddition de la tête de pont tunisienne en mai 1943.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la Méditerranée représente une configuration très particulière. La botte italienne fournit une excellente position centrale et permet aux Italiens d’avoir la seule marine majeure à y avoir l’ensemble de ses ports d’attache. Avec une position assez centrale, l’atout semble absolu. L’invasion de la Crète et des Balkans finissent de conforter la domination de l’Axe sur les rivages nord de la Méditerranée. Pourtant, la situation est moins confortable qu’il n’y paraît. En effet, les Britanniques en maîtrisent les deux accès principaux, par Gibraltar et par le canal de Suez, et possèdent quelques bases navales majeures. Eux, sont au moins en lien avec le reste du monde maritime alors que la marine italienne y est de fait encerclée. Si une partie du rivage sud et sous le contrôle de l’Axe ou neutre compte tenu des possessions françaises non belligérantes depuis l’Armistice de juin 1940, la Royal Navy et la Royal Air Force prennent l’ascendant et perturbent la logistique indispensable à la survie et/ou à l’offensive du corps expéditionnaire germano-italien. Bref, la crise couve dès l’été 1941 et entraîne l’envoi des premiers sous-marins allemands

Abondamment illustré, cet album permet de suivre chacun des sous-marins et des engagements compte-tenu finalement d’un nombre assez restreint d’unités envoyées et de l’étroitesse de la zone des combats. De quoi découvrir un aspect assez méconnu de la Seconde Guerre mondiale en Méditerranée et des sous-marins allemands.

Les amateurs du sujet ont certainement en mémoire les scènes du film Das Boot qui retracent le passage du détroit de Gibraltar. La porte n’est pourtant pas si hermétique que cela. Car il s’agit pour les Allemands de l’unique voie d’entrée. C’est ainsi que la 23. U-Boots-Flottille voit le jour avec le passage des U-79, U-97, U-331, U-371 et U-559 en octobre 1941. Son port d’attache est établi à Salamine en Grèce dont l’installation est décrite. Suivent ensuite les U-75, U-81, U-205, U-431 et U-565 qui servent au sein de la 29. U-Boots-Flottille. Rapidement, les sous-marins accrochent quelques proies de choix à leur tableau de chasse ; le porte-avions HMS Ark Royal et le cuirassé HMS Barham. Plus tard, un second porte-avions britannique est coulé : le HMS Eagle. La conclusion souligne d’ailleurs la meilleure efficacité des sous-marins allemands qu’en Atlantique, mais les cibles sont également différentes. Viennent aussi les premières pertes avec les U-433 et U-95. Ce n’est que le début…

Luc BRAUER passe ainsi en revue chacun des mois. De très utiles tableaux précisent les sous-marins en opérations, les arrivées, les départs, les pertes, les victoires.

Plonger dans les affrontements méditerranéens des sous-marins allemands en Méditerranée c’est adopter un point de vue différent des engagement en Afrique du Nord, du premier et du second siège de Tobrouk, de la lutte contre les convois alliés pour Malte avec notamment l’opération Pedestal. C’est en Méditerranée que les Alliés capturent l’U-559 et sa machine Enigma.

L’opération Torch change définitivement la physionomie des combats en Afrique du Nord. Les sous-marins allemands tout comme la flotte de surface italienne ou la Luftwaffe sont incapables d’empêcher et de perturber significativement les opérations de débarquement puis le flot logistique. A lire également la description des mesures prises par les Allemands en mer pour empêcher toute fuite de la flotte français de Toulon lors de l’invasion de la zone libre.

La fin de la tête de pont germano-italienne en Tunisie s’accompagne d’un mois douloureux pour les sous-marins allemands. Mais la disparition de l’Afrika-Korps ne signifie pas leur départ de Méditerranée.

C’est donc un chaînon traditionnellement manquant dans l’historiographie des combats en Afrique du Nord que couvre cet album, vu évidemment du côté allemand. L’iconographie est magnifique avec de très nombreux clichés issus de collections privées, voires des reproductions de pages complètes d’albums photos de vétérans où les scènes de la vie quotidienne à terre et en retour de mission sont nombreuses (dont l’une représentant des voitures tamponneuses d’époque). Certaines vues procurent aussi des détails techniques intéressants. Les reproductions de documents d’archives militaires sont également très appréciables (croquis, journaux de marche, cartes).

Un ouvrage de référence dans le domaine.

Liste des sous-marins allemands abordés dans le livre : U-73, U-74, U-75, U-77, U-79, U-81, U-83, U-97, U-133, U-205, U-301, U-303, U-331, U-371, U-372, U-374, U-375, U-380, U-410, U-414, U-431, U-443, U-453, U-458, U-557, U-559, U-561, U-562, U-565, U-568, U-573, U-577, U-593, U-596, U-602, U-616, U-652, U-755.

Sommaire :

  • Introduction
  • Septembre 1941, les sous-marins du Groupe Goeben traversent le détroit de Gibraltar
  • Ocotbre 1941, arrivée des cinq premiers U-Boote à Salamine
  • Novembre 1941, Guggenberger obtient la Croix de Chevalier pour le porte-avions Ark Royal
  • Décembre 1941, La Spezia et Pola, nouveaux points d’appui de la 29ème Flotille
  • Janvier 1942, l’arme sous-marine compte 21 U-Boote en Méditerranée
  • Février 1942, le Ritterkreuz pour von Tiesenhausen suite au toprillage du cuirassé Braham
  • Mars 1942, l’U-565 coule le croiseur Naïad
  • Avril 1942, opération Morgenstern, quatre submersibles envoyés mouiller des mines
  • Mai 1942, huit sous-marins et sept Schnellboote pour soutenir l’offensive de Rommel
  • Juin 1942, « stoppez les convois vers Malte ! »
  • Juillet 1942, l’U-372 revient avec un fanion « 13 000 », un navire clé pour les Britanniques
  • Août 1942, l’attaque d’un grand convoi allié vers Malte, l’opération Pedestal
  • Septembre 1942, Rosenbaum décoré à La Spezia pour avoir coulé le porte-avions Eagle
  • Octobre 1942, les codes Enigma de l’U-559 sont capturés !
  • Novembre 1942, les U-Boote face au débarquement allié en Afrique du Nord
  • Décembre 1942, l’U-562 coule un transport de plus de 23 000 tonnes
  • Janvier 1943, Brandi 8ème Ritterkreuz décerné en Méditerranée
  • Février 1943, des conditions de combat de plus en plus difficiles, Rommel réfugié en Tunisie
  • Mars 1943, arrivée des quatre premiers U-Boote à toulon
  • Avril 1943, cérémonie pour la nouvelle décoration d’Albrecht Brandi, les feuilles de chênes
  • Mai 1943, l’Afrika-Korps capitule, le « mois nors » des U-Boote
  • Conclusion
  • Remerciements et bibliographie

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