Le regard des autres, le collection inédite « Egon Pfende », volume 1 (Schneider Media)

Les vétérans allemands de la Seconde Guerre mondiale largement pourvus d’appareils photos individuels laissent à la postérité des centaines de milliers de clichés. Cette liberté étonnante pour un régime tel que le III. Reich est une mine de renseignements et d’enseignements. Depuis quelques décennies, nombre d’entre sont vendus par les familles au gré des successions et des cessions par les collectionneurs. Cependant, peu sont mis en valeur et réellement exploités à quelques exceptions près : les photos montrant des chars, véhicules et avions, soit une infime minorité du total qui lui représente le quotidien du soldat. Cette mine d’information est malheureusement rarement exploitée… jusqu’à cet étonnant ouvrage, le premier d’une série annoncée de cinq volumes.

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Première surprise, un long chapitre introductif présente l’origine la collection, le pourquoi de son existence et son intérêt. Ces quelques pages répondent déjà à de nombreuses interrogations que se pose tout amateur de la Seconde Guerre mondiale devant une telle masse de clichés privés allemands alors qu’il en ressort nettement moins ou pas du tout chez les autres belligérants. Pour l’avoir modestement tenté, j’apprécie tout particulièrement le travail de limier fait par Valentin SCHNEIDER (auteur également d’Une garnison en Normandie, la batterie d’Azeville) pour croiser les indices (format des photos, identification du photographe chez lequel les clichés sont développés, caractérisation des écritures trouvées dans les légendes ainsi que l’identification des lieux). Un travail plus que méticuleux de recherche et de valorisation d’un tel patrimoine.

Les photos sont prises par un vétéran d’une unité de construction de Luftwaffe (Luftwaffen-Bau-Bataillon 2./IV). Dans ce premier volume, elles couvrent la Drôle de Guerre en Allemagne jusqu’à l’entrée au Luxembourg à la suite des unités combattantes qui exécutent le plan d’opération prévu par Fall Gelb.

Pour une très grande majorité, la qualité des photos et des tirages sautent aux yeux même en grand format. Les scènes de la vie quotidienne des soldats sont bien entendues largement représentées, tout comme de nombreux paysages et portraits. Les hostilités déclenchées, ce sont des clichés plus guerriers qui apparaissent. D’abord des formations de Dornier Do 17, puis de Junkers Ju 52 et enfin des vues des pistes de l’aérodrome de Trèves-Euren. Les scènes d’embarquement et de débarquement ferroviaire sont toujours très impressionnantes. Elles sont récurrentes dans les collections issues des vétérans, témoignant alors de l’importance du chemin de fer dans les déplacements des unités. A noter une photo très rare de l’intérieur d’un wagon de transport de passagers sur laquelle il est possible de distinguer la répartition des bagages dans les filets au-dessus des banquettes.

Une fois entrés au Luxembourg, les soldats sont directement au contact des traces laissées par les combats. Quatre clichés représentent ainsi un Fieseler Fi 156 utilisé par l’un des commandos de la 34. Infanterie-Division pour bloquer les accès dans le secteur d’Esch-sur-Alzette. Ce sont ensuite des épaves de Panhard 178, de Renault R35 et d’AMR 33 de la 3ème Division Légère de Cavalerie (DLC).

Bref, ce sont cent-trente pages de plongée dans le quotidien de la Seconde Guerre mondiale. Un travail comme on aimerait en voir beaucoup, en espérant un jour voir de tels documents sortir d’anciens militaires français, belges, italiens, hongrois, britanniques, etc.

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