Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)

C’est une belle brochette d’auteurs connus et reconnus qui s’attellent à la difficile tâche de décrire et d’analyser l’effondrement de la France en mai et juin 1940. Huit articles permettent de dresser un portrait global de l’impréparation militaire à l’éclosion des premiers résistants. Toute la complexité du sujet resurgit : isolement diplomatique, doctrine défensive et attentiste, mue inachevée faute de crédits militaires suffisants, fragilisation du complexe militaro-industriel (conflits sociaux, gestion des programmes, industrialisation), inadéquation de la chaîne de commandement, manœuvre Dyle-Breda trop ambitieuse par rapport aux capacités de l’armée française…

Publicités

La description des opérations militaires demeure très classique dans l’approche. La mention de la tenue au feu de la 14ème Division d’Infanterie de De LATTRE de TASSIGNY dans la région de Sedan est quelque peu hasardeuse géographiquement et chronologiquement.

Dominique LORMIER insiste de son côté sur la bravoure méconnue des soldats français. Avec raison. Aux côté des Hannut/Gembloux et Stonne bien connus, Lille et Dunkerque ainsi que d’autres lieux de bataille ont un poids stratégique bien plus important. Mais c’est toujours bien de ne pas s’en tenir aux seules actions de la 4ème Division Cuirassée (DCR)

Concernant l’Armistice, Bernard LEGOUX écrit fort justement qu’il ne peut pas y avoir de bonne solution. L’arrêt des combats et et la préservation d’une partie du territoire national paraît alors la moins mauvaise des solutions. Ce qui n’empêche pas de penser à l’après. Et surtout, l’Armistice évite dans l’immédiat la nomination d’un Gauleiter sur l’ensemble du territoire national. Et surtout, il n’y a guère d’autre solution pour une population jetée sur les routes d’un exode sans fin. Deux données rarement évoquées quand il s’agit de juger l’attitude des uns ou des autres.

Si l’Armistice paraît en effet la solution la moins mauvaise, résister est toujours possible. L’article sur les premiers résistants rappelles également ne sont pas ceux que l’inconscient populaire imagine. Mais plutôt que de souligner l’appartenance monarchiste et catholique de nombre d’entre eux parmi les premiers résistants, il aurait mieux valu souligner que résister est avant tout une décision personnelle. Aucune chapelle politique ou syndicale ne peut en effet s’approprier d’avoir initié une résistance collective dès 1940, mis à part Charles de GAULLE. Plutôt que de chercher à rattacher à un bord ou à un autre les premiers résistants, célébrons leur attitude individuelle et réconcilions-nous enfin avec notre Histoire pour mieux affronter aujourd’hui et demain.

Décidément, cette époque ne peut être comprise sans s’extraire des clivages construits après-guerre et qui perdurent encore aujourd’hui…

Sommaire :

(extrait)

  • Philippe CONRAD, Mai-juin 1940, récit d’un effondrement, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Max SCHIAVON, L’impréparation militaire, responsabilités et insuffisances, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Rémy PORTE, Mai-juin 1940, chronique d’une débâcle annoncée, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Dominique LORMIER, Ils se sont sacrifiés, la bravoure méconnue des soldats français, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Charles-Henry d’ELLOY, Une bataille de seigneurs, Saumur, 19-21 juin 1940, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Laurent BERRAFATO, Le mythe de la cocarde ou le mitraillage de réfugiés par l’aviation italienne…, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Jean-Baptiste PETREQUIN, La défaite française à l’heure de la propagande allemande, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Paul VILLATOUX, Sur les routes de l’Exode, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Bernard LEGOUX, L’Armistice de juin 1940, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
  • Matthieu BAUMIER, Les premiers résistants n’étaient pas ceux que l’on croit, in Revue d’Histoire Européenne n°3 (Histoire Militaire, 2020)
Publicités

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.