Les batailles arctiques 1941-1945 (Economica, 2020)

Dans l’environnement parfois dantesque de l’Arctique, se joue non seulement une page de la guerre maritime entre les Alliés et l’Allemagne au cours de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi une part du conflit germano-soviétique compte tenu des convois transportant une partie du Lend-Lease à destination de Mourmansk. Dans l’historiographie francophone, quelques épisodes sont bien connus, notamment parce qu’ils mettent quelques uns des grands navires de surface de la Kriegsmarine (Admiral Scheer, Tirpitz et Scharnhorst notamment – cf. LOS ! n°51, 46 et hors-série n°1). Au cours des près de deux cent pages de ce livre édité par Economica et rédigé par Boris LAURENT, les lecteurs découvrent les coulisses et le déroulement d’une lutte implacable sous les mers, sur mers et dans les airs (cf. Aérojournal n°76)…

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Le grand avantage de l’ouvrage est de poser clairement le contexte, de le rattacher à la guerre en URSS (et non à la bataille de l’Atlantique) avant d’en étudier les moyens mis en oeuvre par les différents belligérants puis les grandes phases opérationnelles à partir de 1941. L’auteur n’hésite pas à poser la question de l’utilité des convois à destination de Mourmansk, l’une des trois voies d’acheminement du Lend Lease, mais également le poids de celui-ci dans la victoire de l’Armée Rouge qui prend l’ascendant sur l’envahisseur dès la fin 1942.

Au fil des pages, les petits détails qui s’accumulent finissent par faire pencher la victoire du côté des Alliés. C’est à la fois l’impossibilité allemande d’envisager sérieusement de s’emparer de l’Islande, les avancées technologiques qui finissent par tourner à l’avantage des Alliés, l’évolution de l’organisation des convois et surtout l’insuffisance des moyens maritimes et aériens allemands pour couper définitivement la route aux Alliés dès lors les troupes terrestres sont incapables de s’emparer de Mourmansk.

Dans ce gigantesque champ de bataille qu’est devenu le globe, le basculement des forces d’un point à l’autre au bon moment et de façon suffisante est une condition essentielle de victoire. Les Alliés parviennent à faire les bons arbitrages alors que les Allemands saupoudrent leurs moyens sans réellement faire de choix alors que le champ de bataille dépasse dès 1941 leurs moyens industriels et humains. Il apparaît clairement également qu’une des raisons de la victoire alliée est l’alignement global des stratégie entre Grande-Bretagne, Etats-Unis et URSS alors que l’Axe est au mieux incapable de se coordonner, au pire diverge (voir ainsi l’analyse de Hugues WENKIN sur l’Afrique du Nord dans 39/45 Magazine n°363).

La guerre des convois dans l’Arctique n’est évidemment pas décisive à elle seule. Elle ne sauve pas non plus l’Armée Rouge du désastre. L’auteur a tout à fait raison de souligner que le redressement de l’hiver 1941 est dû aux Soviétiques eux-mêmes, tout comme il convient aussi d’interpréter les enjeux dans l’Arctique en fonction de Fall Blau et des combats pour le Caucase qui mettent en péril l’une des trois voies d’accès de l’aide américaine, symbole du très grand écart qui s’impose aux Allemands, du Nord au Sud, d’Est en Ouest.

A cette vision particulièrement large, mis à part deux pages consacrées aux combats de 1941, ne manque que la dimension terrestre des combats dans le Grand Nord en Laponie pour Mourmansk.

Les annexes fournissent quelques cartes, plans des convois, données statistiques sur les livraisons du Lend Lease et des pertes comparées.

D’une lecture facile, ce livre est l’occasion de prendre de la hauteur et d’observer comment des faits historiques peuvent être étudiés différemment en fonction de l’angle d’approche.

Sommaire :

  • Introduction
  • Contexte géostratégique, septembre 1939 – juin 1941
  • Mourmansk, destination finale
  • Axe contre Alliés, les forces en présence
  • Le choc de Barbarossa et l’ouverture de la voie polaire, juin – novembre 1941
  • L’entrée en jeu des grands bâtiments de surface allemands, décembre 1941 – avril 1942
  • Le Reich prend la main, avril – mai 1942
  • La destruction du super convoi PQ-17, juin – juillet 1942
  • L’opération Wunderland et la reprise des convois, juillet – novembre 1942
  • Le Reich sur la défensive, décembre 1942 – septembre 1943
  • Fin de partie en Arctique
  • Conclusion, l’importance des convois en Arctique en question
  • Annexes
  • Bibliographie

1 réflexion sur « Les batailles arctiques 1941-1945 (Economica, 2020) »

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