Ligne de Front n°87 (Caraktère, 2020)

Un numéro de Ligne de Front qui conforte non seulement le magazine dans son positionnement de revue généraliste de la Seconde Guerre mondiale, mais également son haut niveau de qualité centré autour des thématiques armements, unités, batailles. Un large contenu textuel accompagnée d’une iconographie, équilibrée et soigneusement répartie, qui illustre le fond sans s’y substituer. Le parfait équilibre.

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La rubrique des actualités du livre animée par Max SCHIAVON mérite une attention particulière. Ses recensions ne se contentent pas à reprendre les communiqués de presse des éditeurs, mais proposent réellement une introspection des ouvrages bonifiée par la connaissance historique du rédacteur. Il en est ainsi particulièrement de la présentation de De Gaulle sous le casque par Henri de WAILLY qui propose en quelques lignes un résumé de qualité que beaucoup d’articles et même de livres n’arrivent pas à atteindre. A noter l’interview (très bonne initiative) de Jean-Paul HUET pour son livre consacré à une figure de la 13ème DBLE, Dimitri AMILAKVARI) et au coeur des déchirements français au cours de la guerre.

Le thème de l’armement est couvert par deux articles totalement différents. Le premier s’intéresse aux armes d’infanterie « oubliées » du III. Reich. Non parce qu’il s’agit de projets plus ou moins fumeux de la fin de la guerre, mais parce qu’il s’agit d’armes qui finalement ne sont pas retenues pour les très grandes séries ou tout simplement dont la production ne peut s’envoler en raison de la défaite. Le texte distingue armes de poing (Pistole Gustloff, Volkspistole Walther), pistolets-mitrailleurs et carabines (MP40/I, Volksmaschinenpistole EMP44, G40K, Knorr-Bremse, Grossfuss), fusils-mitrailleurs et mitrailleuses (LMG Knorr-Bremse, MG34/41 ou MG34S), fusils et carabines (G41(M)). Un complément idéal au Guide du Landser.

Le second article ayant pour thème l’armement est une excellente synthèse du T-34, de ses origines à ses ultimes évolutions. La plateforme blindée soviétique est l’exemple même d’une arme innovante, dominante à ses débuts malgré ses défauts, qui doit évoluer pour faire face à la réponse de ses adversaires avant de laisser sa place à une génération plus moderne. Limpide, précis, synthétique. Sans rentrer dans les détails techniques qui sont l’apanage de Trucks & Tanks Magazine, un bon résumé parallèle des données technologiques, industrielles et opérationnelles.

Après avoir évoqué la 97. Jäger-Division dans un précédent numéro, Ligne de Front poursuit son introspection des unités d’infanterie peu connue de la Wehrmacht (on attend la même démarche pour les autres nationalités engagées lors du conflit). Il s’agit cette fois-ci de la 9. Fallschirmjäger-Division. Créée toute fin 1944, la division ne participe bien entendu à aucune opération aéroportée, même si elle recueille en son sein plusieurs vétérans des sauts opérationnels du début du conflit et qu’elle envoie par planeur quelques éléments renforcer la garnison de Breslau en février 1945. Engagée uniquement face à l’Armée Rouge dans les derniers mois de la guerre en 1945, elle a peu d’occasions pour briller. Dans un contexte des plus défavorables, elle connaît quelques uns des pires derniers champs de bataille en Europe : Poméranie, Stettin, Seelow, Berlin. Le sous-titre de l’article est bien choisi : la division des sacrifiés.

Trois articles reviennent sur les aspects plus opérationnels de la Seconde Guerre mondiale. Le principal d’entre eux évoque les combats pour Tarnopol. Il est d’ailleurs moins question du II. SS-Panzer-Korps que des combats pour globalement sauver la 1. Panzer-Armee en Ukraine dans la poche dite de Kamenets-Podolski. Ce n’est pas tant la garnison de Tarnopol qui justifie le transfert en URSS du II. SS-Panzer-Korps alors que le débarquement allié est attendu d’un moment à l’autre à l’Ouest, mais bien la nécessité de sauver une nouvelle fois le sud du front allemand. Le récit des combats s’accompagne de deux intéressants encarts. Le premier sur deux pages s’intéresse au renouveau de l’Armée Rouge à la fin de 1943 avant d’entamer les grandes opérations de libération du territoire soviétique et de conquête de l’Europe orientale. Le second, beaucoup plus succinct et en deux blocs, évoque les avantages et inconvénients de la stratégie allemande (hitlérienne) du concept de « Festung Platz ». Dans les deux cas, tout comme pour un système d’arme, il n’y a jamais de solution définitive et universelle. Tout dépend des conditions… et de l’adversaire. Les lecteurs intéressés par prendre davantage de hauteur sur la situation en URSS début 1944 peuvent consulter deux articles du même auteur parus dans 2e Guerre Mondiale n°20 en 2008 (La bataille des poches, les Kessels allemands en Ukraine occidentale et Libérer l’Ukraine et Leningrad, l’offensive générale soviétique du début 1944).

Luc VANGANSBEKE continue son exploration des combats dans les Ardennes durant l’hiver 1944/1945. Cette fois-ci, retour sur l’un des grains de sable qui fait dérailler l’offensive allemande dès ses toutes premières heures : la résistance d’éléments de la 99th US Infantry Division à Lanzerath face à la 3. Fallschirmjäger-Division (voir aussi Les 3. et 5. Fallschirmjäger-Division dans l’offensive des Ardennes, in 2e Guerre Mondiale n°86 de Benoît RONDEAU). Un enchaînement de circonstances qui aboutit à bloquer encore quelques heures de plus la Kampfgruppe Peiper déjà en recherche de solutions alternatives.

Enfin, pour son ultime article, ce numéro de Ligne de Front entraîne ses lecteurs à la découverte d’un raid de reconnaissance japonais sur l’Australie en janvier 1944. Exotique et surprenant !

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