L’Arme Blindée française, tome 1 , mai-juin 1940, les blindés français dans la tourmente (Economica, 1998)

A la fin des années 1990, deux ouvrages renouvellent la connaissance des opérations à l’Ouest en 1940 et plus particulièrement de la bataille de France. Le premier est allemand et écrit par Karl-Heinz FRIESER. Sorti en version originale en 1995, traduit en Français et publié en 2003 chez Belin, il laisse entrevoir que la victoire allemande est la résultante d’un certain nombre de facteurs, mais qu’elle est loin d’être écrite à l’avance.

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Recension

L’autre est français, signé par Gérard SAINT-MARTIN. Etudiant l’arme blindée française, le premier volume couvre son éclosion jusqu’à la défaite de 1940. C’est donc une plongée dans la pensée militaire française de l’Entre-Deux-Guerres et des débats qui agitent les états-majors. Tout comme ce qui se passe de l’autre côté du Rhin, le changement n’est pas sans résistance. La lutte des influences est importante. Le rôle des leaders est lui diamétralement opposé. Falot et en retard d’un côté (mais pas absent), tranchant de l’autre.

Contrairement à une idée répandue, l’armée française et ses chefs s’intéressent très tôt à la motorisation et au développement des chars. Les nombreux débats qui jaillissent en sont la preuve. Le fait que la première grande unité blindée soit chronologiquement française et non allemande aussi (la 1ère Division Légère Mécanique).

Alors que l’armée allemande défaite en 1918 est contrainte de se remettre profondément en cause, la cavalerie française est également en difficulté après la Première Guerre mondiale – elle est potentiellement menacée de disparition. Le dynamisme de son Directeur, le général Jean FLAVIGNY, et la confrontation à ce risque l’amène à faire des choix courageux et se donner les moyens de survivre dans un conflit moderne (cf. GBM hors-série n°1 et 2). L’infanterie, moins en danger, voit ses expérimentations en termes de grandes unités blindées tâtonner. A la différence des Divisions Légères Mécaniques, aucune division cuirassée n’est prête quand le conflit se déclenche.

Après avoir analysé l’évolution de la doctrine française et de ses unités, l’auteur plonge dans la réalités des faits en suivant le parcours de chacune des grandes unités blindées françaises.

Seul regret, les parcours des bataillons de chars indépendants est laissé de côté. Pourtant, ces derniers représentent une facette de l’arme blindée française de l’époque. La première unité blindée à contre-attaquer à Sedan est par exemple le 7ème Bataillon de Chars de Combat (BCC).

Pourtant, seules les divisions blindées sont étudiées. Loin de tomber dans les clichés habituels, l’auteur n’oublie pas d’aborder les actions de l’ensemble de ces unités, sans en valoriser plus une qu’une autre. La 4ème Division Cuirassée a tendance à phagocyter l’historiographie compte tenu du rayonnement de son chef. Au point parfois de ravaler les autres unités au rang d’amateurs. Or, le livre le décrit bien, les autres divisions blindées réagissent, interviennent, se battent, s’accrochent. Des erreurs et des circonstances font que leurs actions ne rencontrent pas le succès. Jusqu’à Abbeville (et encore partiellement), le rôle des trois premiers divisions cuirassées et des trois divisions légères mécaniques est omniprésent dans les opérations françaises.

Les annexes sont très intéressantes et la chronologie des événements de 1930 à juillet 1940 donne un aperçu de l’enchaînement de faits politiques et militaires qui amènent à une catastrophe sans précédent.

C’est donc un ouvrage indispensable pour la compréhension et la connaissance de l’arme française de cette époque. qui peut être complété d’un point de vue iconographique par le Mémorial de la Bataille de France (panorama au jour le jour des combats de mai et juin 1940), Tous les blindés de l’armée française (axé sur le matériel) ou Mai-juin 1940, les blindés français (version reliées des 39/45 Magazine hors-série Historica72 et 73 qui décrivent le parcours de chacune des unités blindées françaises en 1940 mais sans rentrer dans leur genèse). Sans oublier chacune des parutions du magazine GBM.

Le deuxième tome décrit le redressement de l’arme blindée dont le baptême du feu est pour le moins raté mais riche d’enseignements qui permettent de réorienter les débats doctrinaux de l’Entre-Deux-Guerres.

Sommaire

  • Préface de Pierre MESSMER
  • Introduction
  • Une pensée sous influence
  • Une doctrine décalée
  • Un enseignement supérieur aligné
  • Un cheminement séparé
  • Comparaison avec le système blindé allemand
  • L’épreuve des faits
  • Chars d’infanterie, les divisions cuirassées dans la tourmente
  • Chars de cavalerie, les divisions légères mécaniques isolées
  • Conclusion
  • Annexes
  • Chronologie
  • Bibliographie
  • Remerciements
  • Index

2 réflexions sur « L’Arme Blindée française, tome 1 , mai-juin 1940, les blindés français dans la tourmente (Economica, 1998) »

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