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Interview de Christophe PRIME auteur de « Les commandos SAS dans la Seconde Guerre mondiale″ (Editions Tallandier, 2013)

tallandier_prime_christophe_commandos_sasAprès avoir publié un historique détaillé sur Omaha Beach unanimement salué par la critique, vous venez de publier une histoire des commandos SAS durant la Seconde Guerre mondiale aux Editions Tallandier. Soixante-dix ans après les faits, la légende attachée à ces unités est-elle toujours justifiée ?

Lorsqu’on étudie une unité aussi particulière et mythique que le Special Air Service, on ne peut qu’admirer le courage, la volonté et la pugnacité des hommes en faisant partie. Tous les ingrédients sont là pour que leur épopée revête un caractère exceptionnel : la dangerosité des missions, de fortes individualités, des rebondissements, etc. Chaque mission SAS est une aventure en soi et unique. La légende a été soigneusement cultivée par les membres de l’unité pendant et après le conflit. Certains événements ont été magnifiés voire romancés. Quoiqu’il en soit, si l’histoire du SAS est faite de succès, elle compte aussi des échecs. Si l’unité a apporté sa contribution à la victoire militaire alliée, elle doit être ramenée à son juste niveau. David Stirling et ses successeurs ont toujours voulu que leur unité soit utilisée sur le plan stratégique et non tactique, mais elle n’a été qu’un rouage d’une gigantesque machine de guerre. Ce type d’ouvrage est un prisme déformant car il se focalise sur une seule unité. Je me suis donc évertué à replacer les opérations du SAS dans leur contexte. Le Special Air Service livre sa propre guerre, le plus souvent en marge des unités conventionnelles. C’était une unité emprunte de modernité.

Les opérations en Afrique du Nord et durant la Libération sont assez bien connues du public. Peut-on résumer l’action des SAS à ces seules batailles ?

En France, lorsqu’on évoque les SAS, on se réfère surtout à l’action des parachutistes français qui ont fait partie de cette unité d’élite. Les faits d’armes du Free French Squadron du capitaine Bergé en Libye et en Crête (le fameux raid d’Heraklion), la bataille de Saint-Marcel et l’attaque de Sennecey-le-Grand ont été maintes fois racontés. En dehors de ces deux derniers épisodes, on peut remarquer qu’il est rarement fait mention aux SAS dans les ouvrages consacrés à la libération de la France. On oublie ainsi que toutes les composantes du Special Air Service – plus de 2000 hommes – ont été engagées en France du 6 juin au mois de septembre 1944. Les équipes SAS ont opéré en Bretagne, dans le Morvan, l’Orléanais, le Maine-et-Loire, la Vendée, la Marne, la Vienne, le Perche, en Picardie et dans les Vosges. On ignore souvent qu’ils ont menés des missions en Italie ou encore en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Au total, le SAS a mené 87 opérations pendant le conflit. Mon approche, qui se veut globale, nous apporte un éclaircissement nouveau sur l’unité, mais aussi sur certaines campagnes.

 Alors que les premières opérations « coups de poing » sont plutôt allemandes, les Britanniques se taillent ensuite une solide réputation dans ce domaine entre la création des SAS et les raids menés sur les côtes tout au long du conflit. Qu’est-ce qui explique ce retournement ? Est-ce une réalité opérationnelle ou une déformation ?

Après la défaite militaire de la France, l’Angleterre se retrouve seule face à Hitler. La Wehrmacht se prépare à envahir le pays. Dans l’océan Atlantique, les U-Boote infligent des pertes sévères aux navires marchands ravitaillant les îles britanniques. L’armée britannique est engagée en Afrique du Nord contre l’armée italienne. Churchill réclame des faits d’armes et des victoires pour soutenir le moral de sa population et celles des pays occupés. Le commandement britannique crée dont de petites unités commandos spécialement entraînées pour mener des opérations de guérilla en territoire ennemi. Rompus à toutes les formes de combat, les soldats composant ces unités vont frapper l’ennemi où il ne les attend pas et contribuer à le maintenir dans un état d’insécurité permanent. L’armée britannique crée aussi des unités spécialisées adaptées aux différents théâtres d’opération. Le Long Range Desert Group, les Chindits, la Small Scale Raiding Force et le SAS ont été pensés par des officiers au profil atypique. Le commandement britannique qui n’a plus l’initiative sur le champ de bataille autorise leur création, d’autant que ces unités ne sont gourmandes ni en hommes ni en matériel. Elles ne pas tarderont à démontrer leur efficacité.

Quel est la filiation des commandos SAS ?

Les premiers SAS sont issus des commandos. Crées à l’origine pour effectuer des raids le long des côtes européennes, ils se révèlent inadaptés une fois engagées au Moyen-Orient. Nombre d’officiers les perçoivent comme un luxe dispendieux, mobilisant des moyens importants (en particulier du côté de la Royal Navy)  pour des résultats somme toute médiocres. Jock Lewes et David Stirling vont obtenir l’autorisation de l’état-major de mettre sur pied une petite unité de commando parachutiste pour effectuer des raids en profondeur contre les aérodromes germano-italiens, des objectifs trop éloignés pour des commandos. Au fil des mois, le L Detachment du Special Air Service se mue en une véritable force spéciale capable d’effectuer un large éventail de missions sur différents théâtres d’opération. Commandos, parachutistes, saboteurs, instructeurs ou encore éclaireurs ils sont tout à la fois. Au fur et mesure de l’avancement du conflit et de l’ouverture de nouveaux fronts, les SAS font preuve d’une capacité d’adaptation peu commune.

 Quel est le plus grand succès des SAS ?

Les objectifs, les modes opératoires et les effectifs du SAS ont beaucoup évolué au long du conflit. Il est donc difficile de comparer les missions et les résultats obtenus. Le 24 décembre 1941, le stick de Mayne détruit 27 appareils sur l’aérodrome de Tamet. Le 26 juillet 1942, 37 avions sont détruits à Sidi Hanneisch par 51 hommes montés sur des 17 Jeeps surarmées. Les moyens mis en œuvre sont totalement différents. Pour moi, la véritable victoire du Special Air Service est d’avoir su imposer son « style » sans jamais renier l’esprit si cher à David Stirling.

Leur plus grand échec ?

Sans aucun doute l’opération Bigamy. Deux cent SAS montés sur 40 jeeps et  40 camions tentent de pénétrer dans Benghazi pour détruire les infrastructures portuaires dans la nuit du 13 au 14 septembre 1942, mais le secret est éventé et les Britanniques sont attendus par les troupes de l’Axe. Stirling, qui n’était pas l’initiateur du plan, savait que l’opération contrevenait aux règles d’engagement du SAS et pressentait un désastre. La colonne est étrillée plusieurs jours durant par l’aviation ennemie. Au soir du 25 septembre, le bilan est sans appel. La moitié des véhicules est détruite et les pertes humaines sont lourdes. L’unité a été utilisé à contre emploi. La faute revient à au Lieutenant-Colonel Haselden, le concepteur de l’opération et à Montgomery.

Outre les Britanniques, quelles nationalités furent représentées chez les SAS ?

La particularité de cette unité britannique est d’avoir compté en son sein des combattants français bien sûr, mais aussi grecs (le fameux Greek Sacred Squadron) et même quelques allemands (Special Interrogation Group). Ces derniers ne resteront que quelques semaines. Ils appartenaient à de petites unités qui n’étaient rattachées à aucune unité organique. Stirling qui ne pouvait compter que sur lui-même pour trouver de nouvelles recrues les a donc incorporés après s’être assuré qu’ils pouvaient devenir de bons SAS. Des belges sont venus grossir les rangs de la SAS Brigade en janvier 1944. C’est une autre particularité du SAS.

Quel fut l’impact réel des SAS français dans la désorganisation de l’arrière allemand au cours de la bataille de Normandie ?

Les sticks SAS parachutés en Bretagne ne vont pas ménager leur peine pour entraver les mouvements des divisions allemandes en partance pour le front de Normandie. Ils vont structurer la résistance bretonne et opérer des destructions contre les voies de communication. Cependant, celles-ci ne sont pas suffisantes pour empêcher le transfert des unités allemandes. En raison de le leur faible nombre (un bataillon au total) les SAS français ne peuvent mener des actions offensives de grand style qui aurait pu permettre de fixer l’ennemi. Epaulés par les Jedburghs, ils organisent et arment la résistance bretonne, mais le temps imparti est insuffisant. Conscients du danger, les Allemands réagissent promptement. Les bases sont découvertes et détruites ; les équipes SAS et les patriotes bretons sont impitoyablement traqués.

Enfin, peut-on affirmer que les commandos SAS sont les ancêtres des « troupes spéciales » contemporaines ?

Le Special Air Service, n’était ni une unité commando (au sens ou on l’entendait à l’époque) ni même une unité parachutiste, bien qu’elle est été rattachée administrativement au 1st British Airborne Corps en 1944. Le commandement britannique a tenté de faire disparaître l’esprit SAS un brin frondeur, mais il n’y est jamais parvenu. Le SAS était la seule unité capable d’utiliser différents mode de projection. Les hommes pouvaient opérer plusieurs semaines derrière les lignes ennemies. C’était une unité en avance sur son temps mais on a  jamais su vraiment comment l’utiliser à bon escient, hormis en Afrique du Nord.

Quels sont vos prochains projets ?

Je me recentre sur la bataille de Normandie le temps d’un ouvrage. Il sortira l’année prochaine pour le 70e anniversaire du débarquement. J’ai déjà plusieurs autres sujets en tête, mais ils sont classés « Bigot ».

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Nous remercions tout particulièrement Christophe PRIME pour la qualité et le développement de ses réponses qui ne manqueront pas de donner envie de lire son livre et de découvrir parus précédemment !

Merci également à Sophie RIEU des Editions Tallandier pour avoir rendu possible cet échange.

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