Normandie 1944 Magazine hors-série n°11 (Heimdal, 2015)

Quelques mythes ponctuent le Débarquement et les combats en Normandie durant l’été 1944. La bataille de Villers-Bocage en est l’un deux. Tout d’abord, elle reste attachée à un autre mythe, humain celui-là, en la personne de Michael WITTMANN, l’as des as allemands en ce qui concerne les chefs de chars. Sa monture est un Panzer VI Ausf. E « Tiger », le célèbre char lourd de l’arme blindée allemande. Le fait qu’il soit membre de la Waffen-SS favorise également cela entre la propagande de l’époque qui ne ménage pas ses efforts pour mettre en avant un « enfant » du régime et une certaine fascination, tant chez les Alliés (qui ont étonnement fortement contribué à idéaliser certains de leurs adversaires, comme par exemple Erwin ROMMEL ou Erich von MANSTEIN) que chez les passionnés du conflit, pour cette « élite » au service d’un régime et d’une idéologie pour le moins destinés à l’enfer mais qui a su faire preuve d’un réel sens du sacrifice sur les champs de bataille. Le fait qu’il soit ensuite mort au combat, dans des circonstance qui ont été longtemps obscures et dignes d’un récit mythologique, lui évite tout procès dans une éventuelle implication dans des crimes de guerre. Bref un héro tout à fait « vendable » et « recyclable » même après-guerre.

L’autre raison qui fait de cette bataille un des mythes de l’été 1944, ce sont les adversaires. Vétérans de la guerre en Afrique du Nord, les hommes de la 7th Armoured Division, les « Rats du Désert », se font sérieusement étrillés et le carnage des colonnes britanniques reste un fait d’arme à peu près unique dans les annales des combats à l’Ouest en 1944 et 1945 (il y aura ensuite le « tir aux pigeons » lors de l’opération Goodwood, le pont « trop loin » à Arnhem ou la reddition de la 106th US Infantry Division dans les Ardennes au cours des premiers jours de la contre-offensive allemande en décembre 1944).

Ce qui fait également de Villers-Bocage un mythe, c’est son positionnement dans la chronologie de la bataille de Normandie. Sept jours après le Débarquement, le 13 juin 1944, les Allemands étouffent toute possibilité pour les Alliés de pénétrer profondément à l’intérieur des terres alors que le front est déjà verrouillé devant Caen et les Américains focalisés sur la conquête de la presqu’île du Cotentin.

Le numéro hors-série n°10 a posé le décor et le contexte et est revenu de son côté largement sur la chevauchée de WITTMANN jusqu’au cœur de Villers-Bocage où il doit abandonner leurs Tiger. Pourtant, les combats autour et dans Villers-Bocage ne se résument pas à la seule remontée de la colonne blindée britannique par un Michael WITTMANN esseulé dans son char. L’exploit est cependant réel et doit être apprécié à sa juste valeur : en trente minutes, sur deux kilomètres, un char seul anéantit une colonne complète et sème la terreur.

La seconde partie de l’étude, publiée dans ce hors-série n° 11 s’ouvre sur l’échappée à pied de WITTMANN et de équipage et sur la mise en alerte de la 130. Panzer-Lehr-Division. Plusieurs unités britanniques se trouvent prises au piège de la côte 213 et sont acculées à la reddition en début d’après-midi. Mais à ce moment là, Villers-Bocage est toujours aux mains des Anglais. Le bourg retombe dans les mains allemandes sous le coup de la 130. Panzer-Lehr-Division et de quelques Tiger de la schwere SS-Panzer-Abteilung 101, mais pas si facilement que cela, les Britanniques faisant preuve d’initiative et de mordant malgré le choc et les revers précédemment subis. Pendant ce temps-là la 2. Panzer-Division qui rejoint au même moment le front normand voit ses éléments de tête engagés pour sécuriser les abords sud.

Ce volume et le précédent sont indispensables pour bien comprendre l’ampleur de la défaite anglaise et de la victoire allemande. A la chevauchée solitaire succède un affrontement plus traditionnel entre deux forces blindées qui se rencontrent. Les textes sont précis, les illustrations sont très belles, même si nombre d’entre elles sont bien connues.
Des photographies aériennes servent de support pour visualiser les positions de départ et les mouvements des belligérants. Superbe !

Même si la littérature est assez pléthorique sur la bataille de Villers-Bocage (cf. le livre de Henri MARIE paru aux Editions Heimdal en 2003 et les nombreux articles et chapitres déjà écrits sur le sujet), l’étude de Frédéric DEPRUN et de Yann JOUAULT est incontournable. Elle se trouve également sous format relié, toujours chez Heimdal.

Sommaire :

  • Des renforts allemands pour Villers-Bocage
  • La côte 213 et les redditions anglaises
  • Contre-attaque de la Panzer-Lehr-Division
  • L’assaut des Tiger dans le centre de Villers-Bocage, 13 juin, 14h15
  • Un état des lieux à Villers-Bocage

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