Nous les barbares (Maranes, 2018)

Paru en petit format, mais relié, illustré de quelques photos, ce livre est le recueil assez brut du témoignage d’un vétéran de la 10. SS-Panzer-Division Frundsberg au cours de la Seconde Guerre mondiale en Europe. Quelques notes précisent parfois certains détails ou corrigent l’impression du vétéran. L’avertissement de l’éditeur Maranes en début d’ouvrage est clair.

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Quitte à être ouvertement à rebours d’un certain nombre d’idées reçues, le vétéran assume pleinement son engagement dans la Waffen-SS et n’hésite pas à remettre en cause quelques dogmes historiques couramment admis. Une profonde aigreur transpire sur ce qui peut être dit sur cette époque, de l’Allemagne, de la Prusse, de la vie quotidienne… Le ton parfois malheureusement souvent trop insistant brouille un peu le message qui pourtant mérite d’ouvrir le débat et appelle à une lecture désormais apaisée de cette époque en conservant un balancier équilibré. Même si les crimes de guerre et les massacres au front ne peuvent être justifiés par les bombardements alliés sur les villes allemandes, il est certain que la disparition de familles complètes est un véritable traumatisme pour nombre de soldats. C’est peut-être là que davantage de précisions historiques auraient utiles sur l’origine des bombardements de terreur, même si les Alliés ont poussé le concept jusqu’à son extrême.

A part ces réserves, ce témoignage est passionnant. D’une part, il d’une remarquable précision. D’autre part, il plonge le lecteur dans le quotidien de cette époque, que ce soit au cœur du III. Reich, sur la ligne de front, dans les camps de prisonniers et dans l’Allemagne d’après-guerre. Les premier chapitres sont consacrés à l’adolescence, à la Hitlerjugend puis à l’engagement. Le livre fourmille de détails sur les transports vers Berlin, Prague et la vie dans les toutes premières années du conflit.

Vient ensuite un aperçu de la formation qui montre à la fois le manque de matériels auquel doivent faire face les unités, les différents cursus et surtout l’importance de quelques figures de l’unité auprès des tous jeunes garçons qui n’ont pas encore subi l’épreuve du feu.

Les anecdotes en France occupée sont savoureuses. Les annexes procurent quelques notes et instructions sur le comportement des soldats allemands. A découvrir les consignes à suivre dans un château réquisitionné !

Le témoignage des combats concernent l’Ukraine et principalement la Normandie. Le vétéran est capturé dans la Somme près d’Albert début septembre. Là encore, le récit de sa captivité, juste après être fait prisonnier, en transit, en Grande-Bretagne est passionnant car rarement évoqué dans les récits de cette époque. Les méthodes de dénazification sont aussi étonnantes et finalement assez peu élaborées d’un point de vue psychologique. Les interrogatoires musclés, physiquement parlant, sont aussi courants.

Enfin, le récit du retour dans l’Allemagne dévastée et déchirée (tant d’un point de vue géographique qu’humain) fait prendre conscience de l’ampleur de la tâche de reconstruction sociale, économique et humaine qui attend les Allemands et plus généralement les Européens.

Plus de soixante-dix ans plus tard, le chemin parcouru est immense pour recoller les dommages de la guerre et de l’horreur. Il n’empêche pas encore certaines réminiscences et certaines tensions issues de cette époque. Seuls la volonté politique et le temps permettent de réparer de telles plaies. Et encore, à plus de quatre-vingt-dix ans, le sentiment d’injustice est encore vivace comme le montre nombre de commentaires acerbes. En fait pas tellement sur les acteurs de l’époque, mais plutôt sur les interprétations contemporaines qui sont faites sur cette époque.

Pour reprendre le titre de collection, c’est donc en effet un témoignage pour l’Histoire proposé par Maranes Editions, une pierre dans la construction d’une histoire équilibrée et apaisée de l’Europe. A lire avec les réserves évoquées lus haut.

Sommaire : 

  • Mes origines, ma famille
  • Ma jeunesse
  • La jeunesse allemande
  • La vie familiale
  • Une population réactive
  • Vers la Waffen-SS
  • Halte à Berlin
  • Brusque changement
  • Dans le Sud de la France
  • Profond ressentiment
  • Au camp de Mézidon
  • Pour qui le beau renard
  • Entraînement sur véhicules
  • Un événement à Mézidon
  • L’Ukraine
  • Des têtes dures !
  • Retour en Normandie
  • Engagement de Fritz
  • Protéger la retraite des 7e et 15e armées
  • Rencontre et espoir
  • Un couple français plein d’humanité
  • Franchir la Seine
  • Dernier combat
  • Les partisans
  • En prison à Corbie avec des Français
  • La citadelle d’Amiens
  • En Bretagne
  • Nos occupations
  • Evasion manquée
  • La fin d’un monde
  • Des camarades bizarres
  • Une propagande déjà au point
  • L’appréhension du changement
  • Retour en Allemagne
  • Contacts avec les Français
  • Les travailleurs de l’OT
  • Et Fritz…
  • Conclusion
  • Annexes Bibliographie

Liens externes :

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2 réflexions sur « Nous les barbares (Maranes, 2018) »

  1. […] L’auteur a choisi une approche à trois voies pour son récit. A la narration indirecte se mêlent des courriers et des extraits du journal du héros principal. Le lecteur bénéficie ainsi de plusieurs angles de vue. Efficace. L’influence d’Ernst JÜNGER est aussi très présente. L’illustre auteur d’Orages d’acier est plusieurs fois cité et sert de fil conducteur pour expliquer l’attitude, les sentiments des soldats au combat. Quelle que soit sa nationalité, sa cause, sa période, la guerre transforme ceux qui la font. L’abnégation, la solidarité, la camaraderie, le dépassement de soi, l’esprit de sacrifice pour une cause qui dépasse l’individu sont des qualités indispensables. La soif de combattre, de tuer, de vaincre aussi. Tout pour dominer la peur et canaliser l’énergie dévastatrice (voir Sous le feu, la mort comme hypothèse de travail). Loin de porter un jugement avec les yeux du moderne, l’auteur fait évoluer ses personnages et permet aux lecteurs de comprendre ce qui peut se passer dans leurs esprits. C’est aussi l’un des atouts de ce livre de montrer les personnages dans leur contexte et en les faisant penser, parler comme cela devait être le cas à l’époque (voir par exemple Nous les barbares). […]

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