La bataille de France 10 mai – 25 juin 1940 (Editions du milieu du monde, 1941)

Ecrit à chaud quelques mois seulement après les événements de mai et juin 1940 à l’Ouest et juste avant le déclenchement de l’opération Barbarossa, ce livre est un témoignage capital sur la façon dont est perçue sur le moment la défaite de la France. Il est écrit à partir des sources ouvertes de l’époque et est imprimé en Suisse, c’est à dire en territoire neutre avec d’avantage de liberté que les livres publiés à Paris en territoire occupé. De quoi démêler les premiers fils d’une historiographie pour le moins malmenée de cet épisode.

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Henry BIDOU avertit dès le départ ses lecteurs : « ces études ont gardé la liberté de choisir les plus significatifs entre les faits (…) elles cherchent moins à énumérer qu’à faire comprendre ». Ce n’est donc pas un historique au jour le jour, ni un récit exhaustif des opérations.

La période de la Drôle de guerre ouvre le premier chapitre. Trois points majeurs sont notés : l’invasion de la Pologne, la lutte en mer et les opérations en Norvège. De la campagne de Pologne, l’auteur retient le handicap géographique de l’armée polonaise qui ne veut laisser aucun territoire sans défense pour se laisser davantage de liberté opérationnelle, la résistance courageuse des Polonais, des « nuées d’avions » de type Stuka et les « vagues d’acier des chars d’assaut, pénétrations en profondeur à des distances jusqu’ici inconnues à la guerre ». C’est déjà l’image d’une mécanique militaire bien huilée et d’une « terrible précision ». Viennent ensuite les opérations navales durant lesquelles Grande-Bretagne et Allemagne tentent mutuellement de s’imposer le blocus. Le balancier semble tourner à l’avantage des alliés sachant que pour les Alliés « l’Allemagne semble invulnérable sur terre » qui choisissent « la mort lente » du III. Reich par l’asphyxie de ses ressources. Il n’est fait nulle mention des livraisons de matières premières de l’URSS qui hypothèquent cette stratégie. L’invasion de la Norvège est la première réponse allemande au blocus. Le déclenchement de l’offensive à l’Ouest le 10 mai 1940 est vu comme la seconde réponse.

Attaquer à l’Ouest est donc présenté comme une question de survie pour les Allemands. Compte tenu des dispositions prises par les deux principaux belligérants, ligne Maginot d’un côté, Westwall de l’autre, le débordement par les pays neutre ne peut sembler que logique. Une première nuance est apportée dans l’appréciation de l’attitude des camps et elle est tout à fait valide : d’un côté, c’est assurément l’offensive qui domine, de l’autre ce n’est qu’un mouvement de conversion en avant pour ‘seulement » substituer à la « ligne frontière, longue et peu favorable (…) une ligne plus courte et meilleure ».

Le mythe de la différence de dotation matérielle est déjà là : « ce n’est plus un secret que la dotation des armées françaises en chars et en avions était insuffisante ». L’aviation allemande est donnée à 1500 avions de chasse et 3500 avions de bombardement pour un total de 5000 appareils pour 580 avions de chasse français (130 britanniques) et 96 avions de bombardement (500 britanniques). Le mythe de l’invisibilité de l’aviation alliée est conforté par cette déclaration d’un général ainsi rapportée : « les Français ont fait la guerre dans deux dimensions, les Allemands dans trois dimensions ». Il n’empêche que le courage des aviateurs français est mis en avant : 757 appareils détruits dont 229 par les bombardements et 222 par accident, 117 tués, 371 disparus, 191 blessés, soit 29% de l’effectif !

Concernant les opérations au sol, les circonstance de la chute des ponts belges sur le canal Albert sont inconnues alors que la prise du fort d’Eben-Emael par le coup de main des parachutistes allemands est déjà bien connu.

Les combats du Corps de Cavalerie à Hannut/Gembloux sont également évoqués. Il est « violemment attaqué par les chars allemands et il se replie » amenant « celui de la cavalerie anglaise, qui amène à son tour celui de la cavalerie belge ». Ce n’est pas une claque, mais ce n’est pas non plus une victoire défensive comme davantage évoquée dans une littérature plus contemporaine. Il est vrai que les 3. Panzer-Division et 4. Panzer-Division restent maîtres du terrain et qu’elle peuvent percer dans les jours qui suivent les lignes de la 1ère Division Marocaine malgré une remarquable attitude au feu de cette dernière.

L’ampleur de la percée sur le Meuse est bien appréhendée, l’auteur parlant à juste titre de « Dinant à Sedan« . Le franchissement du fleuve est expliqué par la présence des avions d’attaque au sol qui perturbent le fonctionnement normal du soldat qui n’y est alors pas habitué : « accoutumé, depuis qu’il y a des guerres, à un adversaire placé en face de lui, le soldat recevait des feux verticaux qui le déconcertaient ». L’auteur note également que les divisions sont encore incomplètes quand les Allemands attaquent mais que des mesures sont immédiatement prises pour contre-attaquer (c’est tout à fait vrai). La situation à Dinant et l’avance des 5. Panzer-Division et 7. Panzer-Division parait plus grave que celle à Sedan. Le franchissement de l’Oise et la fin des combats perdus dans l’Avesnois traduisent la réussite de la percée allemande qui n’a plus qu’à atteindre la mer. La capture du général GIRAUD et de l’état-major de la 9ème Armée représente un choc.

Les DCR sont bien désignées comme Divisions cuirassée (et non dites de réserve). La tentative de la 4ème Division Cuirassée (DCR) à Montcornet est qualifiée de « pointe brillante ». Le sacrifice de l’armée française pour permettre le rembarquement de Dunkerque est très clairement expliqué. Abbeville n’est pas cité.

Le changement doctrinaire français sur la Somme et l’Aisne est également exposé. Les terribles combats défensifs, les tentatives de contre-attaques face à Fall Rot sont décrits de façon appuyés en prenant comme exemple la 19ème Division d’Infanterie et la 1ère Division Cuirassée. Il faut dire que l’auteur semble porter une grande considération à Maxime WEYGAND auquel il dédie son ouvrage. Malgré une situation qui ne fait aucun doute sur son issue « le soldat, auquel on a commandé de mourir, se battra jusqu’au bout ». « Ni le courage des hommes, ni la valeur des chefs ne pouvaient plus rien ».

Le dernier chapitre concerne les derniers combats une fois le repli ordonné sur la Loire.

C’est donc un livre important à lire pour comprendre les premières impressions laissées par les opérations à l’Ouest qui aboutissent à l’Armistice entre la France et l’Allemagne. Bien sûr, le contenu contient quelques heures d’appréciation comme l’équipement en blindés et en avions des différents camps. Mais les grands mouvements opérationnels sont relativement bien compris. Parfois plus subtilement que dans une certaine historiographie plus contemporaine qui exagère certains moments portés par les écrits laissés ou mis en lumière après-guerre par quelques témoins clefs.

Chose importante, la combativité de l’armée française est constamment rappelée ! L’image est très éloignée d’une armée qui se replie sans tenter de combattre ou qui accepte sans broncher la domination ennemie.

Résumé :

Henry BIDOU, La bataille de France (10 mai – 25 juin 1940) (Editions du milieu du monde, 1941) : livre de plus de deux cinquante pages retraçant les grandes lignes des opérations militaires à l’Ouest en mai et juin 1940 (Drôle de guerre, blocus dans l’Atlantique, manœuvre Dyle-Breda, Canal Albert, Hannut/Gembloux, Ardennes, Meuse avec Dinant et Sedan, Sambre, Avesnois, Oise, Dunkerque, Ligne Weygand, résistance face à Fall Rot, Ligne Maginot, Alpes) mettant en avant la combativité de l’armée française, les écarts alors perçus avec l’armée allemande (supériorité en chars et en avions).

Sommaire :

  • Avertissement
  • Les huit premiers mois de la guerre
  • La rupture des lignes françaises
  • La bataille du 5 juin
  • La retraite

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