Ligne de Front hors-série n°39 (Caraktère, 2020)

Entre fantasmes, armes miracles et dures réalités, l’armée allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale ne cesse de questionner. Assaillie de toutes parts, sur terre, dans les airs et sur mer jusque dans son sanctuaire de la Baltique, regroupée autour d’un territoire national à feu et à sang réduit à une portion de plus en plus congrue (voir la très parlante carte en page 5), elle parvient à retarder jusqu’à l’extrême l’échéance finale. Certes, l’historiographie est abondante sur les Ardennes ou Berlin, mais cela ne représente qu’une infime part des combats qui continuent d’embraser l’Europe dans les six derniers mois de la guerre. Il y a bien les articles de Batailles & Blindés sur les derniers Panzer à l’Ouest et à l’Est… mais ils ne représentent qu’une vision parcellaire du crépuscule de la Wehrmacht. Idem pour la Volksturm. Bref, une vision d’ensemble s’impose.

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Le numéro se divise en cinq parties : situation stratégique, infanterie, Panzerwaffe, Waffen-SS et Volkssturm.

Dans la première, l’auteur rappelle le rôle de Heinz GUDERIAN (voir ses mémoire) dans l’approche stratégique allemande en fin de conflit. Pas toujours appliquée compte tenu des interférences d’Adolf HITLER. L’échec de la contre-offensive des Ardennes permet de revenir aux concepts originaux. Bref, Heinz GUDERIAN début 1945, serait-il pour le III. reich un peu le Maxime WEYGAND de fin mai 1940 pour la France ? C’est probablement surestimé un peu trop sa place, mais les questions qui se posent sont très similaires : comment essayer de rétablir une ligne de front cohérente avec des effectifs décimés, en infériorité numérique totale avec une base industrielle affaiblie voire amputée et devant parer une offensive inéluctable. La question n’est plus gagner mais de perdre le moins mal possible. Si le poids réel de Heinz GUDERIAN est à prendre avec précaution, cette stratégie engendre un retournement total des priorités qui passent de l’Ouest à l’Est… mais trop tard pour absorber le premier choc de l’offensive soviétique à partir des têtes de pont de la Vistule. L’article couvre également la partie industrielle en faisant la distinction très pertinente entre matériels et munitions dont les situations sont divergentes, la problématique de l’essence et celle des effectifs.

Dans la seconde partie, et à juste titre, c’est l’infanterie qui fait l’objet d’une attention plus particulière. Sur terre, cette arme, pourtant reine des batailles et indispensable pour tenir le terrain surtout dans un conflit tel que la Seconde Guerre mondiale, sort lessivée et exsangue de quatre années de conflit (voir l’analyse dans Iron Cross5). Les armes individuelles et collectives de la dernière chance ne cachent pas la situation miséreuse dans laquelle elle se trouve : disparition des cadres expérimentés, transferts massifs de personnels en provenance d’autres armes (Luftwaffe, Kriegsmarine), mobilisation des dernières tranches d’âge à peu près aptes à combattre, le tout sans formation ou presque. Il n’empêche qu’un profond exercice de réflexion est mené et aboutit à une refonte organisationnelle dont la Volksgrenadier-Division est la symbole, mais pas seulement. L’articulation des unités de support est aussi revu comme en témoignent les Volks-Artillerie-Korps ou les Volks-Werfer-Brigaden. Le panorama est complet. Indéniablement, ce chapitre est celui qui est le plus novateur.

Côté blindés, c’est également un profond déclin malgré une addition d’unités presqu’impressionnante compte tenu de la situation. Le troisième article propose une carte très bien faite du positionnement des divisions blindées allemandes mi-février 1945 : une telle image vaut tous les textes. Le reste de l’article est plus conventionnel sachant que le sujet est déjà bien abordé par ailleurs.

La quatrième partie consacrée à la Waffen-SS sort quant à elle du cadre strict de la bataille de Berlin ou des dernières offensives en Hongrie pour aborder la question des unités de circonstance ou d’alarme et surtout l’adoption par la Heer d’un certains de symboles plutôt liés aux unités de la Waffen-SS comme la dénomination des unités par un nom plutôt que par un numéro.

Le dernier chapitre revient relativement classiquement sur le Volksturm. Avec un rappel des armes qui lui sont propres (voir aussi le Guide du Landser). A rattacher à l’article de Ligne de Front n°72.

Bien écrit, bien présenté, ce numéro a la grand mérite de rapprocher les enjeux stratégiques, les évolutions des organisations et des doctrines de combat. Il manque cependant une conclusion qui pourrait éclairer encore mieux pourquoi la Wehrmacht a pu résister autant de temps encore en 1945. Il y a certes des questions de mainmise de l’état nazi sur la population, d’endoctrinement, mais pas seulement. Jusqu’au bout, l’armée allemande s’est organisée et transformée pour continuer à se battre, y compris à l’Ouest, front bien trop sous-estimé dans cette période du conflit.

Enfin, il faut souligner l’effort dans l’iconographie, jamais évidente pour illustrer cette période côté allemande. Pari réussi en tout cas avec quelques clichés rares.

Sommaire :

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