2e Guerre Mondiale n°55 (Mars & Clio, 2014)

La littérature spécialisée regorge d’études et de documents sur l’engagement des blindés allemands en Normandie face au Débarquement allié. Très souvent, les éléments sont issus des études historiques d’inspiration américaine ou des témoignages allemands rédigés après la guerre dans le cadre des interviews et des rapports établis pour le compte des services historiques de l’US Army.

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Dans son numéro 55, la revue 2e Guerre Mondiale nous amène cette fois à prendre un peu de recul et à étudier l’engagement de la Panzerwaffe en Normandie non pas sous l’angle uniquement narratif, mais en revenant sur les rares moments clefs ou l’arme blindée allemande aurait dû jouer un rôle pivot et en analysant sa performance au regard de ce qui était attendu.

La première mission de la Panzerwaffe à l’Ouest est de repousser tout débarquement. Même si l’état des divisions blindées stationnées à l’Ouest est inégal, leur nombre a été considérablement renforcé dans les mois qui précèdent le Jour-J et quelques unités sont de très haut niveau, soit par leur équipement, soit par l’expérience acquise sur tous les fronts par leurs soldats, leurs sous-officiers et leurs officiers.

Mis à part ceux de la 21. Panzer-Division célèbre pour ses exploits en Afrique du Nord et son parc constitué en partie de véhicules de prise d’origine française bricolés et de quelques unités indépendantes équipées également de chars français totalement dépassés à ce moment du conflit, les blindés immédiatement disponibles à proximité des zones de débarquement se situent à l’intérieur des terres.

Géographiquement, l’état-major allemand est en mesure d’amener à proximité des plages dans les deux jours qui suivent le 6 juin 1944 deux divisions blindées à fort potentiel (130. Panzer-Lehr-Division, 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend ») qui rejoignent la 21. Panzer-Division engagée depuis les premières heures de « l’invasion ». La difficulté est que les conditions d’engagement sont exécrables : marche d’approche difficile (mais pas impossible) compte tenu de la domination aérienne alliée, défenses percées, insuffisance d’unités d’infanterie en face des Alliés pour tenir la ligne de front, dispositif allié méconnu notamment au niveau tactique faute de reconnaissance, zone d’intervention soumise au feu de l’artillerie alliée, pression ennemie continue). Bref, la contre-attaque est morte avant de réellement débuter. Les unités sont engagées au fur et à mesure de leur arrivée pour boucher les trous, les quelques attaques sont rapidement stoppées et souvent avec des pertes non négligeables. L’absence d’unités d’infanterie et la précipitation font que les Panzer se jettent directement sur les défenses pourtant rapidement établies des Alliés sans pouvoir faire valoir leurs qualités.

Ce n’est finalement qu’à la fin de la bataille de Normandie qu’une grande opération est à nouveau monter en tentant de réunir plusieurs divisions blindées pour couper le couloir d’Avranches par lequel s’écoulent les divisions américaines qui foncent en Bretagne, vers la Loire et qui se répandent sur l’arrière des lignes allemandes. La contre-attaque de Mortain est un échec. Le seul résultat est d’acculer au fond de la poche qui se dessine des troupes et du matériel qui auront le plus grand mal à s’extraire de la nasse qui se dessine. Le terrain n’est pas propice à un engagement blindé (bocage), les unités sont déjà très affaiblies par plusieurs semaines de combat sans remplacement, le ravitaillement est déficient et la domination aérienne alliée reste une gêne important à défaut d’être un obstacle infranchissable. L’arrivée des chasseurs-bombardiers alliés une fois le brouillard dissipé stoppe définitivement les attaques allemandes qui étaient de toute façon en train de mourir.

Finalement, la Panzerwaffe aura été un excellent outil défensif tout au long de la bataille de Normandie. Les combats des 7 et 8 juin 1944 ne servent finalement qu’à ralentir ou stopper les Alliés autour de Caen. Mais comme déjà démontré en 1940, être capable de ne mener qu’une seule stratégie défensive quand il est impossible de créer les conditions d’une offensive réussie, c’est se condamner à perdre…

Sommaire :

Liens externes :

2 réflexions sur « 2e Guerre Mondiale n°55 (Mars & Clio, 2014) »

  1. Les différents aspects du métier de cavalier blindé

    On croit naïvement que les soldats servant dans la cavalerie sont toujours dans un char d’assaut. Mais le métier de combattant de l’arme blindée est beaucoup plus diversifié qu’on ne l’imagine… D’abord et même si la cavalerie constitue l’arme du combat…

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