Eben-Emael, l’autre vérité (Weyrich, 2016)

10 mai 1940, la foudre s’abat sur la Belgique. Déposés par planeurs, quelques parachutistes allemands s’emparent du fort d’Eben-Emael présenté alors comme l’un des plus puissants du monde. Avec la percée de Sedan, cet assaut est l’un des symboles de l’audace et de la réussite de Fall Gelb. Au-delà des images réalisées par la propagande du III. Reich qui continuent de marquer de leur empreinte l’après-guerre, Hugues WENKIN propose d’élargir le champ historiographique avec ce beau livre présenté à l’italienne.

Enfin une vision belge

Très, trop, souvent abordé uniquement abordé du point de vue allemand (voir par exemple 39/45 Magazine hors-série Batailles & Témoignages n°2 ), l’auteur rééquilibre les choses en analysant la conception du fort et le rôle de la 7ème Division d’Infanterie belge. Il n’oublie pas non plus de replacer la prise du fort par les Allemand dans le contexte du franchissement du canal Albert. Bien moins connus, les assauts des ponts de Kanne, Veldwezelt et de Vroenhoven sont stratégiquement bien plus importants pour la progression allemande. La neutralisation du fort n’a que pour but de l’empêcher de tirer sur les unités qui franchissent le canal.

L’attitude des troupes belges fait l’objet d’une analyse poussée. Le contraste avec leurs adversaires est saisissant, au-delà des actes individuels de bravoure. Tout un symbole de la défaite de mai 1940. Pourtant, de nombreux grains de sable peuvent gripper la machine allemande. La destruction des ponts de Maastricht retarde de plusieurs heures la relève des parachutistes. A cela s’ajoute la destruction de celui de Kanne. Un délai non mis à profit par les Belges pour reconquérir ce qui a été perdu à l’aube.

Et la responsabilité française ?

L’auteur appuie sur la responsabilité belge à juste titre. Il est cependant bien plus indulgent avec les Français. En effet, la percée rapide du canal Albert ne donne pas le temps aux Français de s’installer et les condamne à une bataille de rencontre, notamment à Hannut/Gembloux.

Le manque de coordination avec l’armée française, l’obsession du commandement français à s’en tenir à son plan Dyle-Breda et de couvrir uniquement passivement la position principale de défense ne permettent pas de saisir l’opportunité qu’aurait pu être un assaut concerté de vive force sur les ponts du canal Albert avant que le gros des troupes n’arrive de Maastricht. Les hésitations du Corps de Cavalerie et la frilosité de la 3ème Division Légère Mécanique (DLM) reflètent également l’attitude française, notamment le 11 mai 1940. La bravoure des jours suivants ne peut totalement occulter que la très courte fenêtre d’opportunité passe inaperçue. A la décharge des Belges et des Français, les Allemands se retrouveront dans leur situation le 6 juin 1944 devant une opération minutieusement préparée, avec une chaîne de commandement inappropriée et l’impossibilité d’acquérir rapidement une vision d’ensemble des événements.

Un complément idéal à l’Attaque silencieuse pour son apport sur la vision belge.

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Résumé :

Hugues WENKIN, Eben-Emael, l’autre vérité (Weyrich, 2016) : livre de cent quatre-vingt pages décrivant et analysant la conception et la construction du fort d’Eben-Emael, l’assaut par les parachutistes allemands de la 7. Flieger-Division, les actions de la 7ème Division d’Infanterie belge ainsi que les assauts sur les ponts de de Kanne, Veldwezelt et de Vroenhoven sur le canal Albert – Photos, cartes, plans.

Sommaire :

  • Les paras, une surprise ?
  • La stratégie belge
  • Le fort d’Eben-Emael
  • Les Fallschirmjäger
  • Sanglant matin
  • L’effet domino
  • Le choc traumatique se propage
  • Les bataille des ponts du canal Albert
  • La reddition belge
  • Eben-Emael, une victoire allemande sur l’impréparation belge
  • Annexes

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