La bataille de Sedan « … fors l’honneur » (de Fallois, 2020)

Sedan ou la symbole de l’effondrement français de mai 1940… Depuis le 13 mai 1940, cette alimente bien des ouvrages et des articles. Et surtout des jugements parfois caricaturaux sur les soldats français, la 55ème Division d’Infanterie et son chef Henri LAFONTAINE. De l’autre côté, Sedan est présenté comme l’archétype de la qualité opérationnelle de la Wehrmacht, de ses chefs, de ses matériels, de ses soldats. Est-il encore nécessaire d’y consacrer un livre ? En l’occurrence, la réponse est ici oui…

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Déjà, l’auteur ne peut que susciter l’intérêt. Lui-même général, il est le petit-fils du malheureux commandant de la 55ème Division d’Infanterie accusée de tous les maux. On peut donc s’attendre à une certaine réhabilitation, voire craindre un certain révisionnisme. Mais que nenni. Les propos sont mesurés et donnent une vision assez exhaustive du commandant, de ses bons côtés mais aussi de ses erreurs. Mais en aucun cas un incapable et un lâche.

L’approche elle-même est intéressante. Sans plonger dans une multitude de détails tactiques et opérationnels, elle cherche à établir un parallèle entre la vision ressentie sur le terrain par les Français d’un côté et les Allemands de l’autre, d’où le nombre important de témoignages repris d’ouvrages existants ou directement sortis des archives. Ces derniers sont un véritable apport qualitatif à la bonne appréhension du sujet car ils permettent de partager des textes peu connus, voire jamais publiés.

L’espace temps de l’ouvrage ne s’embarrasse pas de rappels historiques, le lecteur est directement plongé dans le vif du sujet. L’espace temps couvre la période du 10 au 14 mai 1940. Il comprend la traversée des Ardennes, le choc du passage de la Meuse et la tentative de contre-attaque de la 55ème Division d’Infanterie pour reprendre le terrain perdu.

A la lecture de l’ouvrage, plusieurs idées préconçues volent en éclat. Déjà, le premier échec remonte à l’incapacité française d’établir et de tenir une position de retardement sur la Semois le 11 mai 1940 une fois les premiers contacts établis la veille. Contrairement à une idée bien répandue, les états-majors français ne délaissent pas le secteur des Ardennes, même si certains ne croient pas à une attaque forcée allemande par le massif. Les opérations de couverture, le renforcement du front de la Meuse avec l’introduction de la 71ème Division d’Infanterie prouvent que le sujet est pris au sérieux. Ce qui pose problème n’est pas tant la traversée des Ardennes, mais sa rapidité. Il se passe à Sedan ce qui se déroule ailleurs quand les premières pointes allemandes rencontrent les premières unités françaises en phase de mouvement ou de redéploiement. La vitesse d’exécution des opérations sur l’ensemble du front le 10 mai 1940 doit alerter le commandement français sur le tempo imprimé par les Allemands. Ce n’est pas le cas en raison de la lenteur des remontées d’information. Largement engagée dans des engagements coloniaux, l’armée française et ses chefs ne sont pas préparés à soutenir ce rythme opérationnel, ni à l’entraver.

Parmi les autres idées préconçues habituellement rabâchées, figure celle de la relative facilité allemande à percer à Sedan. Il n’en est rien. Les approches de la Meuse sont bien battues par l’artillerie, les pertes sont sensibles et les Français contre-attaquent immédiatement. Sans compter la réaction aérienne qui n’est pas abordée dans ce livre (voir par exemple Le Fana de l’Aviation n°606). Celui-ci décrit dans le détail la contre-attaque de la 55ème Division d’Infanterie appuyée de du 7ème Bataillon de Chars de Combat (BCC). Les soldats français font leur devoir. Malgré tout, il manque ce petit « plus » qui fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre…

La fameuse question du repli que quartier-général de la 55ème Division d’Infanterie est bien entendu évoquée, avec là aussi une intéressante enquête à travers les témoignages laissés a posteriori qui permettent d’y voir un peu plus clair dans la chaîne des responsabilité. Dans cet exercice, le livre se rapproche de celui paru chez Economica, Sedan 1940, l’école de la guerre ou la faillite du système de commandement français.

Le texte est accompagné de plusieurs cartes. Si l’intention est louable, les ouvrages d’histoire militaire délaissent trop souvent les questions de géographie, leur qualité et leur lisibilité ne sont pas optimales. Les cartes hors-texte en couleurs sont contemporaines et ne traduisent qu’imparfaitement les conditions géographiques des lieux compte tenu de l’urbanisation de ces dernières décennies. C’est le seul bémol.

Sommaire :

  • Préface par le général Henri BENTEGEAT
  • Avant-propos
  • La drôle de guerre
  • Les forces en présence à Sedan et leur déploiement sur le terrain
  • Les acteurs principaux
  • Les prémices de la percée en direction de la Meuse, 10, 11 et 12 mai
  • La percée, 13 mai
  • Résistance difficile face aux infiltrations, nuit du 13 au 14 mai
  • L’échec de la contre-attaque, 14 mai
  • Comment expliquer, comment comprendre ?
  • Conclusion
  • Postface
  • Annexes

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