La déroute française de 1940, la faute aux Belges ? (Economica, 2015)

Un bijou ! Ce petit livre de Jean-Claude DELHEZ paru chez Economica dans la collection « Mystères de guerre » se dévore et éclaire de façon lumineuse les dispositions prises tant par les Belges que par les Français en 1940. Pour comprendre l’Histoire, il ne faut pas juger avec les yeux du moment, mais se replacer dans le contexte de l’époque… De quoi dépasser le titre quelque provocateur. Un complément indispensable à La guerre inéluctable.

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Tout d’abord, petit rappel… La traversée des Ardennes par les Allemands ne se déroule pas si facilement que cela. A plusieurs reprises, elle manque de tourner au cauchemar. Quelques abattis et quelques combats retardateurs des Chasseurs ardennais provoquent facilement du chaos chez l’envahisseur. Et si les Belges défendaient plus vigoureusement cette région ? Pourquoi, malgré la prise de la cavalerie blindée française les Allemands peuvent se retrouver en trois jours face à la Meuse ? L’exemple des Ardennes en décembre 1944 prouve que la configuration de la région ralentit, voire bloque, toute velléité offensive face à un dispositif défensif léger.

Cependant, les plans militaires belges et français d’alors ne tiennent ni du hasard, ni de la bêtise. Ils sont la conséquence des postures politiques de leurs pays respectifs.

Cet ouvrage a l’immense mérite de rappeler que la Belgique défend farouchement son indépendance jusqu’à la Première Guerre mondiale. L’agression allemande pousse ensuite les Belges à s’allier avec la France au sortir du conflit et à coordonner leurs plans de défense avec leur puissant voisin du Sud. De là en découle l’arrêt de la Ligne Maginot au niveau de la frontière belge. La Belgique est l’alliée dela France et oriente à ce moment là ses plans de défense vers le même ennemi potentiel, à savoir l’Allemagne. Pour l’armée royale belge, il n’est alors pas question de se replier vers le centre du pays, mais bien de servir de glacis de protection des frontières du Nord de la France.

En 1936, victime de ses tiraillements entre Flamands et Wallons et poussée par la peur d’être entraînée contre sa volonté dans un conflit qui ne le concerne pas entre le III. Reich et la France, la Belgique tourne finalement le dos à la France et revient à une posture neutre. Dès lors, son attitude change totalement et ses plans de défense modifiés en conséquence. Il n’est surtout pas question de provoquer le voisin allemand. La Belgique ne possède pas par elle-même les moyens de défendre l’intégralité de son royaume. En conséquence, le choix de ne défendre que le cœur du pays se comprend. Et explique la décision de ne mener que des retards retardateurs aux frontières et dans les Ardennes.

La France devient la grande perdante de la décision belge. Ses plans de défense se retrouvent tout d’un coup obsolètes. La Ligne Maginot ne couvre pas sa frontière avec son voisin désormais neutre et qui ne fait plus de la protection des frontières françaises son enjeu.

Sur un sujet aussi délicat, l’auteur fait preuve de beaucoup de tact et n’élude aucune des responsabilités de l’un ou de l’autre. Certes, l’armée française manque d’inspiration dans la réévaluation de ses plans de défense. Sa myopie doctrinaire l’empêche de tenir compte de potentielles innovations opérationnelles (parachutistes, masse blindée). Et sa paresse prospective ne lui permet pas d’imaginer des options alternatives. La comparaison entre la frénésie des états-majors allemands durant la Drôle-de-guerre et l’apathie de leurs adversaires français et britanniques explique la dynamique des premières heures des combats à l’Ouest.

Après le lecture de ce livre, les causes opérationnelles militaires de la défaite française de 1940 sont bien plus compréhensibles et pas forcément là où certains auteurs le pensent sans intégrer cette relation particulière qui unit la Belgique et la France. Très chaudement recommandé !

Sommaire :

  • Je t’aime, moi non plus…
  • Le discours stigmatisant de Paul Reynaud
  • Les braves du 10 mai 1940
  • La Belgique ne fait pas partie des Alliés
  • Le Luxembourg vaut bien un accord militaire
  • 1936 : l’année de tous les dangers
  • Une neutralité qui signifie l’abandon de la France
  • L’armée française réduite à la passivité
  • La faute à qui ?
  • Une orientation bibliographique

Liens externes :

11 réflexions sur « La déroute française de 1940, la faute aux Belges ? (Economica, 2015) »

  1. […] Sur la forme, le livre est parfait, du « Caraktère » pur jus. Clair, photos bien mises en valeur, profils couleurs variés et élégants, plans et schémas fort utiles à l’image de la représentation du Königstiger franchissant le pont de Stavelot. Idéal pour se rendre compte des difficultés pour les Allemands de se frayer un chemin avec de tels engins. Nous sommes loin de l’avance de 1940 avec des engins bien plus petits et légers et surtout un adversaire qui ne cherche pas à résister coûte que coûte (cf. La déroute française de 1940, la faute aux Belges ? (Economica, 2015)). […]

  2. […] Ce livre est non seulement original dans son approche mais aussi indispensable dans toute bonne bibliothèque s’intéressant à ce moment de la Seconde Guerre mondiale. Les amateurs souhaitant ensuite poursuivre leur connaissance sur les opérations proprement peuvent se plonger dans la série des ouvrages de Jean-Yves MARY (Le corridor des Panzer volume 1 et volume 2, Mémorial de la bataille de France volume 1 et volume 2) et les autres livres publiés chez Economica (L’école de la guerre Sedan 1940, En mai 1940, fallait-il entrer en Belgique ?, L’arme blindée française volume 1, La déroute française 1940, la faute aux Belges ?). […]

  3. […] Cette partie est réellement passionnante et apporte une véritable analyse aux événements décrits dans le premier volume et la première partie de celui-ci. Il est vrai qu’en quelques jours seulement de combat l’armée allemande réussit l’exploit de mettre hors de combat la Hollande et la Belgique, d’expulser les Anglais du Continent et d’amputer l’armée française de ses meilleurs éléments… Tout cela n’est pas le fruit du hasard, mais la rencontre de deux dynamiques totalement inversées, l’une positive, l’autre négative. Sans parler de la neutralité belge qui avantage in fine l’Allemagne (cf. La déroute française de 1940, la faute aux Belges ?). […]

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