La bataille de Stonne (Perrin, 2010)

Victoire ou défaite ? Comme l’affrontement du Corps de Cavalerie à Hannut/Gembloux, celui de Stonne cultive l’ambiguïté. Pris isolément, les deux sont un rayon de soleil parmi la succession de désastres de mai 1940. Au point d’en être presque transformés en victoires tricolores. L’intention primaire est louable, il s’agit de réhabiliter les combattants et d’honorer leur courage et leur sacrifice. En effet, une armée vaincue n’est pas obligatoirement une armée de lâches. Pourtant, malgré tout le mérite qui revient aux hommes qui écrivent ces pages épiques, il n’en reste pas moins que ces épisodes durant lesquelles l’armée allemande n’apparaît pas comme insolemment triomphante sont autant d’opportunités manquées d’inverser le cours des choses.

Après son livre Comme des lions, le sacrifice héroïque de l’armée française, Dominique LORMIER se penche presque tout naturellement sur la bataille de Stonne. Le choix est opportun. En effet, ce petit village situé au sud de Sedan cristallise les combats entre Français et Allemands à quelques encablures de la plus célèbres des têtes de pont par laquelle s’écoule le flot qui encercle l’ensemble des armées alliées au nord de la Somme. Dans la mémoire collective, cet épisode reste dans l’ombre à côté de ceux de Montcornet ou d’Abbeville pourtant bien moins intenses, longs par le nombre d’unités engagées. Car la bataille de Stonne dure en fait du 14 au 25 mai 1940.

Stonne a tout pour attirer les deux adversaires dans une lutte épique. Pour les Allemands, il s’agit d’élargir le plus possible le périmètre défensif autour de Sedan. Pour les Français, il représente au contraire le plus court chemin pour rétablir le front à Sedan et couper cette artère par laquelle s’engouffre le XIX. Armee-Korps (mot.) et sa suite. Ici, les chars français repoussent effectivement les Panzer.

Dans un style narratif, homérique parfois, l’auteur valorise l’engagement des soldats de la 55ème Division d’Infanterie (DI), du 7ème Bataillon de Chars de Combat (BCC), de la 3ème Division d’Infanterie Motorisée (DIM), de la 3ème Division Cuirassée (DCR) et de la 6ème Division d’Infanterie Coloniale (DIC). Le texte se lit vite et bien. Il comporte de nombreux témoignages français. Classiquement, l’auteur décrit les plans élaborés par chacun des belligérants en insistant sur la différence de perception des uns et des autres sur les Ardennes. Les principaux responsables militaires français sont largement remis en cause pour les événements de Sedan, HUNTZIGER portant le poids du déménagement de son état-major en pleine bataille et son absence de présence sur le terrain.

Il n’empêche. A Stonne, l’armée française ne parvient pas à mettre en oeuvre une contre-attaque lui permettant de menacer un seul instant la tête de pont allemande. Compte tenu de la situation plus haut sur la Meuse (à Dinant, Houx, Monthermé) sans parler de la percée à partir du canal Albert au débouché de Maastricht, seule une action énergique et couronnée de succès des les quarante-huit heures qui suivent immédiatement le 13 mai 1940 pourrait avoir un impact, non pas décisif, mais important pour commencer à gripper la machine allemande. Stonne, ou l’une des nombreuses occasions manquées de l’armée française. Ce qui n’enlève rien au courage des soldats engagés qui font leur devoir, et même plus, jusqu’au bout.

Sans rien enlever à l’honneur du soldat français, ne se concentrer que sur Sedan puis Stonne sans présenter l’ensemble du puzzle donne une vision un peu tronquée de la bataille et de son importance. Comme à Hannut, comme à Crécy-sur-Serre, comme à Montcornet, comme à Abbeville, comme les combats eux aussi méconnus pour réduire les autres têtes de pont allemandes sur la Somme, ces faits d’armes rappellent qu’en 1940, l’armée française se bat et que ses soldats se sacrifient dans un contexte très largement défavorable.

Sommaire :

  • Introduction
  • L’offensive allemande dans les Ardennes et la percée du front français à Sedan
  • Les débuts de la bataille : 14 et 15 mai
  • Les chars lourds français sèment la terreur
  • Echec à l’offensive allemande : 18-25 mai
  • Epilogue
  • Notes
  • Annexes
  • Bibliographie
  • Index

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