Snow & Steel, The Battle of the Bulge, 1944-45 (Penguin, 2014)

Epais, dense, trépidant… Cette histoire de la bataille des Ardennes de décembre 1944 et janvier 1945 rédigée par Peter CADDICK-ADAMS se lit presque comme un roman. Quelque peu différent des autres livres publiés sur le sujet comme ceux d’Antony BEEVOR ou de Charles MacDONALD, Snow & Steel permet aux lecteurs de comprendre les enchaînements qui de l’été à l’hiver amènent cette offensive désespérée et la défense magistrale alliée, principalement américaine. Un livre à lire obligatoirement, en espérant qu’il soit un jour traduit en français pour le rendre accessible au plus grand nombre de francophones.

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La bataille des Ardennes et l’affrontement de tous les fantasmes historiographiques. Son impact stratégique et géopolitique est indéniable. Il faut attendre la moitié de l’ouvrage avant d’aborder les débuts de l’offensive le 16 décembre 1944. Pendant tout ce temps-là, Peter CADDICK-ADAMS prend le temps de faire comprendre comment la situation alliée se grippe, des problèmes logistiques aux divergences stratégiques en passant par l’usure réelle de certaines unités, en particulier britanniques dès la Normandie et américaines suite aux combats pour Aix-la-Chapelle et la forêt de Hürtgen. De l’autre côté, la situation est catastrophique au sortir de la poche de Falaise/Trun/Chambois, de la retraite à travers la Seine ou le Rhône. Petit à petit, quelques décisions fortes, quelques succès défensifs permettent de reconstituer un front homogène et même une réserve offensive.

Loin d’être une histoire anonyme, ce récit est avant tout une question d’hommes. De décideurs bien sûr, mais aussi d’exécutants. Si l’auteur ne s’attarde pas trop sur les possibilités qui s’offrent aux Allemands à cette époque et aux débats de priorités stratégiques entre le front Ouest et le front Est, il pointe du doigt l’extraordinaire volonté d’un homme, Adolf HITLER. Car l’idée de l’opération germe très vite dans son idée et il en maîtrise tous détails. A la différence du processus de maturation de Fall Gelb, la possibilité pour ses subordonnés d’infléchir certaines orientations et de peser sur les détails est nulle. L’homme est usé, fatigué, malade et de plus en plus acculé, se sentant entouré de traîtres potentiels suite à l’attentat du 20 juillet 1944.

Adolf HITLER n’est pas le seul personnage majeur. L’auteur prend soin d’aborder tous les chefs qui sont amenés à jouer un rôle, d’un camp comme dans l’autre, ainsi que les principales unités. Walter MODEL mais aussi Hasso von MANTEUFFEL jouent des rôles de premier plan, bien plus que Gerd von RUNDSTEDT auquel l’offensive est souvent associée, qui comme une majeure partie des généraux allemands est blasé, usé. C’est donc une longue galerie de portraits que découvre le lecteur, une sortie de Comédie humaine des rouages des états-majors allemands et alliés. Le passé et l’expérience de chacun d’eux sont détaillés, idéal pour comprendre leur état d’esprit et leurs réactions aux moments décisifs.

Alors que le décor se met progressivement en place, force est de constater que l’armée allemande et les forces dédiées à l’offensive sont particulièrement délabrée. Dotations, effectifs en termes qualitatifs et quantitatifs, stocks de ravitaillement… Ce qui apparaît extraordinaire, c’est que l’opération Wacht am Rhein, renommée Herbstnebel, puisse avoir lieu et aller aussi loin tant les conditions paraissent défavorables. Les lecteurs découvrent de nombreux détails méconnus comme la participation des sous-marins allemands à l’offensive grâce aux renseignements météorologiques qu’ils procurent à Berlin.

La partie du livre réservée aux opérations elles-mêmes est relativement succincte. Loin d’être exhaustive, elle se focalise sur les moments clefs des combats. Le lecteur peu averti découvre qu’il n’y a pas seulement l’échec de la Kampfgruppe Peiper ou la résistance de la 101st US Airborne Division à Bastogne qui mettent en échec l’attaque allemande. Il comprend la réelle performance américaine dans les tous premiers jours de l’opération et l’importance du coup d’oeil stratégique de Dwight D. EISENHOWER. Il est ainsi significatif que le livre s’ouvre sur l’évocation des combats pour Hotton et non pour Bastogne. Car le coup d’arrêt américain donné à la 116. Panzer-Division est l’un des moments clefs qui permettent aux Américains de définitivement enrayer la poussée allemande en direction de la Meuse.

Très originaux, les derniers chapitres du livre se penchent sur l’héritage de la bataille des Ardennes dans la pensée opérationnelle de l’après-1945 ainsi que les bisbilles entre Britanniques et Américains pour s’approprier les lauriers de la victoire. Avant, pendant et après, tout est une question d’hommes, de rivalité ou de complicité.

Comme les autres livres consacrés à la bataille des Ardennes, celui-ci passe très rapidement sur la contre-offensive alliée pour résorber le saillant. Alors que les combats couvrent un laps de temps supérieur à ceux de l’avance allemande proprement dite qui très vite s’effrite, ceux de janvier 1945 pour ramener les assaillants sur leurs bases de départ sont particulièrement coûteux et se déroulent dans des conditions hivernales très dures. Mais les Alliés ratent la possibilité d’anéantir ce qui reste du poing offensif allemand et prennent beaucoup de retard dans leur projet d’avance vers le Rhin. De ce point de vue là, l’histoire de la « contre-contre-offensive » alliée reste à écrire. Il n’y a guère que dans les livres de Henri CASTOR où elle est abordée à peu près dans les détails.

Sur la forme, le livre comprend de nombreuses notes en fin d’ouvrage ainsi qu’un index indispensable pour aller rechercher des éléments d’information. C’est donc une contribution essentielle à la compréhension de la bataille des Ardennes et de son impact bien après les combats eux-mêmes. Le livre illustre à merveille le long cheminement des volontés, des décisions et des événements qui apportent la victoire ou la défaite. Une approche très clausewitzienne.

Sommaire :

  • Glossary
  • Orders of Battle
  • Rank Table
  • Foreword
  • Introduction
  • Part One
    • In the Eagle’s Nest
    • The Machianiary of Command
    • I Have Made a Momentous Decision!
    • Adolf Hitler
    • Unconditional Surrender
    • A Bridge Too Far
    • A Port Too Far
    • Heroes of the Woods
    • Who Knew What?
    • The Cloak of Invisibility
    • This is a Quiet Area
    • Brandeberger’s Grenadiers
    • The Baron
    • We Accept Death, We Want Out Death
  • Interlude
  • Part Two
    • Null-Tag
    • The Bloody Bucket
    • The Baron’s Blitzkrieg
    • Golden Lions
    • They Sure Worked Those Two Horses to Death
    • « A 10 Per Cent Chance of Success »
    • Stray Bullets Whined Through the Trees Around Us
    • The Conference
    • The Tortoise Has Thrust His Head Out Very Far
  • Part Three
    • A Pint of Sweat and a Gallon of Blood
    • A Man Can Make a Difference
    • No More Zig-Zig in Paris
    • The Hole in the Doughnut
    • Nuts!
    • Head For the Meuse!
    • The River of Humiliation
    • Roadblocks
    • Malmedy
    • The Northern Shoulder
    • Those Damned Engineers!
    • End of the Bulge
    • The Performance of a Lifetime
  • Part Four
    • Beyond the Bulge
    • On to Berlin!
    • Punctuation Marks of History
    • Reputations
  • Acknowledgements
  • Notes
  • Bibliography
  • Index

1 réflexion sur « Snow & Steel, The Battle of the Bulge, 1944-45 (Penguin, 2014) »

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