Mai-juin 1940, les causes de la défaite, panorama inédit des responsabilités politiques et militaires (Alisio, 2020)

Fidèle à son habitude et avec son entrain coûtumier, Dominique LORMIER entreprend de revisiter les causes de la défaite française de 1940 et de défendre l’honneur des soldats tricolores dans un ouvrage grand public, très facile à lire. Un sous-titre annonçant un « panorama inédit des responsabilités politiques et militaires » ne peut qu’attirer l’attention…

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L’introduction motive à proposer enfin une vision renouvelée des opérations à l’Ouest en 1940. Pointant une responsabilité qui n’est pas uniquement française dans la défaite, mais aussi belge, hollandaise et britannique, l’auteur dénonce le prisme historiographique des ouvrages anglo-saxons ayant tendance à rejeter l’ensemble des fautes sur l’armée et les politiques français. Il est vrai que l’historiographie française du désastre est influencée immédiatement après la défaite par Vichy (avec notamment le procès de Riom) d’un côté et DE GAULLE de l’autre. L’un cherchant à justifier sa « Révolution nationale », l’autre voulant conforter sa légitimité (positions éclairées d’avant-guerre, comportement durant les combats et illégitimité de ceux qui sont restés en France à gérer la défaite). Quatre-vingt ans plus tard, nous ne sommes pas encore totalement sortis de ce prisme partisan. De plus, la vision de la défaite française est également influencée par la propagande allemande et les écrits de responsables allemandes à leur propre gloire abondamment repris ensuite dans la littérature : ROMMEL, GUDERIAN, von MANSTEIN. Bref, il sort de cette étrange attelage historiographique une vision caricaturale où les politiques et militaires font office de victimes expiatoires des uns et des autres.

Étonnamment, le livre ne s’extrait d’ailleurs pas totalement de ces trois influence. En témoigne la valorisation de quelques combats symboliques mais imparfaitement représentatifs de la combativité française. Si le rôle sacrificiel des Français à Lille et à Dunkerque est bien souligné, il est toujours étonnant de résumer la bataille d’Abbeville à la seule contre-offensive de la 4ème Division Cuirassée (DCR). De même, les exploits allemands ne sont pas que du fait de GUDERIAN et de ROMMEL. Sedan n’est ainsi que l’extrémité d’une brèche d’une centaine de kilomètres qui se produit le 13 mai 1940 sur la Meuse. Bien d’autres unités allemandes jouent un rôle clef dans la victoire et sont elles aussi occultées par une historiographie orientée. Le raid mené par la 9. Panzer-Division de la frontière à Moerdjik pour établir la jonction avec les parachutistes isolés ou le parcours exemplaire de la 5. Panzer-Division qui agit de concert avec la 7. Panzer-Division de ROMMEL sont ainsi souvent minorés.

Fort logiquement, Dominique LORMIER remonte à la fin de la Première Guerre mondiale pour évoquer le double jeu des alliés britanniques et américains vis-à-vis de l’Allemagne qui aboutit à un sentiment trompeur de non-défaite de l’autre côté du Rhin (voir aussi l’excellent 1919-1921, sortir de la guerre).

Le plus intéressant est la description du rendez-vous manqué avec MUSSOLINI. En effet, ce dernier bénéficie d’une opinion favorable en Occident et déteste HITLER. Le point culminant est l’assassinat par les nazis du chancelier autrichien en 1934. L’Italie fasciste est prête à intervenir militairement, mais la Grande-Bretagne lui tourne le dos. Le début d’un isolement diplomatique fatal pour la France qui voit ses alliés se détourner d’elle (la Belgique) ou être délaissés sous la pression britannique (Tchécoslovaquie). Pour la Pologne, il sera trop tard pour être d’un quelconque secours d’autant plus que l’URSS s’est alliée au III. Reich pour mener ses propres visées expansionnistes. Une isolement dont les dangers sont bien identifiés par les militaires à l’époque sans trouver cependant de réponse valable (voir La guerre inéluctable). La réaction britannique à l’invasion italienne en Ethiopie pousse définitivement MUSSOLINI dans le bras de HITLER… Les accords de Munich ne sont que la suite logique.

Maurice GAMELIN est clairement désigné comme le grand responsable de la défaite. Peut-être cependant un peu trop facilement. A juste titre, Dominique LORMIER identifie le fait d’avoir dispersé ses réserves blindées comme l’une de ses principales fautes. Son caractère hésitant, ses questions de santé ne l’avantagent pas non plus. L’analyse quant au bien-fondé de la manœuvre Dyle-Breda est davantage sujette à caution. Le repli de l’armée française après la percée allemande sur la Meuse entre Namur et Sedan entraîne la capitulation de la Belgique encore traumatisée par le vécu de la Première Guerre mondiale (voir La défaite française, un désastre évitable, le 16 mai 1940 il fallait rester en Belgique). De même, la présentation de la supériorité des chars allemands est vraie (voir Batailles n°26) mais un peu trop simpliste, surtout au sujet de leur équipement radio. Au moins, la question du nombre n’est plus un sujet ! Reste effectivement la question de la culture de commandement et de la rapidité des liaisons.

A l’image des travaux de Gilles RAGACHE dans La fin de la campagne de France, Dominique LORMIER rappelle également la volonté des civils de ne plus subir les destructions. La pression interne est en effet intense entre des centaines de milliers de Français sur les routes, des enfants perdus et un ennemi qui se répand au plus profond du territoire. Il n’est pas possible de comprendre l’Armistice sans tenir compte de cette situation humanitaire catastrophique (voir La Revue d’Histoire Européenne n°3).

Malgré un côté qui n’est pas réellement inédit, c’est donc un livre plaisant à lire, dans le droit fil des écrits précédents de l’auteur. Il permet au grand public de découvrir une histoire moins binaires que les idées préconçues héritées des générations précédentes laissent penser avec d’intéressantes pistes de réflexions. Et surtout la confirmation d’une nécessité de repenser notre approche historiographique et mémorielle de cette période.

Résumé :

Dominique LORMIER, Mai-juin 1940, les causes de la défaite, panorama inédit des responsabilités politiques et militaires (Alisio, 2020) : livre de plus de deux cent cinquante pages analysant les causes de la défaite française à l’Ouest en 1940 remettant en cause le principe que seule la France serait responsable en rappelant les erreurs britanniques, belges et hollandaises (héritage du Traité de Versailles, rendez-vous diplomatique raté avec l’Italie de Benito MUSSOLINI et conséquence indirectes de l’invasion de l’Ethiopie, erreurs de Maurice GAMELIN et opposition avec Alphonse GEORGES sur l’ampleur de la manœuvre Dyle-Breda, dispersion des divisions blindées, rôle d’Edouard DALADIER, combativité de l’armée française, contexte de l’Armistice).

Sommaire :

  • Introduction
  • Les occasions manquées
  • Mussolini jeté dans les bras d’Hitler
  • L’armée française commandée par deux généraux affaiblis et malades
  • Edouard Daladier l’irresponsable
  • L’impréparation militaire française et plan désastreux
  • Les défaillances belges, hollandaises, britanniques et le sacrifice méconnu de l’armée française
  • Heinz Guderian et Erwin Rommel : deux principaux artisans de la défaite française de 1940
  • Une résistance militaire française pourtant acharnée
  • Pétain et les prisonniers français
  • Mai-juin 1940 n’est pas une défaite honteuse pour la France
  • Sources principales
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