Juin 1940, le mois maudit (Fayard, 1980)

Paru en 1980 et réédité en 1990 à l’occasion des célébrations des combats de 1940 (quarantième et cinquantième anniversaire), ce livre est en quelque sorte la synthèse du travail accompli par son auteur, Roger BRUGE. Celui-ci est en effet l’un des pionniers en France qui s’attache à défricher l’histoire refoulé des soldats de 1940 et entreprend un magnifique travail de réhabilitation de ceux qui font face à la seconde partie de la bataille de France face à l’avance allemande lancée dans l’opération Fall Rot.

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En quelques deux cent trente pages, l’auteur propose une multitude de tableaux qui sont autant de facettes du tragique juin 1940. Largement illustrés, les textes mettent à l’honneur les témoignages, les hommes, la micro-histoire qui construit la grande dans une mode très en vogue à cette époque à l’instar des ouvrages d’Eddy FLORENTIN et quelques autres.

Si la Drôle-de-guerre ne fait pas beaucoup de morts, elle entraîne cependant une lente attrition des unités postées sur la Ligne Maginot en raison des malades… Alors que de l’autre côté du Rhin et des Ardennes l’armée allemande s’active, se transforme, s’entraîne, l’armée française se languit dans un certain ennui. Rien de pire pour un soldat et la préparation opérationnelle.

Après cette mise en bouche, la question de la justification de Ligne Maginot arrive assez vite suivie par le destin de l’ouvrage de La Ferté.

L’essentiel du livre se consacre ensuite aux événements à partir du 9 juin 1940 quand les unités sous le commandement de Gerd von RUNDSTEDT entrent en lice pour l’opération Fall Rot. C’est le début de la catastrophe pour toutes les unités qui tiennent leurs positions sur la Ligne Maginot, menacées d’encerclement. Vient alors la question de l’absence ressentie (mais pas seulement) de l’aviation française et l’absence de défense antiaérienne suffisante.

Un très intéressant article revient sur la dimension hippomobile de l’armée française et les pertes en bêtes.

Si de nombreux soldats se battent, il n’en reste pas moins que de nombreuses défaillances sont constatées. Outre l’incompétence de certains cadres, la lâcheté de quelques autres donnent une image qui colle à l’ensemble de l’armée. Tant pis pour ceux qui se sacrifient à la tête de leurs hommes ou en résistant à leur poste de combat jusqu’au combat. Le plus frappant dans le texte de Roger BRUGE est cette juxtaposition permanente du pire comme du meilleur. Heureusement sait-il rappeler et mettre en valeur ce dernier. Parmi les grands hommes à se distinguer, Charles-Marie CONDE à qui « on abandonne » le commandement des cinq cent mille hommes encerclés. Ou encore les troupes coloniales…

Si combats il y a, le livre fait également apparaître de nombreux autres aspects de la tragédie : l’épuisement de marches sans fin, le calvaire des réfugiés poussés sur les routes, la menace permanente de la Luftwaffe, les crimes de guerre perpétrés par les Allemands.

Les derniers affrontements se poursuivent dans les Vosges, jusqu’au bout.

Les dernières pages révèlent une nouvelle face de la tragédie, et des attitudes admirables malgré tout. Les premières évasions parmi les prisonniers mais aussi ces quelques uns qui vont se charger d’identifier et d’enterrer les morts laissés là dans l’indifférence générale…

En guise de conclusion, l’auteur se penche sur le sort des restes de la Ligne Maginot et des efforts à accomplir pour préserver ce patrimoine historique. Au détour d’une photo de « jeunes Lorrains » en forme de « commando », on y découvre à leur tête un certain Jean-Yves MARY qui trente ans plus tard offrira lui aussi de magnifiques ouvrages sur le sujet à l’occasion des soixante-dixième et quatre-vingtième anniversaires.

En conclusion, c’est un livre qui ne prend aucune ride au fil des années, traduisant la complexité de la tragédie de 1940. Il a le grand mérite de mettre un coup de projecteur sur un théâtre d’opérations bien méconnu et un mois (juin) bien moins étudié que celui qui le précède (mai). Comme quoi, cela fait longtemps que beaucoup de choses sont connues et écrites…

Sommaire :

  • On mourrait beaucoup en juin 1940
  • L’exode des villages frontaliers
  • Quatre mois de guerre : 73 774 malades
  • Manque d’instruction et impréparation
  • Fallait-il construire la ligne Maginot ?
  • La vérité sur « La Ferté »
  • 9 juin : von Rundstedt attaque !
  • Le sabordages des ouvrages et des casemates
  • Le sacrifice des chars
  • Une DCA très, très, très insuffisante
  • Sous les bombes de la Luftwaffe
  • Des milliers de chevaux perdus !
  • « Passera ce qui passera ! »
  • Ceux qui tombent
  • 14 juin : premier échec de la Wehrmacht
  • 15 juin : « le jour le plus long »
  • 500 000 hommes encerclés en Lorraine
  • Le « mouchard »
  • Marcher jusqu’à l’épuisement
  • Les combattants du 18 juin
  • Les tirailleurs sénégalais
  • Premiers crimes de guerre
  • On se bat sur la Ligne
  • Le retour de la Grosse Bertha
  • Portrait d’un commandant d’armée
  • Reddition ou capitulation
  • Le dernier carré des Vosges
  • Trois colonels sur la ligne Maginot
  • Un Saint-Cyrien « viole » l’armistice
  • Le butin de la Wehrmacht
  • Que sont devenus les drapeaux ?
  • Les aumôniers
  • Le retour des réfugiés
  • Les premières évasions
  • Les premiers camps de prisonniers
  • Les généraux à Koenigstein
  • Morts pour la France… et oubliés !
  • Le « Gräber Kommando » Robardet
  • La forteresse à l’Encan
  • Tourisme sur la ligne Maginot

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